TRENTIEME DIMANCHE ORDINAIRE B

Publié le par Théophile Baye

Un mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée,

TRENTIEME DIMANCHE ORDINAIRE B

 Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 10, 46-52 

Aveuglements

 

            On dit qu'il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. On peut dire aussi qu'il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. L'épisode de l'évangile d'aujourd'hui illustre bien ce propos. Il met en scène, pour les opposer, une foule qui croit voir clair et qui, en fait s'aveugle, et un mendiant aveugle qui, lui, voit clairement le sens de l'événement. Essayons donc d'entrer dans le propos de l'évangéliste Marc : il nous dit de nous méfier de toutes les forces d'aveuglement qui existent dans notre monde.

            Une foule et des disciples qui s'aveuglent : ils suivent Jésus, certains depuis de longs mois. Depuis quelques semaines, Jésus leur répète qu'il monte à Jérusalem pour y être arrêté, jugé, torturé, condamné à mort... Il a dit plusieurs fois que ceux qui veulent le suivre doivent prendre le même chemin. Et pourtant, tous ceux qui sortent de Jéricho avec lui pour aller à Jérusalem (c'est la dernière étape, et demain, nous dit Marc, Jésus fera son entrée triomphale dans la Ville Sainte), tous les fidèles sont aveuglés par leur idéologie. Pour eux, je l'ai dit souvent, Jésus est l'envoyé de Dieu qui va faire la révolution, un changement de régime. Il y a déjà eu, dans tout le pays, un certain nombre de ces mouvements politico-religieux, qui ont préparé et provoqué des soulèvements armés. Mais pour la foule, comme pour les disciples, celui-ci est le bon. On va voir ce qu'on va voir ! On va profiter de la grande fête de la Pâque, de cette énorme affluence de pèlerins à Jérusalem, pour provoquer le soulèvement définitif : en tout cas, c'est ce qu'on attend de Jésus. Il y a des armes, même dans le petit noyau de ses fidèles (l'Evangile nous le dit). Le nombre de ceux qui marchent vers Jérusalem grossit au fur et à mesure qu'on approche de la ville. L'excitation grandit. Aussi, quand un aveugle, au bord de la route (le «marginalisé» par excellence) se met à crier vers Jésus, tout le monde le rabroue. «Qu'est-ce qu'il nous ennuie, celui-là ! On a bien d'autres choses à faire, bien plus importantes, que de s'occuper d'un pauvre mendiant aveugle. On a, nous, un projet de société. On bâtit l'histoire. On prépare un monde nouveau. On va voir ce qu'on va voir !»

 

Rien à voir !

 

            Ils ne verront rien, aveuglés qu'ils sont ! Ils portent, ils poussent Jésus vers son triomphe... et Jésus s'arrête. Il n'en a rien à faire, des projets de société, des changements de régime, d'un ordre politique, social, économique nouveau. Il s'arrête, parce qu'il y a, sur sa route, un homme qui crie. C'est cela qui est important, urgent. Le reste, ça peut attendre. Un homme qui crie sa peine et son désir, pour Jésus, ça passe avant tout. Peu importe que l'aveugle l'appelle comme les autres «Fils de David» (ce sera le  cri des foules qui l'acclameront, le lendemain, à Jérusalem : «Hosanna au Fils de David»). Jésus s'arrête et, vous l'avez sans doute remarqué, ne dit pas à l'aveugle : «vois», mais «va». Il le remet en route, sur sa route à lui, la route de Pâques. Les disciples, les partisans continuent de s'aveugler sur le sens de sa mission : en voici un, au moins, cet aveugle, qui est sauvé, et qui marchera jusqu'au bout avec lui.

            «Défiez-vous des forces d'aveuglement», nous dit Jésus en faisant ce signe de la guérison de l'aveugle. Saurons-nous comprendre ce signe ?

 

Un devoir spécifique

 

            Nous nous aveuglons sur le sens de la mission de l'Eglise de Jésus-Christ. Pour beaucoup, au cours des âges, la mission de l'Eglise a été de bâtir une société de justice, de paix, de bonheur. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas tellement réussi. Or, personnellement, je pense que ce n'est pas le rôle de l'Eglise institutionnelle que de vouloir intervenir dans le domaine de la société civile pour lui dicter des plans en matière politique, économique, sociale. A ceux, nombreux, qui me disent souvent : «L'Eglise n'a pas fait, comme on pouvait l'espérer, une société plus juste, un ordre nouveau», je réponds que ce n'est pas sa mission. On a parlé de «doctrine sociale de l'Eglise» : l'Eglise n'a pas, à proprement parler, de «doctrine sociale».

            Par contre, ce qui est de la mission de l'Eglise, ce qu'elle a à rappeler sans cesse à tous les fidèles, c'est l'obligation absolue de s'arrêter devant tout homme qui crie sa peine, sa misère, son désir. Que les chrétiens travaillent, avec les non-chrétiens, à l'instauration d'une société plus juste, plus fraternelle ; qu'ils consacrent leur temps et leurs forces à vaincre les grands drames de notre société ; qu'ils fassent des choix personnels en conformité avec leur sensibilité politique, rien de plus normal. Mais ce qui est de leur DEVOIR spécifique, s'ils veulent être «du Christ», c'est de s'arrêter devant tout homme qui crie sa peine ou son désir. Or, il faut le reconnaître, souvent, nous sommes sourds, nous sommes aveugles, nous sommes manchots et cul-de-jatte, quand nous rencontrons une souffrance, une misère, une peine quelconque sur notre route humaine.

            Tu veux être «du Christ» ? Tu veux marcher avec lui ? Commence, dès aujourd'hui. Et arrête-toi chaque fois que tu rencontres, dans ta classe, dans ton milieu de travail, dans ton quartier, dans ta famille, un homme, une femme, un enfant qui crie sa peine. Ecoute et regarde. Tu ne pourras peut-être pas faire grand-chose, sur le moment. Mais si tous les disciples de Jésus prennent ainsi le temps de s'arrêter, s'ils préfèrent la rencontre personnelle des frères à toutes les grandes idéologies, ils changeront le monde.

Père Théo. BAYE !

 

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