"Vous, vous le
connaissez,"
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 15-21
Un testament
Ce qu'on appelle le "Discours après la Cène", ce sont les chapitres 14 à 17 de l'Evangile de Saint Jean. L'évangéliste y a ramassé, condensé toute une série d'enseignements de Jésus, enseignements qu'il avait donnés un peu avant son départ. C'est comme le testament de Jésus. Et, vous le savez, quand quelqu'un fait son testament, il essaie d'y mettre tout ce qu'il a de plus précieux dans sa vie, dans ce qui fait son existence. Jésus, lui aussi, avant de quitter visiblement cette terre, nous a laissé, à chacun de nous, ce testament, ces paroles si précieuses. Des phrases très condensées, où tout compte.
Qu'est-ce qu'il nous dit, aujourd'hui, dans ce court extrait de son testament ? Au début et à la fin de ce passage, il nous dit : "M'aimer, moi Jésus, cela veut dire obéir aux commandements." On peut inverser la formule, et, d'ailleurs, Jésus lui-même l'inverse. Il ajoute : "Obéir aux commandements, c'est m'aimer. M'aimer, moi. Celui qui aime garde mes commandements. Celui qui garde mes commandements vit dans l'amour. Il vit en moi."
Dans cet extrait du testament, il nous dit une deuxième chose : "Je vous donne mon esprit." Et, je ne sais pas si vous l'avez remarqué à l'audition de ce passage, l'une des œuvres de l'Esprit, le signe de l'efficacité de l'Esprit de Jésus en nous sera manifesté par une chose qui revient sans cesse dans ce texte : "Vous me verrez vivant." Plusieurs fois revient le mot "voir". Or, il se trouve que non seulement les enfants, mais nous aussi les adultes, nous pensons bien souvent qu'il nous serait plus facile de croire si nous pouvions voir. Or, Jésus insiste plusieurs fois dans ce texte : si vous êtes remplis de l'Esprit, si vous êtes capables de laisser l'Esprit vous transformer, vous me verrez vivant. Le monde est incapable de me voir. Mais vous, croyants, vous pouvez me voir." Qu'est-ce que cela veut dire ?
Voir Jésus vivant
Je pense qu'il ne s'agit pas de voir avec nos yeux de chair. Ce serait trop simpliste : il n'y aurait pas besoin de foi. D'ailleurs, je vous le dis souvent : pour croire, il ne faut pas voir, sinon c'est une évidence. Ce n'est plus la foi. Mais qu'est-ce que c'est que cette vision intérieure ? Qu'est-ce qui fait qu'on peut dire du croyant qu'il vit "comme s'il voyait l'invisible" ? C'est de cela que parle Jésus : entrer, grâce à l'influence de l'Esprit, dans une telle intimité avec Jésus que l'on puisse voir, de toute évidence, la présence agissante du Christ dans notre vie personnelle et dans la vie de notre monde.
Il y en a un bel exemple, je crois, dans le récit des Actes des Apôtres que nous entendions tout à l'heure : le récit du travail missionnaire de Philippe en Samarie. Qu'est-ce qui s'est passé ? Une persécution. La première persécution contre les disciples de Jésus, après sa mort et sa résurrection. Ça se passe à Jérusalem, où l'on commence à remarquer le petit groupe des frères. Parmi eux, un nommé Etienne, qui s'efforce de convaincre les Juifs que toute la Bible ne prend sens qu'en la personne de Jésus. Les Juifs ne veulent pas en entendre parler. Etienne, c'est un intellectuel. Ses interlocuteurs sont incapables de répondre à ses arguments. Le Sanhédrin le condamne et Etienne est lapidé. Immédiatement, nous dit le livre des Actes, la persécution se déchaîne. Raisonnablement parlant, humainement parlant, on pourrait pronostiquer la fin de cette petite secte de gens qui croient en un homme, Jésus, qui est redevenu vivant après être passé par la mort. Et c'est bien cela, le projet des autorités juives : exterminer ces gens-là, ces quelques centaines d'empêcheurs de tourner en rond. Ensuite, on n'en parlera plus. Or, les Apôtres, guidés par l'Esprit, disent immédiatement à ces frères de Jérusalem : "Allez-vous-en ! Sauvez-vous devant la tempête." Et voilà que les chrétiens vont se disséminer à travers toute la Palestine, et l'on retrouvera, quelques mois plus tard, des petites communautés de disciples dans toutes les petites villes, dans les villages, sur le bord de la mer, à Jaffa, à Césarée, en Samarie même (c'est là que se rend Philippe). On en retrouvera même à Damas, en Syrie.
On a cherché à détruire cette petite secte. Quel est le résultat ? Le christianisme s'est amplifié, s'est répandu à travers tout le pays. Bientôt même, il va germer en territoire païen. Vous voyez l'œuvre de l'Esprit ! C'est ce qui met en mouvement. C'est ce qui permet à des hommes de ne pas rester installés, de ne pas s'encroûter.
Nous, gens des vieilles chrétientés
Et je me dis parfois : nous autres, gens des vieilles chrétientés, est-ce que nous ne risquons pas aujourd'hui de dépérir, en attendant de mourir de notre "belle" mort. Il n'y a plus de persécutions, pour nous, bien sûr. C'est même bien porté d'être chrétien. Mais chrétiens installés. Chrétiens qui ne font pas trop de bruit, pas trop de vagues. Nous qui sommes ici ce matin, nous avons tous reçu un jour cet Esprit de Pentecôte qui s'est manifesté la première fois sous la forme d'un vent violent, qui ouvrait les fenêtres. Nous l'avons tous reçu. Qu'est-ce que nous en faisons ? Sommes-nous de ces gens en mouvement, capables de porter cet Esprit de liberté, de vérité, d'initiative, qui nous fera toucher du doigt l'action, la présence souterraine, aujourd'hui, du Christ vivant parmi nous, dans notre monde. Est-ce qu'au contraire, ayant évacué l'Esprit de notre vie, nous n'avons pas sombré dans la routine et la désespérance ? Est-ce que nous ne sommes pas des chrétiens installés, c'est-à-dire des gens qui ne sont plus levain dans la pâte ? Je ne voudrais pas être pessimiste. Je voudrais simplement regarder ce qu'est notre communauté d'aujourd'hui, ici, dans notre quartier. Ne pas m'adresser, ne pas nous adresser des témoignages d'autosatisfaction. Mais bien, au contraire, prier l'Esprit qui soufflait sur Philippe, sur les Samaritains, sur la jeune Église, il y a deux mille ans, l'Esprit qui est vivant et à l'œuvre aujourd'hui, pour qu'il anime nos communautés. Frères, je crois que nous ne prions pas assez l'Esprit.
Je me souviens, en disant cela, d'une scène qui s'est passée ici, il y a quelques mois. A la messe, il y avait un étranger, qui s'est présenté à moi à la fin de l'office et qui m'a dit : "Vous savez, moi, je viens d’autre quartier et je suis de l'Église de Pentecôte. Mais comme aujourd'hui je n'ai pas de moyens de transport et que je ne peux pas aller prier avec mes frères, eh bien, je viens prier avec vous." Et je crois qu'il avait envie de secouer un peu notre poussière. Il s'adressait, en sortant, aux gens qui étaient là et leur disait : "Mais, il faut prier. Il faut prier l'Esprit." Et je me suis dit : Ah, si nous avions simplement un peu de cette spontanéité qui nous ferait détruire, démolir tous nos respects humains, je suis certain que notre communauté serait plus vivante, que chacun de nous serait davantage témoin du Christ vivant, parce qu'il le verrait à l'œuvre aujourd'hui, chez nous.
Père Théo. BAYE !
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