Samedi 7 juillet 2007

 Le Seigneur en désigna encore soixante-douze  

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 1...20

 

Deux récits

 

 

Il y a, au chapitre 9 de l’évangile de Luc, un premier récit d’envoi en mission. Jésus s’adresse aux Douze pour leur ordonner d’aller annoncer le Règne de Dieu. Et puis, quelques pages plus loin, on trouve un deuxième récit où Jésus envoie en mission soixante-douze disciples, et il le fait dans les mêmes termes et avec les mêmes consignes qu’aux Douze. C’est ce passage que nous venons d’entendre. Qu’est-ce qu’il nous dit d’important, pour notre vie actuelle ? Trois choses.

 

 

 

Missionnaires

 

 

 

D’abord, ces soixante-douze disciples, c’est nous. Il ne faudrait pas nous arrêter au chapitre 9 et nous dire : ce sont les Douze que Jésus a envoyés, par conséquent, la mission est réservée aux ministres choisis. On n’a eu que trop tendance, dans l’Église, à se reposer sur cette perspective. C’est seulement aujourd’hui que nous commençons à sortir d’une Église qui est une Église cléricale (pour ne pas dire épiscopale), celle que nous avons connue dans notre enfance, où effectivement, il y avait d’un côté les « fonctionnaires », ceux qui faisaient tout, et de l’autre les laïcs à qui il appartenait d’écouter, d’obéir, de payer le Denier du Culte, comme le disait l’ancien catéchisme, et « d’aider les prêtres dans leur apostolat », bref, peu de choses. Si bien qu’on en est arrivé à une Église totalement démobilisée, où l’immense masse des laïcs se  contentait de dire Amen et de suivre les consignes de leurs pasteurs, mais où ils n’avaient plus le souci de la mission.

 

 

 

Même des inconnus

 

 

 

Or, quand je regarde la pratique des premiers siècles de l’Église, je m’aperçois que c’est toute l’Église, tous les baptisés qui, dès les premières semaines, dès les premiers mois, sont partis en mission pour annoncer le Règne de Dieu. Et à toutes les nations (Le chiffre 72 est un chiffre symbolique : on estimait, à cette époque-là, qu’il y avait 72 nations sur la terre). Il s’agit d’une mission universelle, à laquelle tous sont invités. Quand je lis le livre des Actes des Apôtres ainsi que nombre d’épîtres, je m’aperçois de ce foisonnement missionnaire de l’Église naissante. Il y a des gens, même des inconnus, dont on se demande d’où ils viennent et comment ils ont connu Jésus, qui vont annoncer la Bonne Nouvelle avant même les Apôtres. Voir Apollos à Éphèse. Quand Paul arrive dans cette ville, on lui dit qu’il y a un groupe de douze chrétiens, convertis par un nommé Apollos. Paul s’aperçoit que cet Apollos, venu annoncer Jésus, ne sait presque rien sur lui : il faudra l’envoyer à Corinthe pour un complément de formation.

 

 

 

Ce fut ainsi, pendant des siècles. Puis il y a eu un déclin. Mais, Dieu merci, de nos jours, on retrouve le sens d’une Église totalement missionnaire où tous, jeunes, enfants, vieillards, adultes, ont à annoncer cette Bonne Nouvelle du Règne de Dieu dans notre monde. Il faudrait que nous prenions bien tous conscience de cela, et que nous ne soyons pas des chrétiens assis, pantouflards, des suiveurs, mais au contraire, de ceux qui, par leur vie, par toute leur existence, sont missionnaires.

 

 

 

La paix du Christ

 

 

 

Encore faut-il savoir de quoi il s’agit quand on parle de chrétiens missionnaires. Je retiens deux paroles de Jésus, dans ce passage d’Évangile. Premièrement : « Quand vous arrivez quelque part, dites : ‘La paix dans cette maison’, et deuxièmement : « Annoncez : Le Règne de Dieu est là aujourd’hui ». Traduisons, pour notre temps. Cela veut dire, non pas la paix telle que les hommes la cherchent, dans les démarches diplomatiques par exemple. Ce n’est pas  de cette paix-là qu’il s’agit dans le Nouveau Testament. Quand on parle de la paix « que seul le Christ peut nous donner », cela veut dire un surcroît de vie, une abondance de vie pour les hommes. C’est comme si j’entrais chez vous et que je vous dise : « Je vous souhaite de vivre pleinement votre vie humaine ». C’est également de cela qu’il s’agit quand on parle du Règne de Dieu : un monde où chacun de nous pourrait être libéré de toute une série de contraintes, et pourrait se dire : « Oui, grâce au Christ, je vis pleinement ma vie, libéré des contraintes de la maladie, des divisions, de la souffrance, de tout ce qui me pèse ». Il faudrait que je puisse vous souhaiter cela, mais aussi qu’ensemble, nous puissions travailler à cette paix, à ce Règne de Dieu, éliminer ces contraintes pour que les hommes soient des hommes libérés. Il y a des gens qui y travaillent, croyants ou non. Mais nous, croyants, nous avons une responsabilité particulière, du fait que c’est notre mission, la mission qui nous est confiée par le Christ. Nous devons travailler sans cesse, en famille, dans notre quartier, pendant les vacances comme pendant nos périodes de travail : susciter ce surcroît de vie, de bonheur, de liberté.

 

 

 

Rien dans les mains, rien dans les poches

 

 

 

Enfin, le Christ nous indique les moyens à employer pour remplir notre mission.

 

 

 

Personnellement, je suis frappé par la décontraction qu’il nous invite à acquérir. Il ne nous demande pas de comptabiliser nos résultats : ça ne compte pas, les résultats. Tu pars, « rien dans les mains, rien dans les poches » ; tu es un homme libre, et tu ne vas employer aucun moyen de contrainte quel qu’il soit. Pas de publicité tapageuse, pas de propagande, pour annoncer le Règne qui vient. Or, il faut le reconnaître, nous sommes mis en condition par les moyens de propagande du monde actuel. Que nous le voulions ou non, nous sommes plus ou moins violés. Nous perdons un peu, voire beaucoup de notre liberté personnelle et intérieure. Nous ne vous en rendons même plus compte, et nous risquons de devenir des esclaves heureux. Et voilà que Jésus nous redit : N’employez pas ces moyens-là pour annoncer le Règne de Dieu. C’est seulement par la vérité de votre vie, par la vérité de votre relation aux autres, de votre premier contact, que vous réussissez ou pas. Vous n’avez que la vérité de votre vie, de votre parole. Et la parole c’est fragile. On vous écoute ou on ne vous écoute pas. Mais, dans les deux cas, soyez décontractés. Si on vous accueille, ne vous gênez pas. Mangez, buvez, restez là. Ce ne sont pas les résultats qui comptent, ni le nombre de convertis. Vous êtes là comme des messagers, et si vous échouez, vous allez plus loin.

 

 

 

Alors ? Simplement, aujourd’hui, posons-nous quelques questions. D’abord, ne sommes-nous pas des gens souvent crispés sur les résultats de notre vie ? Sommes-nous, au contraire, suffisamment libres et libérés, suffisamment légers, pour ne pas nous encombrer de tous les moyens de la propagande ? Travailler à la paix et au bonheur autour de nous, voilà un beau programme. Au travail. Il n’est jamais trop tard.

 

Père Théo. BAYE !

 

 

 

 

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Samedi 30 juin 2007

« Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids,
       mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer sa tête. »

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9, 51-62 

 

Sur la route...

 

Quel dynamisme, quelle force, dans ce message que le Christ nous adresse aujourd’hui, à nous tous. Un message dérangeant. C’est à chacun de nous, c’est à l’Église que Jésus adresse un triple message. Premièrement : pas de triomphalisme ; deuxièmement : pas d’Église installée ; troisièmement, pas de regards en arrière !

L’un des hommes qui sont là, autour de lui, alors qu’il marche, le visage durci par l’effort envisagé, vers Jérusalem, déclare à Jésus : « Je te suivrai ! » Or, justement, un peu auparavant, Jésus a envoyé « devant lui » ses messagers. Plus question de suivre. Il faut passer devant pour répandre le message. Suivre est une attitude passive. Elle est nécessaire, certes, au commencement, mais bien vite il faudra passer devant : Jésus aura accompli sa mission terrestre ; à nous de la continuer. Et voilà que dans les circonstances concrètes de cette mission qui nous est confiée, surgissent les écueils.

L'Inquisition.

Le premier, c’est celui que rencontrent Jacques et Jean. Les Samaritains, ces hérétiques qui ont renié la pure foi d’Israël, refusent de les accueillir, eux et leur message. Réaction immédiate, instinctive : il faut les brûler. Luc nous dit simplement que Jésus les réprimanda. Marc rapporte que Jésus s’est moqué d’eux en leur donnant un surnom : « Fils du tonnerre ». C’est contre une tentation constante dans l’Église que Jésus réagit : la tentation d’exclure, d’excommunier, voire de mettre à mort ceux qui ne pensent pas comme nous. Voir l’Inquisition, par exemple. C’est seulement en 2004 que le pape demande pardon publiquement contre les crimes de l’Inquisition. Or, plusieurs milliers d’hommes et de femmes ont été torturés, emprisonnés, mis à mort, parce qu’ils étaient soupçonnés de ne pas penser juste. Cela, certes, c’est du passé. Mais quand je lis, en cette même année 2004, que le cardinal responsable de la congrégation romaine qui a succédé au Saint Office demande aux évêques américains de refuser la communion (ex-communier) aux parlementaires qui acceptent de voter les lois concernant l’avortement, je me demande si on a beaucoup évolué depuis Jacques et Jean !

Avancez !

 

Deuxième danger souligné par le Christ : le danger d’une Église installée. A l’homme qui lui déclare qu’il le suivra partout où il ira, Jésus répond qu’il n’a ni terrier ni même un nid ; pas même un lieu où reposer sa tête. En d’autres termes, il annonce qu’il marche sur une route qui ne s’arrête pas. Il est lui-même la route. Le suivre, c’est accepter de ne jamais s’installer, de ne jamais s’arrêter sur la route de la vie ; comme Jésus qui ne s’arrêtera que lorsqu’il sera « enlevé auprès du Père », le disciple est un homme « en marche ». Et notre Église doit accepter de n’être jamais « installée ». Ce qui est difficile. Quel parcours, depuis les premiers marcheurs, ces quelques centaines d’hommes et de femmes qui ont emprunté les routes romaines, bravant tous les dangers pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume, jusqu’à l’Église « institutionnelle » qui est la nôtre. Une Église où seulement un tout petit nombre se veut encore vraiment « missionnaire », comme si c’était une spécificité réservée à quelques-uns ! Comme si l’Église d’aujourd’hui se contentait de gérer, voire de préserver un acquis, ce qu’on a appelé « l’héritage chrétien ». Et sans regarder seulement du côté de Rome, demandons-nous où en sont nos communautés qui, bien souvent, n’en finissent pas de se replier frileusement sur elles-mêmes.

Vers l'avenir

 

Troisième écueil souligné par le Christ dans ce petit passage d'Évangile : le danger de « regarder en arrière ». A celui qui veut d’abord enterrer son père comme à celui qui veut aller d’abord faire ses adieux aux gens de sa maison, Jésus répond fermement, avec des accents qui peuvent nous choquer : « Celui qui regarde en arrière n’est pas digne de moi. » Autrement dit : il s’agit de toujours regarder devant soi, tournés vers l’avenir. Le disciple doit toujours regarder demain avec confiance, être un homme de projets, un « bâtisseur d’avenir ». Tout le contraire de ce qui se passe dans nos sociétés occidentales, en ce début du vingtième et unième siècle. Je ne vois, chez nos contemporains, que des peurs ; et des peurs qui, non seulement s’expriment dans le discours habituel, mais qui rejaillissent sur les comportements les plus courants. Et je me demande si, dans ce monde occidental, notre Église est messagère de confiance en l’avenir. Certes, dès le début de son pontificat, Jean-Paul II criait : « N’ayez pas peur ! » Il l’a rabâché je ne sais combien de fois. Mais pourquoi, dans ces conditions, les autorités religieuses se montrent-elles si frileuses, particulièrement en face des chercheurs, de tous les scientifiques ; et pourquoi toujours vouloir mettre en valeur les acquis du passé sans souligner tout ce qu’ont de valables et de nécessaires les recherches actuelles ?

Ce que je dis de notre Église, je crois qu’il nous faut l’appliquer à nous-mêmes. A chacun de nous, aujourd’hui encore, aujourd’hui surtout, Jésus redit personnellement : « Toi, va annoncer le Règne de Dieu ! » C’est, faut-il le  rappeler, un « Règne de justice, de paix et d’amour. »

 

Père Théo. BAYE !

 

 

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Samedi 23 juin 2007

LA NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE

 

Évangile selon saint Luc 1, 57-66.80

 

Retour à la case départ.

 

Il y a quinze jours, nous fêtions le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ. Il était normal qu'on en fasse comme une conclusion de tout ce que nous avions célébré précédemment, de Pâques à Pentecôte. L'Eucharistie n'est-elle pas une récapitulation de toute l'histoire du salut ? Mais voilà qu'aujourd'hui, nous sommes renvoyés à la case départ. Tout recommence. Nous nous retrouvons au temps de l'attente, des préparations. Comme si le Christ n'était pas encore venu !

 

C'est que, d'une certaine façon, nous en sommes toujours là ! Pour chacun de nous personnellement, comme pour notre Église, comme pour notre humanité, le Christ est encore à venir. Il n'est pas tellement entré dans nos vies personnelles, et le monde dans lequel nous vivons n'est pas tellement régi par l'amour, n'est-ce pas ? Donc Jean-Baptiste, chargé d'annoncer "celui qui doit venir ", est vraiment d'actualité. Et si l'Église nous invite à célébrer sa naissance, au même titre et presque au même rang que la naissance de Jésus, c'est que nous sommes aujourd'hui encore à l'heure où le salut de Dieu surgit, comme un germe fragile et presque imperceptible. Nous sommes dans le temps de l'Église : c'est ce que vont signifier les "dimanches ordinaires", repris dimanche dernier et continués dimanche prochain, grâce auxquels nous allons cheminer, pendant plusieurs mois, dans l'attente et la préparation de la venue du Seigneur.

 

Entre passé et avenir.

 

Nombreux sont les passages des évangiles qui présentent Jean-Baptiste comme le nouvel Élie, le prophète-type. Jean va, en effet, récapituler tous ceux qui, au long des siècles, ont annoncé la venue du Messie. Relisez les paroles d'Isaïe (notre première lecture) : presque tous les termes peuvent s'appliquer à Jean. C'est que, dans le dessein de Dieu, il y a une parfaite continuité. Toute l'annonce des prophètes de l'Ancien Testament vient refluer en Jean qui la couronne. Il se situe à la charnière des temps. Jean va faire le lien entre l'avant et l'après, entre les préparations et l'accomplissement. Il donne un baptême qui annonce un autre baptême. Apprenons donc que, dans notre vie, rien n'est perdu du passé. Même les erreurs et les fautes peuvent contribuer à l'irruption de la grâce. Comme Jean-Baptiste, nous pouvons être " tendus vers l'avenir ", vers celui qui " passe devant nous " de ce monde à son Père, qui est aussi notre Père.

 

Dieu fait grâce.

 

" Jean " est la contraction française d'un nom hébreu (Iohanan) qui signifie "Dieu fait grâce". Mais pourquoi, dans notre évangile, une telle insistance sur le nom ? C'est que dans l'Écriture, le nom est à la fois une sorte de définition et un programme, un contrat à remplir. Dans le cas présent, sur l'invitation de l'ange, le nom de Jean donné à l'enfant est une claire annonce que les temps nouveaux sont inaugurés "où Dieu fait grâce à notre terre." Mais c'est d'abord autre chose. Elisabeth, qui parle en premier, reconnaît, en donnant à son fils le nom de Jean, que Dieu lui a fait grâce, à elle, la femme stérile, en accomplissant son plus grand désir et la fin de "ce qui faisait sa honte parmi les hommes" (Luc 1, 25). Pour Zacharie, il s'agit d'une sorte d'aveu. Il avait refusé de croire à l'annonce de l'ange. Sourd à la Parole de Dieu, il en était devenu muet. Il ne pouvait plus prier (puisque, à l'époque, toute prière se faisait à haute voix). Et il ne pouvait plus communiquer avec ses semblables. L'incroyance lui avait coupé la parole. Mais voilà qu'il est maintenant passé de l'incroyance à la foi et qu'il se met à parler pour dire "Jean", pour reconnaître ainsi que "Dieu fait grâce". Muet au départ pour rendre grâce, il est devenu capable de reconnaître le don de Dieu. Nous passons tous par là.

 

A la charnière des temps.

 

Comme Jean, chacun de nous est sans cesse à la charnière des temps. Jean Baptiste, c'est la fin de l'Ancien Testament, la fin de l'attente, et l'inauguration des temps nouveaux. Entre passé et futur, un présent qui bouleverse tout. Eh bien, nous aussi, nous avons un passé, nous vivons un présent, et nous sommes "tendus vers l'avenir" (relire Philippiens 3, 12-14). Souvent, à nos moments de lucidité, nous nous désolons, comme Elisabeth, de la stérilité de nos vies. Surtout quand vient le grand âge. Et nous faisons nôtres les paroles du livre d'Isaïe : "Je me suis fatigué pour rien. C'est pour le néant, c'est en pure perte que j'ai usé mes forces." Le prophète ne savait pas encore qu'il allait être fait "lumière pour les nations, pour que le salut parvienne aux extrémités de la terre." Jean-Baptiste est passé, lui aussi, par des phases de découragement et de doute. Rappelez-vous. De sa prison, il envoie demander à Jésus : "Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?" avant d'accepter et de pouvoir déclarer : "Il faut qu'il croisse et que moi, je diminue." C'est alors seulement qu'il devient "lumière pour les nations". Jésus lui-même suivra le même chemin : c'est dans sa passion, quand il aura été "élevé de terre" qu'il attirera à lui tous les hommes, réalisant l'annonce prophétique : "Ils regarderont vers celui qu'ils ont transpercé".

 


 

Une fête populaire

 

La fête de la Nativité de Jean-Baptiste est célébrée depuis le IVe siècle. Fête très populaire, la saint Jean est placée au solstice d'été, 6 mois avant Noël. Nous sommes au jour le plus long. Désormais les jours vont diminuer jusqu'à Noël, le jour le plus court. Au solstice d'hiver, où l'on célèbre la naissance de Jésus, les jours vont de nouveau grandir. En fait, ces dates ont été choisies arbitrairement, comme des dates symboliques. Elles illustrent parfaitement la parole de Jean-Baptiste : "Lui, il faut qu'il grandisse, et moi, que je diminue". Et nous ? Nous ne pouvons, comme Jean, que "préparer les chemins du Seigneur", pour nous d'abord, pour qu'il puisse nous rejoindre. Comment ? Pas tellement en faisant des efforts épuisants, mais en faisant place nette, en dégageant un espace pour accueillir le don gratuit de Dieu. En dégageant le terrain de nos soucis, de nos préoccupations, de nos ambitions, de nos peurs. " Je te conduirai au désert et je parlerai à ton cœur ". Alors, ayant préparé le chemin du Seigneur pour nous, nous deviendrons chemin pour les autres.  

 

Père Théo. BAYE !

 

 

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Samedi 16 juin 2007

" et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus."

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 7, 36 - 8, 3

 

Essentiel

 

Le récit du repas de Jésus chez Simon le pharisien, que nous venons d’entendre, est une très belle illustration des propos que l’apôtre Paul tient dans sa lettre aux Galates. Lui, pharisien, qui a été élevé dans la bonne tradition juive, a passé une partie de sa jeunesse à essayer de respecter scrupuleusement la Loi , de faire de la Loi le pivot de sa vie. Or, il s’est aperçu que cette volonté de purification intérieure et extérieure, interprétation pharisienne de la Loi , ne lui servait à rien. C’est quand il a découvert le Christ qu’il s’est aperçu que ce n’est pas par l’obéissance à la Loi , mais seulement par la foi en Jésus Sauveur qu’on peut trouver la vie. D’où son argumentation contre ses anciens collègues pharisiens : par l’obéissance à la Loi , vous ne serez jamais sauvés. Au contraire, si vous faites la démarche de la foi, vous serez sauvés. Foi en une personne, Jésus Christ, Fils de Dieu, qui est venu précisément pour nous sauver, pour nous donner la vie.

Pré-jugés

 

L’illustration de ces propos, c’est donc le récit du repas de Jésus chez Simon. Qui est ce Simon ? Un pharisien. Certainement un homme de bonne volonté. Il désire connaître Jésus. Il est sur le chemin de la foi. Il va rencontrer sur ce chemin des tas d’embûches, et il succombera. Il veut savoir qui est Jésus, mais en même temps qu’il se pose la question, il donne la réponse. Vous avez entendu, il dit : « Ce Jésus, ce n’est certainement pas le prophète. Si c’était le prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche et il ne se laisserait pas toucher ». Sous-entendu : un prophète qui sait tout doit aussi faire la distinction entre le bien et le mal, entre les bons et les mauvais. Et un bon ne se laisse pas contaminer par les mauvais. Simon le pharisien n’a pas eu l’idée de penser qu’un prophète, s’il veut être à l’image de Dieu, doit être tout proche, tout accueillant aux impurs et aux pécheurs. Non ! Il a fait la réponse, et son cheminement dans la foi est bloqué. Parce que la réponse a été trop rapide. C’est sa manière à lui de classer les gens. Jésus = « pas prophète » ; la femme = « prostituée. » Terminé. Il les enferme dans leur destin. Il n’y a plus aucune avancée possible. Il leur a mis des étiquettes. C’est souvent notre habitude, à nous aussi. Mais c’est le contraire des manières de Dieu. Nous mettons des étiquettes : c’est un bon... c’est  un mauvais... c’est un imbécile... c’est un type intelligent... c’est un fasciste... c’est un gauchiste... C’est terminé. L’homme est classé, muré.

Les gestes de son métier

 

Au contraire, regardez la femme. Elle aussi fait le cheminement de la foi. Elle va le faire avec des gestes qui lui sont familiers. Parce que, tout de suite, je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, elle a été, sans doute, transformée par un regard de Jésus (un regard différent de tous les regards qu’elle a essuyés avant, qui en faisaient une femme-objet, qui la rejetaient dans sa condition de prostituée), tout de suite, elle fait les gestes qui lui sont habituels, parce qu’elle ne sait que ceux-là. Elle va se servir de sa bouche, de ses mains, de ses cheveux, de ses parfums... et elle va ajouter ses larmes. Pour dire quoi ? Pour dire : « Je suis pardonnée, je le sens. Toute l’attitude de cet homme est une attitude de pardon et d’accueil. C’est la première fois que je rencontre cela ». D’un seul coup, elle sent que tout ce qu’il y a de misère en elle, tout ce mal dont elle souffre, sa condition de prostituée (ce n’est pas sa faute, on l’y a mise, dans cette condition, elle est exploitée, elle fait ce triste métier sans l’avoir voulu), tout cela, elle sent que, grâce à un regard, elle peut s’en libérer.

Et moi, et moi ?

 

Je souhaite profondément que notre cheminement dans la foi soit à l’image de celui de la prostituée, et non à l’image de celui du pharisien.

 Pourquoi ? Il n’y a de vie chrétienne possible, nous dit St Paul, que si l’on demande un pardon, un salut, au Dieu de Jésus Christ. Si nous comptons sur nous-mêmes pour nous tirer du mal qu’il y a en nous ou si (et c’est encore plus grave) nous ne voyons pas le mal qui est en nous, nous n’avons que faire d’un salut donné par Dieu. 

J’ai été choqué par un sondage dont les résultats sont parus dans la presse il y a quelques mois. Une enquête auprès des chrétiens, pratiquants ou non, leur demandait : « Quand vous faites quelque chose de mal, pensez-vous que c’est un péché, ou simplement une erreur, un faux-pas ? » Une majorité de chrétiens pratiquants répondait : « Ce n’est pas un péché, c’est une erreur ». Cela devient grave. Nous nous trouvons de bonnes excuses pour nier le péché en nous. Pas le mal (on sait bien que le mal existe, mais le mal, pense-t-on, vient toujours des autres). Nous ne voyons pas notre mal à nous, et surtout nous ne le reconnaissons pas comme le mal fait à Dieu, le mal que Dieu seul peut pardonner et extirper de nos cœurs. En cela, nous sommes tous des pharisiens.

Mort pour rien ?

 

C’est pourquoi je souhaite que nous fassions la démarche de la prostituée. Cette démarche commence par une prise de conscience radicale de ce qu’il y a de mal au plus profond de notre existence. Je suis mauvais. Il y a telle ou telle chose en moi, pas seulement des petits défauts dont je peux sourire, mais le mal radical, qui m’empêche d’aimer comme je devrais aimer. Dans ma famille, dans mon entourage, dans ma vie professionnelle. Partout. A partir du moment où je peux faire cette démarche de constater, non pas le mal qu’on m’a fait, mais le mal que je fais (ou, comme dit encore St Paul, le bien que je ne fais pas), à ce moment-là, je crois que je peux ressentir le besoin d’un salut. D’un salut que Dieu seul peut me donner. Reprenons la dernière phrase de St Paul dans la lecture d’aujourd’hui : « Je vis ma vie dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. Et j’accueille cette grâce de Dieu. Car si c’était en observant la Loi que je pouvais devenir juste, alors le Christ serait mort pour rien ». 

Croyons-nous en Jésus sauveur ? C’est toute notre problématique chrétienne. C’est une question importante pour chacun d’entre nous et pour notre communauté. Si nous ne nous reconnaissons pas pécheurs, nous n’avons besoin de personne, et surtout pas de Jésus, pour nous en sortir. Si, au contraire, nous nous reconnaissons comme une communauté de pécheurs, alors notre prière se fera plus vraie, comme celle de cette femme. Nous manifesterons sincèrement notre désir de salut, et serons prêts à accueillir le pardon de Dieu.

Père Théo. BAYE !

 

 

 

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Vendredi 8 juin 2007

                        Tous mangèrent à leur faim

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9, 11-17

 

 

 

 

Le plus important

C’est dans le « Petit livre rouge » qui dans les années 70 fut le catéchisme de toute la Chine , que Mao Tse Tong énonce cette question : « Quelle est la chose la plus importante pour les hommes ? », Question à laquelle il répond : « La chose la plus importante est d’avoir à manger tous les jours. » Ce qui, à la réflexion, nous paraît une évidence. Quand on se rappelle que, de nos jours encore, il y a des millions - peut-être des milliards - d'individus pour qui, chaque jour, trouver quelque chose à manger est la préoccupation essentielle, on saisit l'importance de la remarque de Mao. Les famines, en effet, cela existe encore de nos jours, hélas, alors qu'on sait que la terre est capable de nourrir beaucoup plus d'habitants qu'elle n'en nourrit aujourd'hui, à condition que la répartition des richesses s'y fasse de manière rationnelle.

Les esprits avertis nous expliquent, par ailleurs, que, pour régler cette question de la faim dans le monde, il y a une priorité : l'accès de tous à l'instruction. Il ne s'agit pas d'abord de nourrir : il faut donner à chacun les moyens de se nourrir. Donc, pour faire simple, pas de "paternalisme" en la question. Il s'agit d'aider tous les hommes à se prendre en charge et à travailler de manière à produire les moyens de leur propre subsistance.

Provocation ?

 

 

 

 

Mais je ne suis pas là pour vous donner ce matin un cours d'économie géopolitique. Ce qui provoque ma réflexion, c'est le début de l'évangile que nous lisons en ce dimanche, où l'on nous dit que Jésus, ce jour-là, avant de nourrir la foule qui se pressait autour de lui, a commencé par faire son instruction et par guérir tous ceux qui en avaient besoin. L'instruction, la santé, la nourriture : est-ce que ce ne sont pas les trois besoins élémentaires de l'humanité ? Bien avant Mao, Jésus s'en préoccupe, en des gestes significatifs. Et c'est d'ailleurs pourquoi il a le droit de dire à ses disciples qui voulaient purement et simplement renvoyer les gens, le soir venu : "Donnez-leur vous-mêmes à manger !" Provocation de sa part ? Oui, certainement. Une provocation qui devrait nous atteindre, aujourd'hui encore.

Instruction, santé, nourriture

 

 

 

 

            Pour cela, il nous faut regarder d’un peu plus près dans quelles circonstances Jésus a fait ce signe important en donnant à manger abondamment à toute la foule qui courait après lui. Pour ces gens qui étaient là, il y avait des priorités. Et trouver à manger n’était pas l’une de ces priorités. Pour tous, il y avait d’abord le besoin d’entendre Jésus « parler du Règne de Dieu ; pour beaucoup d’entre eux, il y avait un deuxième désir : la guérison de toutes leurs infirmités. Voilà quels étaient leurs besoins essentiels. Or les disciples de Jésus rentrent de mission. Ils ont beaucoup de choses à lui raconter, c’est pourquoi Jésus les emmène à l’écart. Mais on ne peut pas être tranquille : la foule ne les lâche pas d’une semelle. Ce qui explique sans doute la réaction des apôtres, qui sont fatigués : « Renvoie-les », demandent-ils à Jésus. Mais pour Jésus, il y a une priorité : ce sont les besoins élémentaires de la foule. Besoins en tous genres : autant spirituels, intellectuels que besoins matériels et corporels : instruction, santé, nourriture.

Un signe

 

 

 

 

            Or, ce geste qu’il va faire en donnant à manger abondamment à la foule, Jésus n’en fait pas qu’un geste simplement humanitaire : il en fait un signe, c’est-à-dire un geste qui signifie une réalité autrement plus importante. Pour faire simple, je dirais que le geste de solidarité devient significatif du geste d’amour total qu’il fera un jour en donnant sa propre vie. Regardons avec attention ce qui est mentionné dans le récit : Jésus prend les pains (et les poissons), et levant les yeux au ciel, les bénit, les partage et les donne à distribuer à ses disciples. Les évangiles reprendront les mêmes termes pour nous rapporter l’institution de l’Eucharistie à la Cène. C ’est pourquoi toute la tradition a vu dans ce signe de Jésus donnant à manger à la foule l’annonce d’une autre nourriture : Jésus nous donnant sa propre vie pour que nous puissions nous en nourrir.

            Chaque fois que nous nous rassemblons pour célébrer l’Eucharistie, nous rappelons ce souci primordial qu’a eu Jésus en donnant à manger à une foule dans le besoin. Et aujourd’hui c’est à nous qu’il s’adresse pour nous redire la parole provocatrice : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ce qui veut dire que nous avons à discerner quelles sont les faims de nos contemporains. Elles sont nombreuses, dans ce monde désorienté, où règnent la violence, le chacun pour soi et la domination de l’argent. Faim et soif de paix, de respectabilité et de considération ; faim de bonheur et d’amour. Toutes les faims des hommes et des femmes, et celles des millions d’enfants condamnés à travailler dès leur plus jeune âge, certains avant d’avoir huit ans... On n’en finirait pas d’énumérer toutes ces faims. Nous serions impardonnables si nous nous retrouvions chaque dimanche pour célébrer l’Eucharistie sans ressentir l’absolue nécessité de « donner à manger », nous aussi, à tous ceux qui sont dans le besoin. « Deviens celui que tu reçois », nous dit saint Augustin à propos de la Communion. Pour un monde nouveau, pour un monde d’amour.

Père Théo. BAYE !

 

 

 

 

 

 

 

par Théophile Baye publié dans : homelies
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