Dimanche 20 avril 2008

"C'est le Père qui demeure en moi

"

 Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 1-12

Une route pour la vie ?

 

C'est une parole importante que le Christ nous adresse aujourd'hui. Elle rejoint en effet les préoccupations des hommes de notre époque. Plus qu'à aucune autre époque, les hommes (du moins une partie de l'humanité) pensent vivre sans Dieu, sans même que l'idée de Dieu ne les effleure. Beaucoup de philosophes, et parmi les plus importants de notre temps, ont critiqué cette idée de Dieu, ont démoli, si l'on peut dire, toute espèce de foi, qu'elle soit chrétienne ou non. Et en même temps, on sent chez beaucoup de gens, en particulier dans les jeunes générations, tout un désir, même si l'on est débarrassé de toute foi, un désir de trouver un sens, une orientation, une route pour la vie. Cela se manifeste de multiples façons : depuis ceux qui vont chercher auprès de je ne sais quel gourou, quel penseur, initiateur à une sagesse orientale, ou dans une secte quelconque, ou même dans des paradis artificiels, un sens, une valeur, une raison pour leur propre vie. Il y a quelques jours, je recevais un jeune. Il est arrivé chez moi en pleurant. Il disait : "J'en ai marre, j'en ai assez de la vie." On ne pouvait pas le consoler. Je lui ai demandé : "Mais qu'est-ce que tu attends de moi ?" Il m'a répondu : "Une seule chose : que vous priez pour moi, car moi, je suis incapable de prier." Et je vous confie cette intention de prière. Eh bien, lui aussi cherchait un sens, une orientation, une route pour sa vie. Un jeune de vingt ans ! Je me demande si nous, qui accueillons aujourd'hui cette parole de Jésus, nous ne pouvons pas la retransmettre. Non par des discours, mais par toute notre vie.

Fausses images de Dieu

Qu'est-ce que nous dit Jésus ? "Qui me voit, voit le Père." Saint Paul écrira : "Jésus est l'image visible du Dieu invisible." Je vous ai souvent expliqué que tout un courant de la pensée humaine a consisté à se fabriquer des images de la divinité. Nous-mêmes, après vingt siècles de christianisme, nous en avons encore plein la tête, de ces images de dieux inventés par les hommes. Je n'en prends qu'une, au hasard : un dieu qui "tire les ficelles", un dieu montreur de marionnettes. Je me casse une jambe, c'est la faute au "Bon Dieu". Je gagne à la loterie : merci mon Dieu ! Je caricature à peine. Réfléchissez honnêtement : nous l'avons tous dans la tête, cette image-là : "Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'arrive telle ou telle chose ?" Qui n'a pas pensé cela ? Qui ne l'a pas dit ? Eh bien, c'est une image typiquement païenne, que nous avons dans la tête. Toutes les religions l'ont cultivée. Mais justement, nous, les chrétiens, gens d'une religion révélée, la seule image de Dieu que nous ayons, c'est une image donnée par Dieu lui-même. Jésus nous dit : Cette image, ce ne sont pas des paroles. Vous n'avez qu'à me regarder vivre. Donc, essayez, en regardant vivre Jésus, à travers l'Evangile, essayez d'éliminer progressivement toutes les fausses images de Dieu dans votre esprit : un Dieu-justicier, un Dieu-surveillant, un Dieu-dépanneur, etc., toutes ces fausses images qui sont des images païennes et qui tombent à juste titre sous la critique des philosophes modernes. Voltaire disait déjà : "Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu." Ce qui ne l'a pas empêché, lui aussi, de se fabriquer de fausses images de Dieu, puisqu'il s'imaginait l'univers comme une magnifique horloge, et Dieu comme le génial horloger qui fait tout fonctionner. Encore une fausse image de Dieu qui, hélas, hante nos esprits. Non, il n'y a qu'une image de Dieu : c'est Jésus-Christ.

Un Dieu tout proche

Tous, nous avons envie de connaître Dieu. Depuis les tout-petits enfants qui, tant de fois, m'ont dit : "Si au moins une fois, je le voyais, après, je croirais." En cela, ils sont comme Philippe qui dit à Jésus : "Montre-nous le Père et cela nous suffit." Bien sûr, ce désir de le voir, de le connaître, il est en chacun de nous. Jésus nous répond : Mais c'est simple. Tu veux connaître Dieu ? Tu veux connaître son visage ? Regarde-moi. Pour cela, ouvre le Livre. Et tu vas connaître, tu vas voir agir et parler un Dieu différent de tous les dieux imaginés par les hommes. Tu ne vas pas voir un Dieu "là-haut", ni "Celui qui règne dans les cieux", comme disait Bossuet. Tu vas voir un Dieu-proche.

Je pense à Cana, par exemple. Ce qui m'émeut le plus dans la vie publique de Jésus, c'est qu'il ait commencé en allant à la noce. Et la noce, ça durait des jours et des jours, là-bas, en Galilée. Dites, il n'avait donc rien d'autre à faire ? Jésus a estimé, au contraire, que cela, c'était l'essentiel : montrer pour commencer l'image d'un Dieu-proche, d'un Dieu qui prend part à la joie des hommes et qui veut montrer par sa présence que tout ce qui est humain, les joies comme les peines, les souffrances et la mort, cela lui importe. Dieu, c'est celui qui chante avec ceux qui chantent, mais aussi celui qui pleure avec ceux qui pleurent. C'est celui qui pleure la mort de ses amis. C'est celui qui, à Naïm, met la main sur l'épaule de la pauvre veuve qui vient de perdre son fils et qui lui dit : "Ne pleure plus." Dieu, c'est celui qui, par amour pour les hommes, va tout donner.

Eh bien, si je regarde l'évangile, je ne pourrai plus être le même. Parce que cette image visible de Dieu sur la terre est contagieuse. Je vais me mettre à la reproduire. Participer. Ne pas demeurer spectateur de la vie de Jésus. Nos contemporains ne seront capables de retrouver le sens du Dieu de Jésus Christ que si chacun de nous personnellement, et nous tous collectivement, nous cherchons à devenir l'image visible, pour notre temps, de ce Dieu tout proche des hommes. Nous sommes le Corps du Christ, ne l'oublions pas. Cela veut dire que nous ne pourrons jamais nous retirer des affaires du monde. Et de même que le Christ était très proche des soucis, des préoccupations, des joies et des peines de ses contemporains, les chrétiens d'aujourd'hui, et les communautés chrétiennes, doivent reprendre à leur compte toutes ces aspirations, tous ces soucis, tous ces espoirs des hommes de notre temps. Pour manifester par leur foi une certaine assurance dans la vie, une certaine espérance dans l'avenir, une certaine joie, parce que le Christ est ressuscité. Une volonté de réconciliation et de paix entre les hommes.

On nous regarde, dans notre quartier, dans notre milieu de travail, à l'école. On dit parfois, hélas : Il est chrétien, celui-là ? Cela ne se voit pas tellement ! Et notre communauté chrétienne, que représente-t-elle, ici, dans notre quartier ? Des hommes qui vivent une certaine fraternité, oui ou non ? Des hommes qui vivent dans le souci de la paix, de la justice, oui ou non ? Des hommes qui se sentent amis de tout ce qui vit au monde, oui ou non ?

Frères, "vous êtes le corps du Christ." Images visibles du Dieu invisible. Notre responsabilité est grande. Que nos paroles, nos comportements, notre vie deviennent un reflet fidèle, une image authentique du Dieu Vivant.

Père Théo. BAYE !

 

 

 

par Théophile Baye
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