Samedi 11 juillet 2009 6 11 /07 /Juil /2009 00:31

"Il les envoie deux par deux "

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 6, 7-13


Irréaliste !

A la première lecture, le texte de cet envoi en mission peut nous paraître totalement irréaliste. Comment faire pour partir ainsi, " rien dans les mains rien dans les poches ", pour prêcher la conversion ! Il faudrait avoir une certaine dose de sans-gêne, d'ailleurs, pour se présenter ainsi chez l'habitant, s'y installer, lui demander gîte et couvert, sous prétexte qu'on est envoyés deux par deux, sur l'ordre d'un gourou, avec pour mission de chasser les démons. Se faire ainsi sans domicile fixe, sans activité propre, mendiant, en quelque sorte. Voilà un idéal qui, s'il a séduit des jeunes hommes à certaines époques (je pense à saint François d'Assise particulièrement), n'a pas résisté à l'usage. Du vivant même de frère François, on en est revenu à plus de " réalisme ".

Et pourtant !

Et pourtant ! Si je prends l'Evangile au sérieux, je crois que cet envoi en mission s'adresse à nous aujourd'hui. Non pas certes avec les modalités pratiques qui étaient celles d'un autre temps, où l'hospitalité était quelque chose de sacré et où les contraintes d'ordre économique et social étaient différentes. Mais dans l'intention même du Christ : faire participer activement tous ses disciples, donc chacun de nous aujourd'hui, à son œuvre de salut. L'intention reste la même. Quant aux moyens à employer, ils restent foncièrement identiques dans leur finalité : des hommes libres s'adressent à d'autres hommes, sans les contraindre ni les séduire, pour qu’ils puissent adhérer librement.

Le but de la mission

Le but de la mission d'abord : chasser les démons et guérir les malades. Et pour cela, proclamer qu'il faut se convertir. A première vue, cela aussi peut nous paraître anachronique. Et pourtant ! Nous sommes malades, et notre monde est malade. Nous vivons dans un " monde cassé " et nous nous y plaisons, nous nous y complaisons. Nos démons ? N'est-il pas vrai que nous sommes en proie à la violence, au mépris de ce qui est différent de nous, à la volonté de domination, au désir de posséder ce que l'autre possède (jalousie, envie). Ouvrez vos journaux, regardez les informations à la télé, analysez les arguments de la publicité et vous verrez. Et tout cela est mensonge : on croit courir après le bonheur et on parvient à l'équilibre de la terreur. Le Christ donne à ses apôtres (à chacun de nous aujourd'hui) pouvoir sur cet esprit mauvais. Quel pouvoir ? Uniquement l'Evangile, car l'Evangile seul peut guérir les hommes. Nous ne sommes pas propriétaires de l'Evangile, nous en sommes les serviteurs, nous en sommes les disciples. Si chaque jour nous essayons de vivre l'Evangile dans les gestes les plus ordinaires de notre vie personnelle et de notre vie en relation, nous sommes sur le chemin de la guérison et nous apportons un début de guérison au monde. Le Christ nous donne " autorité sur les esprits mauvais ".

Et les moyens.

Les moyens à employer pour cela : ceux qui feront de nous des hommes libres. Sandales et bâton, c'est ce qui sert à marcher. En dehors de cela, rien. En d'autres termes, celui qui apporte l'Evangile se présente "sans trucs et astuces", sans rien qui puisse séduire, sans rien qui puisse contraindre la liberté de l'autre. C'est important. Pour deux raisons. D'abord parce que justement dans notre monde actuel, on est toujours tenté d'employer les moyens publicitaire énormes qui sont à notre disposition. Et si l'Eglise employait ces moyens, cela risquerait de faire dévier l'esprit de l'Evangile. Certains voudraient faire passer leurs convictions par la force, par la ruse, par manipulations, par séduction. Le Christ insiste pour que nous ne soyons pas de ceux-là. Il veut que nous soyons totalement respectueux de nos interlocuteurs. Saint Paul explique dans sa première lettre aux Corinthiens qu'il n'est pas venu persuader par le prestige d'une éloquence brillante, ni par l'éclat d'une intelligence éblouissante. Il s'est présenté, dit-il, " faible, démuni, tremblant ". Pas question de manipuler qui que ce soit : ce serait l'asservir, et non le libérer. Une deuxième raison me paraît aussi fondamentale : si les disciples arrivent démunis, c'est pour demander à ceux qui les accueillent de vivre déjà pratiquement le contenu du message qu'ils vont entendre. Obligés de demander l'hospitalité, ils conduisent ceux qu'ils visitent au premier geste du Royaume : l'accueil de l'autre. Donner un verre d'eau " à l'un de ces petits ", c'est déjà entrer sur le chemin de la conversion : c'est se détourner de soi-même pour se tourner vers le Christ lui-même.

"Si tu veux !"

Alors ceux à qui ils s'adressent restent libres. Libres d'accueillir ou de fermer leur porte. Et si on lui ferme la porte, le disciple n'insiste pas. Il y a toujours, dans tout l'Evangile, un " si tu veux " qui sous-tend toutes les propositions du Christ. Le disciple n'a pas à s'offusquer d'un refus, ni à se décourager ni même à insister. Au fond, il a mis ses interlocuteurs en situation de produire un acte de liberté. S'ils refusent l'accueil, le disciple ira ailleurs. " Je vous apportais tout et vous n'avez pas voulu le recevoir ; moi, je n'emporte rien ". On est quitte ! En cela, il est vraiment disciple de ce Jésus qui, récusé dans son propre village de Nazareth, part immédiatement dans les autres villages. La mission continue.

Les disciples (encore une fois, chacun de nous) ont une bonne nouvelle à annoncer et ils sont responsables de cette annonce, mais pas de ce que les hommes en font. Le semeur sème la semence : le terrain fait le reste. Beaucoup de chrétiens, prêtres, catéchistes, militants, se désolent et même se désespèrent à cause du maigre résultat de leurs efforts. Bien sûr, nous avons toujours à perfectionner notre manière d'évangéliser. Mais le respect des autres doit nous rendre à nous aussi la liberté intérieure. Notre travail est de semer. Pas de moissonner.

Père Théo. BAYE !

 

Par Théophile Baye
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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /Juil /2009 21:29

 

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 6, 1-6

Étonnement

Voilà donc Jésus qui, le jour du sabbat, entre dans la synagogue de Nazareth, son village, avec la petite bande de ses amis. L’évangile nous dit que, lorsque Jésus prend la parole, ses compatriotes sont « frappés d’étonnement ». Quel est donc le sujet de leur étonnement ? Certainement pas le fait que Jésus prenne la parole : c’était d’usage courant dans le judaïsme. N’importe quel homme adulte avait le droit de lire la Bible en public au cours de l’office synagogal, et de faire ensuite le commentaire approprié. Ce qui remplit d’étonnement les gens de Nazareth, c’est, d’une part, la façon « pleine de sagesse » avec laquelle Jésus s’exprime, et d’autre part, le fait que lui, le charpentier du village, puisse faire des miracles. Sans doute, jusque là, Jésus n’a jamais fait parler de lui. Il y a trente ans qu’il habite au milieu de ces gens. On le connaît bien. Mais depuis quelques mois, il a quitté son métier, sa famille, son village. On a appris qu’il était considéré comme un prophète, un peu partout, en Galilée. Alors, les gens de Nazareth sont pour le moins sceptiques. Imaginez simplement qu’un jour, dans votre village, dans le quartier où vous habitez, un homme se mette à prêcher, qu’il adopte un genre de vie un peu bizarre, qu’il prétende guérir les malades... Quelle serait votre réaction ? Sans doute la même que celle des compatriotes de Jésus : « celui-là, on le connaît. On connaît sa famille. On sait tout de lui ».

On connaît... On croit connaître. Mais connaît-on jamais quelqu’un ? S’ils avaient été un peu plus futés, les habitants de Nazareth, le fait d’entendre Jésus parler « avec autorité », d’une parole qui venait rompre les monotones homélies hebdomadaires auxquelles ils étaient habitués ; le fait d’apprendre que Jésus, dans les villages voisins, avait guéri telle femme, et même ressuscité la petite fille d’un chef de synagogue aurait dû les pousser à faire une enquête sérieuse, avant de tout rejeter de façon péremptoire : « Celui-là, on connaît ! »

Incarnation

On est ici en plein cœur de ce que, plus tard, les théologiens appelleront le « mystère de l’Incarnation », mystère qu’ils chercheront à expliciter en de volumineux traités. Ici, en quelques lignes, tout est dit ; les habitants de Nazareth sont « frappés d’étonnement »... et Jésus « s’étonnait de ce qu’ils ne croyaient pas ». Étonnement des compatriotes de Jésus : comment croire que Jésus est autre chose qu’un homme ? Un homme comme eux. Simplement, il y a ce « comme eux » qui est de trop. Jusqu’ici, Jésus n’a révélé que l’aspect humain, pleinement humain de sa personnalité. Comme tous les gens de son village, Jésus a été un enfant, il a eu ses camarades, il a joué avec eux, avant d’apprendre un métier, le métier de Joseph. Il est devenu un bon travailleur manuel, à qui on a eu recours, aussi bien pour une charpente que pour un instrument de travail. Le charpentier du village. Ici vit toute sa famille. Et il n’a jamais fait parler de lui. Et voilà un homme qui, d’un seul coup devient prédicateur errant, s’entoure de disciples, annonçant l’imminence de la venue de Règne de Dieu. Tout, d’un coup, a basculé dans la personnalité de cet homme. Quelques mois plus tard, ses proches, par la bouche de Simon-Pierre, lui diront qu’il est plus qu’un prophète, qu’il est le Messie. Et un jour, au pied de la croix, le centurion, un païen, témoin de sa mort, déclarera que ce charpentier de Nazareth est vraiment fils de Dieu. L’Homme-Dieu. Mais, au commencement, les habitants de Nazareth ne peuvent qu’être « frappés d’étonnement ». Comme on les comprend !

Et Jésus ? L’évangile de Marc nous apprend que, ce jour-là, à Nazareth, « il s’étonnait de ce qu’ils ne croyaient pas ». L’homme-Jésus ne sait pas tout. Même si, lui-même, sait bien que « nul n’est prophète en son pays ». Il ne s’attendait pourtant pas à cette résistance dans son propre village. Il y est « objet de scandale », un peu l’empêcheur de tourner en rond. Celui qui dérange, qui bouscule les traditionnelles manières de penser, les habituelles classifications, toutes ces étiquettes qu’on colle sur chacun en le rangeant dans sa catégorie. Ce Jésus, notre charpentier habituel, « d’où cela lui vient-il ? » Certes, il est un homme, pleinement. Capable de s’émouvoir, de s’irriter, de s’interroger et de manifester son étonnement. Mais il pourrait déjà dire ce qu’il révélera un jour à saint Paul : « Ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Mystère de l’incarnation. Dieu caché. Puissance, dynamisme caché sous l’aspect bien simple d’un travailleur de village.

Puissance, et non pouvoir.

Jamais Jésus ne recherchera le pouvoir. Mais sa puissance se manifestera dans ses gestes et ses paroles. Il parle et agit avec autorité, mais il refuse d’exercer le pouvoir. Il n’utilise aucun signe qui puisse prouver quoi que ce soit. Mais, comme le prophète Ézéchiel, il est envoyé vers ceux qui ont « le visage dur et le cœur obstiné ». Alors, « qu’ils écoutent ou qu’ils s’y refusent – car c’est une engeance de rebelles – ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux ».

Il y a eu dans l’histoire de l’Église des moments où elle a voulu utiliser le pouvoir pour imposer le message du Christ. Chaque fois qu’elle l’a fait, les résultats ont été catastrophiques. Il en va de même pour chacun de nous. Demandons-nous quelles sont les occasions, dans notre vie, où nous essayons d’exercer le pouvoir sur les autres. Alors, nous serons peut-être plus attentifs aux prophètes de notre temps, dépouillés de tout pouvoir, mais qui parlent et agissent avec autorité. C’est par eux, dans leur propre faiblesse, que se manifeste aujourd’hui la puissance de Dieu.

 

Père Théo. BAYE

 

 

 

Par Théophile Baye
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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /Juin /2009 22:06

Cette femme vint par derrière et toucha son vêtement.

 

 

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 5, 21-43

 

Bonne nouvelle

 

C'est vraiment une bonne nouvelle que nous donne aujourd'hui l'évangile : la mort n'est pas irrémédiable. Elle est un sommeil dont Jésus nous réveillera, nous relèvera.

            Pour bien comprendre cette affirmation de l'Evangile, il nous faut regarder de près la démarche des deux personnages qu'il met en scène : une femme qui souffre depuis douze ans d'hémorragies, et Jaïre, le chef de la synagogue. Ces deux démarches ont ceci de commun que le Christ vient rencontrer deux personnes, là où elles en sont de leur foi, pour leur faire faire un pas en avant ; et cela parce que ces deux personnes ne se résignent pas devant la maladie et le malheur.

 

Pauvre femme !

 

            Cette femme, au point de départ, n'a pas la foi. Elle est poussée par un sentiment que nous avons tous eu, un jour ou l'autre. Elle a entendu parler d'un guérisseur. Or, cela fait douze ans qu'elle souffre : ses hémorragies en sont la cause. Souffrance physique, mais aussi morale : d'après la loi juive, elle est impure, pratiquement exclue de toute vie sociale, et de toute vie conjugale. C'est d'ailleurs pourquoi elle ne vient pas trouver Jésus directement : elle n'a pas le droit d'être au milieu de la foule. Elle n'a rien à faire là. Elle a peur d'être chassée. Elle va faire un geste en cachette. Elle va simplement toucher le manteau du guérisseur. C'est normal. Mais ne dites pas que c'est la foi. C'est simplement de la superstition, un peu de crédulité. Eh bien, c'est là que Jésus va la rejoindre pour lui faire faire un cheminement, une montée dans la foi. Il lui dit, non pas «tu es guérie», mais «tu es sauvée». C'est-à-dire : tu vas pouvoir retrouver une relation vraie avec Dieu ; avec tes frères tu pourras chanter, à la synagogue, la gloire de Dieu. Et tu auras enfin des relations normales avec ton entourage, à commencer par ton mari. C'est cela : être sauvée. Pas seulement «être bien dans sa peau», mais être bien avec les autres. La femme est réintégrée dans une communauté.

 

Pauvre papa !

 

            Pour Jaïre, c'est la même chose. Il n'a plus rien à perdre. Sa petite fille est à toute extrémité. Là encore, sa foi est celle que nous aurions tous en pareille circonstance. Si j'ai un parent atteint d'une maladie incurable, j'ai envie d'aller consulter n'importe qui, de chercher n'importe quel remède. Qu'est-ce qu'on risque ? C'est la démarche de Jaïre. Si tu disais à ce moment-là à Jaïre que Jésus est capable de ressusciter les morts, il n'y croirait pas. De Jésus il pense qu'il est un bon guérisseur, c'est tout. Eh bien, c'est à ce point (presque) zéro de la foi de Jaïre que Jésus vient le rejoindre, parce qu'il ne se résigne pas, alors que la médecine, la science ont reconnu leur impuissance. Aussi, quand on vient lui dire : «Ta petite fille est morte», il faut que Jésus le prenne avec lui et lui dise : «Ne crains point, crois seulement». Cette petite fille dort, et Jésus va la réveiller, la relever, comme on relève quelqu'un qui est couché. Alors seulement l'homme va faire la démarche de la foi. Mais c'est Jésus qui l’entraîne.

 

Important

 

            Cela veut dire, pour nous, un certain nombre de choses importantes.

            Premièrement, ne pas se résigner. Ne pas être de ceux qui, devant le mal, la maladie, la mort, disent : «Qu'est-ce qu'on y peut !» Si tu pars battu d'avance, si tu ne fais pas tout pour qu'en toi, et autour de toi, ce ne soit pas le mal qui règne, tu ne rencontreras jamais Jésus. Il nous rejoint dans notre démarche de révolte contre tout mal. 

            Deuxièmement, ne pas toujours vouloir mesurer son propre degré de foi. A plus forte raison le degré de foi des autres. Cela ne veut rien dire : «C'est un grand croyant». Jésus me rejoint là où j'en suis, pour me faire faire un bout de chemin dans la foi, à condition que je me laisse conduire par lui. A condition que, d'abord, je me tourne vers lui. Et pas seulement quand tous les moyens humains ont été épuisés. «Confiance, nous dit-il, ne crains pas».

            Troisièmement, si j'acquiers cette confiance en Dieu, mes comportements dans la vie auront une tout autre allure. Je ne serai plus de ces gens qui ont toujours peur de l'avenir, ou qui vivent uniquement pour le jour présent. Ma vie quotidienne prendra un autre relief, dans cette perspective du passage, du grand «sommeil» dont Jésus me réveillera un jour. J'aurai une tout autre assurance, et une plus grande sérénité.

            Ceux qui ne te connaissent pas se diront peut-être : «D'où vient qu'il possède une telle assurance ?» Et toi, chaque jour, tu te rediras : «Ne crains point. Crois seulement».

 

Père Théo. BAYE !

 

 

Par Théophile Baye
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Samedi 6 juin 2009 6 06 /06 /Juin /2009 00:04

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit



Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 28, 16-20 

 

« AU NOM DU PÈRE, ET DU FILS, ET DU SAINT-ESPRIT »

INTRODUCTION

La fête de la Trinité se révèle parfois un casse-tête pour les homélistes et pour les fidèles qui les écoutent. Il n'est pas facile, en effet, de démontrer un « mystère », surtout quand on en retient la formule du petit catéchisme : « Un mystère est une vérité que je ne peux pas comprendre mais que je dois croire ». Nous n'essaierons donc pas de « comprendre » intellectuellement, avec notre tête, ce mystère. Nous essaierons plutôt de le saisir un peu comme un « mystère d'amour » c'est-à-dire que nous le regarderons avec l'intelligence de notre cœur.

1- Il n'y a qu'un seul Dieu

Au temps de Moïse, et plus largement du premier Testament, la croyance en plusieurs dieux était courante. Moïse lui-même venait de la civilisation égyptienne friande de dieux nombreux. C'est pourquoi le Libérateur du peuple d'Israël, sous l'inspiration du Dieu unique, s'efforcera de développer chez les Israélites la foi en un seul Dieu. À cet égard, l'épisode du veau d'or est significatif. Donc l'Ancien Testament ne s'emploie pas d'abord à parler d'un Dieu trine mais plutôt d'un Dieu unique.

Aujourd'hui, la croyance en plusieurs dieux est plutôt révolue. C'est plutôt, chez un certain nombre, la difficulté de croire en un seul Dieu et au Dieu de Jésus Christ qui est parfois en cause. Il existe, en effet, un monde d'incroyants, d'athées, etc., en tout cas de gens qui ne croient pas au Dieu de Jésus. Mais, ce qui existe encore plus, c'est le monde des indifférents face à Dieu : ils agissent, à toutes fins pratiques, comme si Dieu n'existait pas. Il ne les dérange pas du tout et ne les arrange pas davantage. Bref, Dieu, même s'ils y croient plus ou moins, n'est guère présent dans leur vie.

Et puis, il y a tous ceux, et nous en sommes peut-être un peu, qui, dans le concret de leur vie, adorent toutes sortes d'idoles qui, sans s'opposer au vrai Dieu unique, forment comme un écran face à lui : l'argent, le paraître, la domination sur les autres, le plaisir désordonné, l'ambition exagérée, etc.

2- Un mystère d'amour

« Dieu est amour », nous dit Jean dans sa première lettre. Il est d'abord amour à l'intérieur même de son être divin. C'est un peu comme une famille divine. L'amour, par sa nature, est appelé à se communiquer à d'autres. Il ne peut se vivre seul. L'amour divin, s'il se communique à nous, se communique d'abord aux personnes divines.

C'est le Nouveau Testament, notamment Jésus et ensuite les Apôtres comme Paul, qui nous ont révélé ce mystère d'amour. Comme c'est une réalité d'amour, elle ne se saisit qu'avec le cœur. Les familles qui sont heureuses, qui s'aiment, sont capables de se faire une idée de la Trinité : l'amour dans lequel elles baignent comme dans une atmosphère peut leur servir d'image de la famille divine : les trois Personnes divines se complaisent dans les relations d'amour qu'elles entretiennent entre elles.

Cette circulation d'amour à l'intérieur de la divinité se communique ensuite à nous qui méritons non seulement d'être appelés « enfants de Dieu » mais de l'être réellement au point de pouvoir « crier vers le Père en l'appelant : "Abba" ». En effet, l'amour, qui constitue l'essence même de Dieu, a voulu se répandre en nos cœurs notamment par l'envoi du Fils venu nous sauver et du Saint-Esprit venu nous éclairer et nous fortifier.

3- Pour nous aujourd'hui

D'abord la fête de la sainte Trinité nous permet de renouveler notre acte de foi au Dieu trinitaire. Nous le faisons chaque fois que nous nous marquons du signe de la croix. Nous le faisons également quand nous récitons le chapelet et qu'à la fin de chaque dizaine nous disons : « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ». Nous affirmons également notre foi à la messe notamment dans le « Gloire à Dieu au plus haut des cieux » et dans le « Je crois en Dieu », qui sont des professions de foi trinitaires. Nous terminons également la messe par la bénédiction qui est, elle aussi, trinitaire. La fête d'aujourd'hui est une occasion toute particulière de renouveler notre foi à la Trinité très sainte.

Ensuite la fête de la Trinité nous permet de faire mémoire de notre propre baptême. Jésus envoie les Apôtres dans le monde et il leur demande de baptiser ses disciples « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Nous sommes réellement, et dès maintenant, les enfants chéris de Dieu, saint Paul, dans la deuxième lecture, et saint Jean, dans sa première lettre, l'affirment clairement. La fête d'aujourd'hui nous fournit l'occasion de rendre grâce au Seigneur pour ce don extraordinaire du baptême et pour cette « filiation » particulière qui existe entre Dieu et nous.

Enfin la fête de la Trinité peut être une occasion de rafraîchir notre dévotion au Dieu Trine. Nous prions Dieu le Père en particulier en disant le Notre Père, nous prions Dieu le Fils par diverses invocations et par diverses célébrations dans l'année, nous prions également l'Esprit Saint au moins de temps en temps.

Mais rien ne nous empêche de prier les trois personnes divines ensemble. Ce serait effectivement une belle habitude à prendre que de le faire non seulement en invoquant Dieu comme tel mais directement la Trinité ou chacune des personnes bien nommées dans notre prière.

Cela pour notre foi et notre prière. Il peut être bon, également, en écho à la première lecture et au rappel de Moïse au peuple d'Israël, de situer ou de resituer véritablement la place de Dieu dans notre vie. Y est-il bien présent ou seulement le dimanche ou de temps en temps? Y pensons-nous régulièrement ou bien est-il devenu indifférent pour nous ou encore un illustre inconnu? Et puis, sur le plan de notre conduite morale, Dieu occupe-t-il la première place ou lui substituons-nous parfois d'autres idoles que nous « vénérons » peut-être un peu trop?

CONCLUSION

Quand Jésus a révélé à ses disciples que le Père et lui étaient « un » et que qui le connaissait, connaissait aussi le Père, cela a pu paraître difficile à comprendre. Quand Jésus a promis d'envoyer l'Esprit à ses Apôtres comme un Défenseur et une Force et que cette promesse s'est réalisée notamment à la Pentecôte, il n'a pas fait que les rassurer et les consoler. Jésus leur a révélé le plus grand secret qui habitait son cœur et qui est l'essence même du cœur de Dieu : Dieu n'est pas seulement unique, il existe en trois personnes qui s'aiment profondément. Et cet amour, qui circule au plus intime de Dieu lui-même, il est venu le donner à l'humanité entière.

Si la Trinité est une vérité de foi, elle est aussi et surtout une vérité d'amour.

Père Théo. BAYE !

 

Par Théophile Baye
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Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /Mai /2009 12:30

L'Esprit de vérité vous guidera vers la vérité tout entière

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 15, 26 - 16, 15


Le grand inconnu ?

On a dit que, chez les chrétiens, l'Esprit Saint est le " Grand Inconnu ". Bien sûr, dans la liturgie, on fait mention de l'Esprit quantité de fois au cours d'une célébration. Mais dans la vie quotidienne des chrétiens, on peut se demander quelle place il tient. Ne soyons pas trop pessimistes : de nombreux groupes " charismatiques " mettent l'Esprit au cœur de leur prière commune et au centre de leur action. Mais il reste que peu de chrétiens peuvent dire qu'ils vivent leur vie quotidienne "poussés par l'Esprit". Et les textes bibliques, aussi bien dans l'évangile que dans les Actes de Apôtres et surtout les lettres de saint Paul, peuvent nous paraître aujourd'hui bien anachroniques. Pourtant, je crois que jamais notre monde n'a eu autant besoin de chrétiens animés par l'Esprit de Jésus que de nos jours. Essayons de voir l'un des aspects de son action en nous et dans l'Eglise, aspect primordial : il est " l'Esprit d'Unité. "

L'unité de l'Esprit.

Jésus demandait pour nous au Père, à la veille de sa mort : " Qu'ils soient unis, afin que le monde croie. " Et saint Paul, tout au long de ses lettres aux Eglises chrétiennes qu'il avait fondées, insiste sur cet aspect essentiel. Aux Corinthiens, il écrit : " Soyez tous d'accord et qu'il n'y ait pas de divisions parmi vous. Soyez bien unis dans un même Esprit. " Aux chrétiens d'Ephèse : " Appliquez-vous à garder l'unité de l'Esprit par le lien de la paix. " Et à ses chers amis de l'Eglise de Philippes, il demande : " S'il y a donc un appel en Christ, un encouragement dans l'amour, une communion dans l'Esprit,...alors comblez ma joie en vivant en plein accord. "

Si le Christ prie avec une telle insistance pour l'unité des membres de son Eglise, si l'apôtre Paul rabâche cette demande, c'est que ce n'est pas évident. L'unité des chrétiens, aussi bien dans les temps apostoliques que de nos jours, reste toujours à chercher, à approfondir, à demander à Dieu. Elle nécessite d'abord que nous laissions l'Esprit travailler en nous et dans nos communautés. Mais, au fond, est-ce que nous souffrons vraiment de la désunion entre frères ? Non seulement de la désunion entre les diverses Eglises qui se réclament de la même foi en Jésus Christ, mais simplement au sein de nos petites communautés paroissiales.

 

Esprit d'ouverture.

Le récit imagé des Actes des Apôtres nous apprend quelque chose d'important sur l'action de l'Esprit Saint : il permet - il pousse même - des hommes et des femmes repliés sur eux-mêmes et sur leur petit groupe (comme en une sorte de ghetto) à s'ouvrir à toute une foule de gens de toutes races et de toutes langues et à communiquer avec eux. Bien plus - et c'est le sens du " miracle des langues " - ces gens si différents vont pouvoir, grâce à l'Esprit, se parler, se comprendre et s'entendre. C'est le début de l'Eglise : des hommes qui parviennent à s'entendre et à se comprendre malgré leurs différences. On ne cherche pas à gommer les différences. Chacun reste tel qu'il est, mais dans le respect de leurs différences, ces gens animés par l'Esprit vont marcher vers l'unité

Je dis bien : marcher vers l'unité, car l'unité entre frères est toujours à faire. C'est pourquoi, après avoir parlé de " communion dans l'Esprit " comme de quelque chose qui existe chez les chrétiens de Philippes, saint Paul s'empresse d'ajouter : " Recherchez l'unité. " Donc, ça reste à faire, ou du moins à approfondir. Je souhaite que nous en soyons déjà là, et que nous tous, disciples de Jésus Christ, nous recherchions l'unité.

Accueil de l'autre

Un enfant, même tout petit, commence à affirmer sa personnalité en manifestant sa différence et d'abord en s'opposant aux autres, à commencer par ses parents. Ah, ils savent bien vite dire " non ", n'est-ce pas ! C'est normal. C'est la première manifestation d'une personnalité. Ce qui serait grave, c'est si l'enfant, en grandissant, n'arrivait pas à faire éclore sa personnalité et à manifester sa différence autrement qu'en s'opposant aux autres. Combien d'adultes, ne le croyez-vous pas, en restent toute leur vie au stade infantile ! Pour parvenir à un stade adulte, la personnalité humaine doit faire un autre pas : elle doit parvenir à comprendre l'autre. Ni fusion ni uniformisation des idées, des sentiments, des perspectives, mais accueil de l'autre, parce que différent, dans sa différence que j'ai à respecter, que j'ai à comprendre, tout en restant moi-même. Autre fait, cette fois sur le plan collectif : toute minorité (ethnique, politique ou religieuse) a besoin, pour sauvegarder son identité, de bien marquer ses différences, au risque de les accentuer en caricaturant les autres et en exagérant son opposition. C'est normal.

Bienveillance.

Mais, pour en revenir à l'unité chrétienne dans l'Esprit, ne croyez-vous pas que chacun de nous, dans cette paroisse, ce doyenné, ce diocèse, n'a pas à faire la démarche " adulte ", en rejetant les oppositions plus ou moins outrées et en cherchant la compréhension entre frères, entre individus comme entre groupes. Encore une fois, cette recherche de l'unité ne doit pas gommer les différences, mais au contraire les magnifier. La démarche spécifique du chrétien consistera donc à écouter l'autre, à chercher à comprendre son point de vue, à cultiver l'empathie, c'est-à-dire à laisser l'autre pénétrer en soi. Elle consistera surtout à cultiver la " bienveillance " , non seulement à vouloir le bien de l'autre, mais à voir tout ce qu'il y a de beau, de vrai, de bien chez l'autre. Saint Paul, après avoir comparé la communauté au corps humain, écrit : " Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l'honneur, tous les membres partagent sa joie.". Demandons à l'Esprit de nous faire marcher vers cette unité organique, pour que nous soyons tous de vrais membres du Corps du Christ.

Père Théo. BAYE !

 

Par Théophile Baye
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