VINGTIÈME DIMANCHE ORDINAIRE B

Publié le par Théophile Baye

"Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel"


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6, 51-58

 

            En relisant attentivement les quinze lignes de ce chapitre 6 de saint Jean que la liturgie de ce jour propose à notre méditation, je suis frappé par le nombre de fois où revient le mot « vie », sous diverses formes : « pain vivant... il vivra éternellement... ma chair pour la vie du monde... le Père est la vie... je vis par le Père... celui qui me mangera vivra par moi... » Neuf fois, revient le mot « vie », et au sommet le mot « Résurrection ». De quelle vie s’agit-il ?

 

Fragilité

 

            Quand on parle de la vie, on emploie ce mot en des sens très divers. Il y a certes, d’abord, cette vie humaine, qui par un grand nombre d’aspects, relève du règne végétal et du règne animal. On naît, on vit, on meurt, on grandit, on se nourrit. Un peu comme les plantes, souvent comme les animaux. Cette vie « animale » est conditionnée par tout un environnement, naturel aussi bien qu’économique ou politique. Que survienne la canicule, comme ces dernières semaines, et l’on s’aperçoit de la fragilité de la vie humaine : tant de vieillards y succombent. Tant de catastrophes dites « naturelles » nous font également toucher du doigt cette fragilité de notre condition mortelle ; à plus forte raison quand les attentats, la guerre, la violence sous toutes ses formes en arrivent à décimer des populations entières. Si bien que l’homme s’écrie : « Ce n’est plus une vie ». Avortement, euthanasie : ce sont d’autres questions qui se posent à nos sociétés, concernant également la vie humaine. On prône le droit à la vie, mais est-ce celui de la mère ou celui de l’enfant ? « Laissez-les vivre », qui ? Alternatives souvent dramatiques, débats toujours passionnés. La vie, c’est tout. Vivre, c’est l’essentiel pour tous les hommes de tous les temps, de tous les continents. La vie, oui. Mais pas n’importe quelle vie !

 

Une vie éternelle ?

 

            Que veut donc nous dire Jésus, quand il parle de « vie éternelle » ? Je relis le texte. Curieusement, Jésus présente la résurrection comme la suite normale de la vie éternelle, et non l’inverse : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » Pour Jean, la vie éternelle, c’est le présent de tous ceux qui se nourrissent du corps et du sang du Christ, et la résurrection, l’avenir de ceux qui vivent dès aujourd’hui de la vie éternelle.

            Mais comment avoir cette vie éternelle ? En mangeant la chair et en buvant le sang du Christ. Qu’est-ce que cela veut dire ? N’est-ce pas intolérable ? Je me souviens de ce qui avait été rapporté, il y a de nombreuses années, des victimes d’une catastrophe aérienne dans la Cordillère des Andes : pour survivre, certains avaient mangé les cadavres de leurs compagnons de détresse. Quelle horreur ! Eh bien, c’est la réaction indignée des interlocuteurs de Jésus : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Cet homme-là : un homme comme nous ! Sa chair : de la viande ! Son sang : la Bible interdit de boire le sang des bêtes qu’on abat. Elle interdit de manger de la viande saignante. Alors ?

 

Je te mangerais !

 

            Jésus n’a rien fait pour détromper ses auditeurs. Au contraire, il a continué à enfoncer le clou. Forme positive de son propos : « Si tu manges, tu auras la vie éternelle. » Puis forme négative : « Si tu ne manges pas, tu n’as pas la vie. » Jésus m’invite à adhérer sans discuter, sans discutailler. Ce qui ne veut pas dire que je ne vais pas chercher à comprendre ! Et pour cela, je prends une image. Vous avez tous vu, un jour ou l’autre, une maman qui parle à son petit bébé. Elle lui dit quantité de petits mots d’amour, elle l’embrasse, lui fait des câlins, et va même jusqu’à lui dire : « Je te mangerais ». Le mot dit bien le sentiment très fort qu’éprouve la maman : une volonté de ne plus faire qu’un. Il en est de même de tout amour. J’aime beaucoup le premier mot du premier homme, dans la Bible, lorsque se réveillant de son « extase » (juste traduction du mot « sommeil »), il dit de sa compagne : « Elle est la chair de ma chair. »

 

Responsabilité partagée

 

            Manger la chair et boire le sang du Christ, c’est entrer en communion d’amour et de destin avec lui. C’est partager sa vie, la vie de l’Homme-Dieu qui est venu partager la vie des hommes dont il fait ses frères. Il ne s’agit pas d’un rite magique. Il ne s’agit pas, d’abord, de manger pour nourrir notre vie spirituelle. Il s’agit, selon le beau mot de saint Augustin, de « devenir celui que nous mangeons ». Rien de magique à cela. Jésus, plus loin dans cet évangile de saint Jean, semble même se contredire lorsqu’il explique que « c’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien : les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie » (Jean 6, 63) Je crois vous avoir déjà expliqué l’étymologie du mot « communion ». Il ne s’agit pas, comme on le pense souvent, d’une « union-avec ». L’origine du mot est un terme latin, « cum-munus », qui signifie « prise en charge, responsabilité commune ». Communier, c’est donc, comme l’explique saint Paul « avoir en soi les sentiments du Christ Jésus ». Même amour du monde, même mission, à actualiser. Il s’agit de se laisser remplir par l’Esprit-Saint en communiant avec discernement aux aspirations des hommes, en partageant leur vie. L’Esprit qui est Vie donne sens à la vie. Il nous communique la saveur de l’éternité. Accueillir l’Esprit, partager l’Eucharistie, c’est goûter la Vie !

Père Théo. BAYE !

 

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