Samedi 15 novembre 2008 6 15 /11 /Nov /2008 10:33

A chacun selon ses capacités

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 25, 14-30

 Une histoire.

Connaissez-vous l'histoire des trois tailleurs de pierre en train de travailler sur un chantier ? Un passant s'arrête et demande à chacun d'eux ce qu'il fait. Le premier répond : "Je taille des cailloux, tu le vois bien !" Le deuxième : "Je gagne de l'argent pour nourrir ma famille". Le troisième, enfin, lui dit : "Je bâtis une cathédrale". Tous trois font le même travail. Mais chacun d'eux donne un sens différent à son travail. Et nous, quel sens donnons-nous à toutes nos activités terrestres ?

Jésus, lui, à travers la parabole des talents, nous indique un sens, le sens chrétien que nous pouvons donner à notre travail. Pour simplifier, je résumerais tout en une simple formule : être actif, c'est faire confiance à Dieu qui nous fait confiance. Rappelez-vous la chanson du Père Duval : " Ton ciel se fera sur terre avec tes bras". Relisons la parabole, et nous verrons tout cela en détail.

Gérer sa vie

            Nous comprenons facilement que cette histoire que Jésus nous raconte veut nous décrire deux façons radicalement opposées de gérer notre vie : entre la confiance et la méfiance. A ce Dieu qui nous fait largement confiance, nous pouvons répondre par une confiance égale. Mais nous pouvons aussi nous faire une fausse image de ce Dieu qui nous fait confiance. Alors, c’est la peur qui régit toutes nos attitudes, simplement parce que nous nous trompons sur lui et sur ce qu’il est. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus avait bien perçu cela, qui disait : « Vous voulez un Dieu amour, vous aurez un Dieu amour ; vous voulez un Dieu justice, vous aurez un Dieu justice. »

            Le thème de l’absence du maître est fréquent dans les Évangiles. C’est notre situation vis-à-vis de Dieu. C’est ainsi qu’est le temps de l’Église. Nous n’avons sous la main que des signes : l’Église elle-même, avec ses aspects parfois déconcertants, les sacrements, qui requièrent la foi. Bref, Dieu nous laisse à notre pleine et entière liberté. Il nous fait une confiance inouïe. Aucune consigne : nous sommes libres de gérer sa fortune selon notre propre initiative. Notre vie est entre nos mains, nos familles, nos collectivités, notre gestion du monde : nos choix sont libres et personnels, sans aucune directive venant d’en haut.

"Tu es le Dieu fidèle"

            A nous d’être des serviteurs fidèles. Là encore, il faut éviter un contresens sur la signification du mot « fidèle ». En règle générale, le mot évoque pour nous l’idée d’un attachement loyal, donc, d’une dépendance. Ici par contre, comme dans toute la Bible, on parle de fidélité d’abord en pensant à Dieu. Dieu est fidèle parce qu’on peut compter sur lui, parce qu’il mérite notre confiance, parce qu’il est vrai. Le serviteur fidèle est celui qui fait confiance en réponse à la « fidélité » de Dieu. Prenons donc le mot en son sens étymologique : est fidèle celui qui fait foi. A la confiance de Dieu répond la confiance de l’homme. De fait, il faut de la confiance pour se mettre, sans y être forcé, à faire valoir des talents. Il faut parier sur la bienveillance du maître. Ce que n’a pas pu faire le troisième employé !

            Car le contraire de la confiance, c’est la méfiance, la peur : « J’ai eu peur… tu es un homme dur… tu moissonnes là où tu n’as pas semé. » Ce troisième serviteur n’a pas répondu à la confiance du maître par la confiance et cela l’a rendu paresseux. A quoi bon agir et se démener quand on ne croit pas à la valeur de ce que l’on fait ? Toute notre vie de foi se joue là, entre cette confiance et cette défiance. Cette parabole est une illustration parfaite de notre relation avec Dieu. On en revient toujours aux premières pages de la Bible : à l’homme qui fait confiance à Dieu son créateur, le serpent déclare qu’il se trompe et que Dieu n’est pas celui qu’il croit. Il est un Dieu jaloux, cruel, perfide, qui aurait peur de perdre son pouvoir sur les humains. « Tu moissonnes là où tu n’as pas semé… »

Curieux !

            La fin de la parabole est curieuse. Le maître ne prend pas ses talents. Il les laisse aux serviteurs fidèles. Travailler pour Dieu et travailler pour nous sont une seule et même chose. Car Dieu ne nous est pas extérieur. Et voici une phrase inquiétante : « A celui qui n’a rien on enlèvera même ce qu’il a. » En fait, aucun des trois serviteurs n’a quoi que ce soit au début de la parabole. Tout leur est donné. Celui qui n’a rien, à la fin, est celui qui n’a rien su créer avec ce qu’on lui avait confié. L’Évangile, à longueur de pages, nous invite à l’activité, à produire, à porter du fruit. Là encore, Dieu nous fait confiance. Il nous fait créateurs avec lui. Ou plutôt, il crée par nous. Il fait du nouveau par le jeu de notre liberté.

            Comme la femme vaillante et débrouillarde dont le livre des Proverbes fait l’éloge, selon l’invitation de l’apôtre Paul à ne pas rester endormis, notre parabole nous décrit une vie chrétienne dynamique et active. Le contraire d’une religion d’évasion. C’est ici et maintenant que se joue le royaume. Dans ce monde d’où Dieu semble absent, mais où il est présent de multiples manières, ne serait-ce que par nous et par les « talents » qu’il nous a confiés. Le mystère de la présence de Dieu n’est autre que cette confiance qu’il nous fait et que nous pouvons lui faire. Cette confiance qui nous permet de vivre et d’agir en sachant que notre effort n’est pas vain, mais débouche dans la joie : « Entre dans la joie de ton Maître ! », nous dira-t-il un jour. Du moins, je l’espère. 

Père Théo. BAYE !

 

 

 

Par Théophile Baye
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Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /Nov /2008 22:26

Vous êtes l'Eglise de Dieu 

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 2, 13-22

Un peu d'histoire.

  Vous vous demandez sans doute quelle est la signification de cette fête que nous célébrons aujourd'hui : la dédicace de la Basilique du Latran. Un peu d'histoire va nous éclairer. C'est vers l'année 324 de notre ère que l'empereur romain Constantin, qui venait d'autoriser le christianisme à paraître au grand jour - la dernière persécution avait eu lieu seulement vingt ans plus tôt - donna à la jeune Eglise le palais du Latran, en plein cœur de Rome. On y construisit alors la basilique dédiée à saint Jean-Baptiste : c'est la plus vieille église chrétienne au monde. C'est la cathédrale du pape. Les papes, d'ailleurs, ont résidé au Latran pendant mille ans : cette résidence avait la même valeur que le Vatican aujourd'hui. Cette première cathédrale est appelée " mère et tête de toutes les églises. " Quand on fête sa dédicace, chaque année le 9 novembre, on fête en même temps la dédicace de toutes les églises chrétiennes du monde. Et aujourd'hui encore, en ce début du troisième millénaire, on se rappelle le temps où l'Église de Jésus Christ est sortie de l'ombre pour devenir signe visible aux yeux de tous. Cependant, les lectures bibliques de ce jour vont nous ouvrir d'autres perspectives.

Temples...

Depuis toujours, les hommes ont eu besoin de considérer certains lieux comme sacrés, et de les marquer de certains signes. Pensez aux pierres levées, aux autels primitifs si nombreux dans toutes les régions habitées du globe. De même, Jacob, après avoir eu la vision d'une échelle qui relie la terre au ciel, s'écrie : " Dieu est en ce lieu et je ne le savais pas... Ce lieu est redoutable, c'est la maison de Dieu et la porte du ciel. " Il prend la pierre dont il avait fait son chevet, en fait une pierre levée et verse de l'huile sur elle.

Le thème de la " maison de Dieu " occupe une place considérable dans l'Ecriture. On trouve d'ailleurs cette manière de faire dans toutes les religions : on veut matérialiser ainsi, d'une manière quelconque, la présence divine, comme pour se l'attacher. Voir tous les temples égyptiens, grecs, romains de l'antiquité. On place dans ces temples la statue de la divinité à laquelle on rend un culte. Histoire de proximité et d'appartenance. " Dieu avec nous. " En Israël, il en va de même, avec une différence notoire : aucune image de Dieu dans le lieu de sa présence. L'arche d'Alliance, pendant la longue marche au désert, puis le Temple de Jérusalem bâti par Salomon sont signes matériels de la présence de Jahweh, mais ils ne renferment que des instruments : tables de la Loi et un peu de la manne du désert. Plus tard, d'ailleurs, après les invasions et les occupations successives, le nouveau Temple de Jérusalem était vide de tout objet matériel et de toute image. Il était pourtant signe de la présence bienveillante de Dieu. Pour un bon Juif, c'était le centre du monde. On y venait du monde entier pour adorer Jahweh et lui offrir des sacrifices. De plus, avec Ezéchiel, on le voyait non seulement comme un lieu vers lequel on convergeait, mais comme une source dont les eaux vives divergent et vont au loin déployer leur fécondité. Au temps de Jésus, on y célébrait chaque année, en hiver, la fête de la Dédicace, souvenir du jour où ce Temple avait été purifié, en 164 avant notre ère, de tous les signes païens placés là par l'occupant. Retenons simplement de tout cela que le Temple, les temples sont toujours signes de la présence de Dieu sur cette terre.

Changement de signe.

Avec Jésus, tout va changer. On va aller de malentendus en malentendus. Certes, Jésus, lorsqu'il chasse les vendeurs du Temple, parle de purifier " la maison de (son) Père ", mais à ses interlocuteurs qui lui demandent de quel droit il fait cela, il répond :" Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai ". Naturellement, personne ne comprend. L'apôtre Jean nous dit qu'il a compris beaucoup plus tard, au moment de la mort et de la résurrection du Seigneur. Ensuite, les chrétiens développeront cette foi des premiers témoins en disant que Jésus est le vrai temple de Dieu, parce qu'en sa personne humaine, Dieu est présent sur cette terre. " Et le Verbe s'est fait chair, et il a planté sa tente parmi nous ", dit le Prologue de l'évangile de Jean. Et l'un des Sept, Etienne, sera lapidé par les autorités juives parce qu'il déclare que " le Dieu Très-Haut n'habite pas dans des maisons construites de mains d'hommes. "

Le vrai Temple.

Où est Dieu ? A cette question, Etienne répondait logiquement, selon l'enseignement du Christ : Dieu n'habite pas dans des maisons. L'apôtre Paul ira beaucoup plus loin. Le vrai Temple de Dieu, c'est l'Église. Ici, entendons-nous bien, car le mot est à double sens : avec un E majuscule, il s'agit de l'assemblée, alors qu'avec un é minuscule, il s'agit du bâtiment. Le mot grec " ekklesia ", au sens littéral, signifie toute assemblée. On l'a traduit en français par Eglise. Donc, l'apôtre Paul, s'adressant au collectif formé par les chrétiens, lui dit : " Vous êtes le Temple de Dieu ", et il va développer cette intuition en de multiples passages de ses lettres, notamment aux Corinthiens. Il ira même plus loin c'est non seulement le " collectif " de tous les baptisés qui est Temple de Dieu, mais chacun de nous, personnellement : " Votre corps, écrit-il, est le temple du Saint Esprit. " Jésus, déjà, n'avait-il pas dit : " Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera, nous viendrons en lui et nous ferons chez lui notre demeure. "

Maison du peuple.

Alors, pourquoi des églises ? Pourquoi tant de bâtiments ? D'abord parce que l'Église (les chrétiens qui se rassemblent) ont besoin d'églises (basiliques, cathédrales, églises ou simples chapelles), de lieux pour se rassembler. De lieux si possible fonctionnels. C'est une question de nécessité. C'est aussi un besoin bien humain de dresser des " signes " consacrés à cette fonctionnalité : pour que le culte rendu à Dieu soit digne et recueilli. Une église n'est pas un hangar : elle doit porter à la prière le peuple rassemblé. Ceci étant bien précisé, il n'en reste pas moins vrai qu'avant d'être la " maison de Dieu ", chaque église, grande ou petite, est la " maison du peuple de Dieu. " C'est là qu'on se rassemble, c'est là qu'on aime se retrouver pour prier, écouter et méditer la parole, se réchauffer de la présence du Seigneur qui nous rappelle que " quand deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. "

J'aime les églises, surtout quand elles m'aident à prier avec le peuple assemblé. Rien n'est plus émouvant qu'une belle assemblée dans une belle église. Mais, même dans une humble chapelle, rien n'est plus beau que quelques dizaines de personnes assemblées pour "faire Eglise". Et j'aime chanter en mon cœur le psaume 42 traduit par Théodore de Bèze : " Je regrette la saison / Où j'allais dans ta maison / Chanter avec les fidèles / Tes louanges immortelles. "

Père Théo. BAYE !

 

Par Théophile Baye
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /Oct /2008 18:40

Une foule immense... 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 1-12

 

Un catalogue
 

L’Eglise catholique, depuis le début de son histoire, a publié un « catalogue » des saints. Dans ce catalogue, sont inscrits toutes celles et tous ceux dont la vie a été tellement exceptionnelle, tellement exemplaire que les autorités de l’Eglise les ont déclarés solennellement bienheureux ou saints. Ils sont ainsi quelques centaines dans vos calendriers, ceux qui ont été particulièrement remarqués, ceux et celles qui, également, ont marqué leur époque ou leur région. Ils ont été particulièrement « témoins » du Christ. Et d’ailleurs, au début du catalogue, il n’y avait d’inscrits que ces « témoins », en grec « martyrs ». Mais on peut être martyrs et donner sa vie, il faut le redire, non seulement en mourant pour témoigner sa foi, mais également en vivant dans l’amour et le don de soi. Mais enfin, ceux qui ont été ainsi répertoriés ne sont que quelques centaines. Et vous pensez bien que si la réussite de l’humanité se limitait à ces quelques centaines, on pourrait parler d’échec. En réalité, ils sont des millions, sans doute quelques milliards, celles et ceux qui méritent le titre de « saints ». Ce sont ceux-là que nous fêtons aujourd’hui. Bien plus nombreux que ceux qui ont été remarqués par l’Eglise. Et même si le Pape Jean-Paul a allongé considérablement la liste au cours de ses années de pontificat, c’est peu de chose par rapport à la foule innombrable dont nous fêtons aujourd’hui la réussite. Ils voient Dieu face à face, ils jouissent d’un bonheur littéralement inimaginable et, du moins je le crois, ils intercèdent pour nous.

 

Les justes

Les connaissons-nous ? Sans doute certains d’entre eux, parmi nos ancêtres, membres de nos familles, voisins, amis, anciens camarades de travail, hommes et femmes rencontrés au cours de notre propre vie, avec qui nous avons fait route, plus ou moins longtemps, au cours de notre cheminement terrestre. Sans doute, dans cette foule immense, des gens que nous n’aurions jamais imaginés voir arriver au terme de cette réussite. Nous ne pouvions pas imaginer qu’ils étaient des « saints », des « saintes », parce que nous ne pouvons pas lire dans le cœur des hommes. Seul Dieu connaît le cœur de tout homme. Car dans cette foule immense, il n’y a pas seulement des catholiques, ni seulement des chrétiens. Depuis le début de l’humanité, bien avant le christianisme, des hommes ont été des « justes », selon les lumières qu’ils avaient reçues. Alors ils ont servi leur Dieu loyalement selon leur conscience. Prenons très au sérieux la vision de saint Jean  dans l’Apocalypse : après avoir vu les cent quarante quatre mille élus, des douze tribus d’Israël, il a vu « une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. » Donc, en premier lieu, il y a lieu de nous réjouir : l’histoire de l’humanité n’a pas abouti, jusqu’ici à un échec ou à une catastrophe : ça réussit.

Les chemins du bonheur

Nous avons donc, nous les vivants, nous les chrétiens de ce début de millénaire, à nous situer entre toutes ces races, nations et peuples, comme les héritiers du Message de bonheur. Nous appartenons à la race de ceux qui ont reçu ce message des Béatitudes  et qui sommes chargés de le transmettre à notre monde. Jésus trace pour nous les multiples chemins du bonheur possible, chemins que chacun de nous peut emprunter. Pas tous les chemins, mais l’un ou l’autre. L’un et l’autre. Selon  notre propre personnalité, selon les circonstances, selon notre ascendance, selon les lieux ou les époques où nous avons à vivre. Qui sont ces bienheureux ? Jésus nous dit que ce sont ceux qui ont un cœur de pauvres, les doux, ceux qui ont faim et soif de justice, ceux qui ouvrent leur cœur à la misère des autres, les cœurs purs, ceux qui font la paix ; en cela ils sont heureux, même s’il leur arrive de pleurer, même s’ils sont persécutés. Voilà l’énumération. Avouons qu’il est difficile de ne pas se retrouver dans au moins l’une ou l’autre de ces catégories, un jour ou l’autre. Vraiment, pour n'être pas sauvé, il faut choisir de ne pas l’être. Il faut pour cela refuser le bonheur offert.

 

Enfants de Dieu

L’origine de tout ce bonheur possible, de ce bonheur offert à chacun de nous ? L’apôtre Jean nous le dit dans sa première lettre : « Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés. Il a voulu que nous soyons enfants de Dieu – et nous le sommes ! » Bien sûr, il précise immédiatement que ce statut d’enfant de Dieu, nous ne le possédons qu’en germe – « ce que nous serons ne paraît pas encore clairement » - et pourtant « dès maintenant nous sommes enfants de Dieu. » Allons donc au bout de cette révélation, jusqu’à ses conséquences les plus radicales. Quand Dieu engendre l’humanité, il ne crée pas des Juifs, des Chrétiens, des Musulmans. Il crée des hommes, tout simplement. « Tout ce qui vit est vie en lui, dans le Verbe », dit le prologue de son Evangile. Chrétiens, nous croyons que cette dignité commune à tous les hommes s’est manifestée dans le Christ. Ce qui nous est ainsi révélé, c’est que l’Amour est la vérité la plus intime de Dieu, et donc de tous ses enfants.

« Dieu seul est Saint » : c’est ce que déclare la Bible. Mais chacun de nous est invité à partager cette sainteté de notre Père, comme de vrais enfants imitent leur papa. Bref, quand nous célébrons « tous les saints », nous célébrons des hommes et des femmes de toute appartenance religieuse et même étrangers à toute religion. Quiconque s’ouvre aux autres pour les aider à vivre « fait corps » et entre dans la communion du corps entier. La vision de l’Apocalypse, qui trace une fresque gigantesque rappelant la lutte d’Egypte et le passage de la Mer Rouge, décrit l’entrée dans la Jérusalem céleste de cette foule immense. Cette foule chante pour toute l’éternité les louanges de Dieu. Quels que soient le temps, le lieu, le peuple d’où ils sont originaires, c’est le Sang de Jésus qui les a purifiés, au-delà de toutes les frontières et de toutes les différences. La sainteté est à la portée de tous.

Père Théo. BAYE !

 

 

Par Théophile Baye
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Samedi 25 octobre 2008 6 25 /10 /Oct /2008 09:20

TU AIMERAS

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22, 34-40

 

Rabâché ?

Je ne sais pas quelle est votre impression en écoutant ce passage d'Évangile. Personnellement, au premier abord, j'ai une impression de "rabâché", de déjà entendu. Cette page-là, on la connaît. On la connaît depuis toujours. Depuis notre enfance. "Tu aimeras Dieu, tu aimeras ton prochain." Quand on demande à un enfant de citer une parole de Jésus, neuf fois sur dix, il dit : "Aimez-vous les uns les autres."

Impression de rabâché. Mais aussi, sentiment d'avoir affaire à un mot piégé. Le verbe "aimer" est mis à toutes les sauces, et pourtant, il recouvre des réalités tellement différentes. En français, on n'a qu'un mot pour dire : "J'aime le fromage", "J'aime ma femme", "J'aime Dieu." Il ne s'agit pas, cependant, du même sentiment. Mot piégé, donc.

Enfin, dernière difficulté : pourquoi un "commandement" de l'amour ? Commander à quelqu'un d'aimer, est-ce possible ? Quand on n'aime plus quelqu'un, quand un mari n'aime plus sa femme, quand une femme n'aime plus son mari, ils ont beau faire, c'est difficile de "raccommoder les morceaux". Il y a quelque chose de cassé : qu'est-ce qu'on peut y faire ? Quand Jésus nous rappelle le commandement : "Tu aimeras Dieu et tu aimeras ton prochain", instinctivement nous pensons : "Est-ce qu'on peut commander d'aimer ?" L'amour est quelque chose de tellement naturel, de tellement spontané !

Inefficace ?

Ajoutez à tout cela une impression d'inefficacité totale : cela fait trente deux siècles que ce commandement a été promulgué sur le Sinaï, quand Dieu l'a donné à son peuple par l'intermédiaire de Moïse. Trente-deux siècles qu'il est proclamé, rabâché, d'abord dans le peuple Israélite, ensuite chez tous les chrétiens du monde. C'est même la loi fondamentale des chrétiens : "Tu aimeras !" Vingt siècles qu'on lit cette parole dans toutes les églises, qu'on l'apprend aux enfants, qu'on la répète aux adultes. Aujourd'hui même, en ce dimanche, il va y avoir au minimum deux à trois cent millions d'hommes, de femmes, de jeunes, d'enfants, à travers le monde, qui entendront proclamer cette même parole, ce même commandement : "Tu aimeras." Et qu'est-ce que ça va changer ? Si je regarde notre monde d'aujourd'hui, avec les guerres - même en pays chrétiens - avec les déséquilibres fondamentaux au point de vue économique, déséquilibres qui viennent, au moins partiellement, de l'égoïsme des pays riches, c'est-à-dire, entre parenthèses, en grosse majorité, des pays de tradition chrétienne, je me dis : cette parole de Jésus, qu'est-ce que ça change ?

On tient des conférences internationales. Sur le moment, on a un léger espoir. Mais pour combien de temps ? Nous sommes informés : qu'est-ce que cela nous fait ? On évalue le nombre de personnes qui souffrent de la faim : 923 millions cette année. Et chacun de nous pense : "Qu'est-ce que j'y peux, même avec la meilleure bonne volonté." Alors, le "Tu aimeras", qu'est-ce qu'il devient, dans cette affaire ? Je vous le dis, c'est la loi de la jungle entre nations. Pas la loi de l'amour. Si un pays appliquait la loi de l'amour dans les relations internationales, il risquerait d'en mourir.

Même chacun de nous

Regardez plus près de nous. Est-ce qu'on peut dire que la loi divine, le commandement de l'amour régit la vie familiale ? Combien de brouilles, de haines tenaces, de frères et sœurs qui ne se parlent plus ! Combien d'hommes et de femmes qui se déchirent, se font souffrir inutilement ! Combien de familles désorganisées, détruites ! Combien d'enfants abîmés, perdus parfois, simplement parce que les parents n'ont en vue que leur intérêt ou leur plaisir personnel ! Regardez nos quartiers, où il y a cependant une majorité de chrétiens. Est-ce que c'est le commandement de l'amour qui y règne ? Et regardez nos paroisses... et regardez même les curés !

Et pourtant !

Pourtant, je ne crois pas que le message divin connaisse l'échec. D'abord parce qu'il y a des hommes qui l'ont vécu, et qui le vivent aujourd'hui, ce commandement de l'amour, comme une règle de vie. Je pense d'abord à ces géants de la sainteté : François d'Assise, Vincent de Paul, Thérèse d'Avila et les autres. Pour eux, aimer Dieu et son prochain, c'est une seule et même chose : ce faisant, ils marchent sur les traces de Jésus. Mais nous connaissons tous, nous avons tous connu des hommes, des femmes, des jeunes qui savaient aimer. En vous disant cela, je revois des visages... Tel homme, tel jeune, telle femme que j'ai connue, que je connais, qui vit sincèrement l'amour de Dieu et de ses frères. Vous en connaissez certainement, vous aussi, de ces gens qui frappent par leur bienveillance, leur capacité d'écoute, leur manière de se réjouir avec vous quand vous êtes heureux, et de ne pas passer indifférent quand vous êtes dans la peine.

Je ne peux pas croire qu'il s'agit d'un échec. Je crois plutôt que nous en sommes à un commencement, à un balbutiement, chez quelques-uns peut-être, de ce qui sera un jour la règle d'or de l'humanité. Tenez : on lisait tout à l'heure un texte de l'Exode, avec des lois très précises, concernant l'accueil de l'immigré, le respect de la veuve, de l'orphelin, de quiconque est dans le besoin. Ces lois étaient destinées à faire émerger des hordes barbares, celles qui venaient de se frayer un passage à travers la Mer Rouge, fuyant l'esclavage d'Égypte, pour que ce ramassis d'individus devienne un peuple. C'est-à-dire des hommes qui puissent vivre en société. Ce fut un apprentissage long, difficile, sans cesse à recommencer. Relire tout le Premier Testament. Eh bien, je me dis souvent que nous n'en sommes pas à la fin de l'humanité, mais au commencement, à la préhistoire, aux balbutiements. Et que progressivement, peut-être, dans le long temps, dans la longue durée, l'humanité émerge et va vers un "point Oméga" : une vie d'amour de Dieu et des hommes. Mais cela dépend, pour une petite part, de chacun de nous.

Hier soir, j'écoutais la radio. Je ne sais pas qui parlait. Mais voici ce que j'ai entendu : "Si chaque chrétien cherchait de toutes ses forces à entrer en relation avec cinq personnes qu'il ne connaît pas, qui lui sont étrangères, il y aurait un progrès formidable de toute l'humanité." Je vous laisse cette réflexion. C'est quelque chose de très concret : un pas important dans l'apprentissage de l'amour.

 

Père Théo. BAYE ! 

 

 

Par Théophile Baye
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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /Oct /2008 17:17

Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à l'empereur ?

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22, 15-21

Un homme libre

« Tu es toujours vrai. Tu enseignes le vrai chemin de Dieu. Tu ne te laisses influencer par personne. Tu ne fais pas de différence entre les gens. » Ce sont les adversaires de Jésus, ennemis entre eux, mais pour une fois ligués contre lui, pharisiens défenseurs de l’indépendance nationale et hérodiens, plus ou moins collaborateurs de l’occupant romain, qui dessinent un magnifique portrait du Christ : c’est un homme vrai, dont l’enseignement est vrai, un homme libre et ouvert à tous. Une fois de plus, la tentation se présente sous le masque du bien. Nous avons à être attentifs car nous pouvons nous y laisser prendre, aussi bien en politique que dans les rapports professionnels ou dans tous nos projets humains.

Avec Jésus, par contre, les piégeurs vont être piégés. Ils se servent de la monnaie de l’occupant, ils acceptent donc son administration, par conséquent… Jésus les renvoie à eux-mêmes et à leur propre problème : la pièce de monnaie à l’effigie de César est sortie de leur poche. Mais nous ? Nous qui lisons aujourd’hui cette parole de Jésus, nous n’allons pas nous contenter d’admirer son habileté à retourner la situation. Il faut nous demander ce qu’il a bien voulu nous dire par son « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ? Y aurait-il dans notre vie une part réservée aux affaires, à la politique, au travail, et une autre réservée à Dieu ? Faut-il ainsi séparer les domaines, avec un temps pour l’homme (toute la semaine) et un temps pour Dieu (la messe du dimanche) ? Dieu et César, deux pouvoirs, et à chacun son dû ?

Hier...

Ce serait une grosse erreur. Nous le savons bien, notre relation à Dieu ne se vit vraiment qu’à travers toutes nos relations humaines. Ce que nous faisons pour (ou contre) chacun des plus petits de nos frères, c’est à Dieu que nous le faisons. Relisons la première lecture de ce jour et nous verrons que notre Dieu est le « Seigneur des seigneurs » terrestres. Que s'est-il passé ? Une fois de plus, une guerre au Moyen-Orient. Rien de nouveau sous le soleil ! En juin 539 avant Jésus Christ, l’Iran, gouverné par Cyrus, envahit l’Irak, prend Babylone la capitale sans coup férir ; et l’un des premiers gestes de Cyrus est d’ordonner la reconstruction du Temple de Jérusalem, détruit quelque cinquante ans auparavant par les troupes de Nabuchodonosor. Les déportés vont pouvoir rentrer dans leur patrie. Le livre d’Isaïe, faisant allusion à l’événement, met dans la bouche de Dieu cette parole adressée à Cyrus (un païen) : « A cause d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai décerné un titre, alors que tu ne me connaissais pas…pour que l’on sache qu’il n’y a rien en dehors de moi ». Et les déportés, rentrant dans leur pays, rendent grâce, non pas à Cyrus, mais à Dieu qui les a délivrés.

Aujourd'hui

Et pourtant ! Il faut manier avec précaution cette relation sacré-profane. Distinguer, certes, mais pour bien préciser cette relation. Lorsque les pharisiens viennent demander à Jésus s’il est permis de payer l’impôt, ce « permis » renvoie à la Loi, à la Parole de Dieu. Dieu permet-il de payer l’impôt à César ? La question de l’impôt se trouve sacralisée. C’est à partir de principes théologiques qu’on va la résoudre. On voit tout de suite les conséquences : telle ou telle prise de position politique risque, de même, d’être sacralisée. La cause du roi devient la cause de Dieu. Un chrétien ne peut voter qu’à gauche, ou à droite (selon l’humeur du moment) : la droite et la gauche sacralisent leurs options. La réponse du Christ désacralise : payer ou non l’impôt à César dépend, non de principes théologiques, mais de principes politiques.

Ce qui ne veut pas dire, encore une fois, que les relations entre les hommes n’ont rien à voir avec Dieu. Il n’y a pas deux domaines séparés. On parle certes beaucoup d’autonomie de l’humain, mais cela ne veut pas dire qu’une réalité humaine, quelle qu’elle soit, puisse échapper à Dieu. Dieu est la vie, Dieu est l’origine. Le propos de Jésus se situe donc à un autre niveau de profondeur. « Tu enseignes le vrai chemin de Dieu », disent à Jésus ses interlocuteurs. Oui, mais le vrai chemin de Dieu passe par l’homme. C’est dans la mesure où il est vrai, vraiment humain, que tout rapport entre les individus, comme entre les groupes ou entre les sociétés, est chemin de Dieu. Jésus renvoie ses contradicteurs à la vérité de leur rapport à César. En rendant à César ce qui est à César, on rend à Dieu ce qui est à Dieu. Même sans le savoir.

Plus profondément

Il y a quelque chose de plus profond encore dans la réponse de Jésus. Et cela concerne l’espace « divin » de notre liberté. Tout pouvoir humain a tendance à se transformer en pouvoir absolu. Pas besoin d’être grand politologue pour le constater. Notre époque a connu, non seulement des dictatures, mais des démocraties « populaires » qui n’avaient, hélas, rien de démocratique. Et même dans nos démocraties « occidentales », que de magouilles, de coups tordus, de violences et de combines dans la conquête du pouvoir ! Regardons, de même, et à une autre échelle, comment tous les pouvoirs (économiques, sociaux, religieux ou familiaux) ont sans cesse la tentation de devenir des pouvoirs absolus. A l’image des Césars du temps de Jésus, qui se faisaient adorer comme des dieux. L’effigie de la pièce de monnaie qu’on présente à Jésus l’indique : sur une face, autour de la tête couronnée de lauriers, une inscription : « Effigie du divin César » Jésus nous rappelle simplement, face à tous les pouvoirs humains, le premier commandement : « Tu n’adoreras que Dieu seul. » Là est le rempart contre tous les esclavages. Pour le reste, à chacun de travailler et de vivre, dans la cité, dans sa profession, dans la famille, de l’immense liberté des enfants de Dieu.

Père Théo. BAYE !

 

 

 

 

Par Théophile Baye
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