RESTER FIDÈLE ET ESPÉRER
INTRODUCTION
Le texte de l'évangile de ce dimanche donne souvent du fil à retordre aux homélistes. Non sans raison. Cependant, si nous le plaçons en perspective avec les autres textes de la liturgie de ce jour, au-delà de son aspect alarmiste, nous sommes invités à rester fidèles au Seigneur au jour le jour.
RÉFLEXION POUR L'HOMÉLIE
1- La présence du mal
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a des catastrophes naturelles dans notre monde. Ce n'est pas pour rien que Jésus en parle. Encore ces derniers temps,
Devant tant de catastrophes dites naturelles, on peut s'interroger. Quelles en sont les causes? Est-ce simplement une loi ou une exception aux lois de la nature? Y a-t-il des causes humaines à de telles épreuves, comme des incendiaires criminels, comme l'ambition et l'égoïsme des humains qui, pour satisfaire leur confort et leurs intérêts, polluent l'atmosphère, augmentent les gaz à effets de serre, réchauffent la planète, provoquent des perturbations climatiques, provoquent des conflits et des guerres, des situations de violence et d'irrespect des droits des personnes, etc?
Quelles qu'en soient les causes, il reste que les personnes qui en sont victimes vivent ces désastres comme un mal profond et se posent des questions. Il en est, par exemple, qui sont portés à accuser Dieu : pourquoi permet-il de tels événements, pourquoi ne les empêche-t-il pas, pourquoi n'intervient-il pas, s'il est, comme il le prétend, un Dieu bon? La question vaut d'être posée. Le silence de Dieu devient alors terriblement lourd à porter. Et on est en droit d'y chercher des réponses.
Si l'expérience se vit au niveau de certaines régions du globe, elle se vit également au niveau des personnes. Marianne Fournier, dans l'éditorial du Prions de ce dimanche l'exprime fort bien : « Avez-vous déjà vécu des situations personnelles ou familiales où votre monde, tel que vous l'aviez construit, semblait s'écrouler : un deuil, une séparation, une débâcle financière, une maladie mortelle? » Nous avons tous, à un moment ou l'autre de notre vie, des « tremblements de terre », des « tsunamis » personnels. Et alors les mêmes questions surgissent : pourquoi moi, pourquoi cela, pourquoi maintenant, etc.? Et aussi : « Pourquoi Dieu m'envoie-t-il cette épreuve? » Pourquoi cette petite fille de trois ans qui jouait tranquillement dans sa cour a-t-elle été fauchée par un automobiliste? Pourquoi cela est-il arrivé à ce jeune qui l'a écrasée, à ses parents, à sa famille, etc? Les questions se multiplient et souvent Dieu est en cause quand il n'apparaît pas comme le grand coupable!
2- Dieu et le mal qui nous arrive
Pour ma part, je crois fermement que le mal qui nous tombe dessus n'est pas l'œuvre de Dieu. Dieu est le bon Dieu : comment pourrait-il nous vouloir du mal? Le chant d'entrée de la messe d'aujourd'hui le dit bien : « Mes pensées, dit le Seigneur Dieu, sont des pensées de paix et non pas de malheur. »
Il faut faire attention à la notion « d'épreuve que Dieu nous envoie » et qu'on dit souvent quand quelqu'un reçoit une tuile sur la tête. Quand la tour de Siloé est tombée sur des gens et les a tués, ils n'étaient pas plus pécheurs que d'autres qui ont été saufs, dit Jésus lui-même. (Luc 13, 4) Le mal qui nous arrive est bien plus le fait de causes diverses, naturelles ou humaines, comme une mauvaise construction dans le cas de la tour de Siloé que la faute de Dieu.
3- Alors, que faire quand le malheur nous frappe?
Je crois personnellement qu'un événement malheureux peut devenir pour nous l'occasion de nous en référer à Dieu non pas comme l'auteur de nos troubles mais comme la source de notre espérance. Dieu n'est pas l'auteur de notre mal mais il nous aime assez pour nous y être présent et est assez puissant pour en tirer du bien.
Quand nous prions le Seigneur au cœur de nos souffrances, quand nous faisons prier les autres pour nous, nous affirmons que le Seigneur ne nous laisse pas seuls, qu'il nous accompagne au cœur de ce que nous vivons, que nous espérons qu'il ne nous laissera pas tomber. Le Seigneur s'occupe de nous et encore plus quand nous en arrachons. C'est pourquoi notre prière, qui est l'une des plus belles expressions de notre espérance, devient comme le souffle qui nous permet de respirer au milieu de nos épreuves. « Depuis la venue du Christ, dit toujours Marianne Fournier, nous ne sommes jamais seuls. Le Ressuscité nous assure de sa présence continue. » Toutes ces épreuves, même très pénibles, deviennent une occasion de nous appuyer sur le Christ comme sur un roc solide, de le voir comme un ami qui ne nous abandonnera jamais.
Nous pouvons, bien sûr, demander au Seigneur de nous venir en aide, de nous sortir des épreuves qui nous arrivent. Mais il importe surtout de lui demander de nous donner ce qui est le meilleur pour nous dans les circonstances. Et alors, nous avons plus de chances de vivre ces difficultés dans une paix profonde, car nous sommes certains que le Seigneur ne cesse de nous aimer, de nous accompagner et finalement de tirer le meilleur parti de tout pour nous.
J'ai un ami, très fervent catholique, qui est décédé récemment d'un cancer. Il a probablement prié pour guérir, pour rester avec sa femme et ses enfants bien-aimés, et sa famille a certainement fait de même pour lui. Mais, au cœur de sa souffrance, il n'a pas douté un seul instant de la présence aimante du Seigneur sur lui et il s'est abandonné entre ses mains. C'est lui qui encourageait ses proches à faire de même. Il est mort comme un saint, dans une paix profonde.
Oui, cela est facile à dire. Mais, quand nous sommes plongés au cœur de la souffrance, au cœur de calamités, ce n'est pas si simple. Le mal fait toujours mal. Si l'attitude fondamentale en est une d'espérance et de confiance au Seigneur, cela ne nous empêche pas de nous retrousser les manches et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour remédier à la situation. Quand on est malade, on se fait soigner. Quand on perd son emploi, on essaie d'en trouver un autre, etc. Quand une inondation envahit le sous-sol de la maison, on se débrouille pour nettoyer et sortir l'eau de la cave, etc. Cela dit, quand la situation est irrémédiable et bien avant aussi, notre espérance nous invite toujours à nous confier totalement au Seigneur dans ce que nous vivons, particulièrement quand ce vécu est difficile. Demandons au Seigneur de nous donner cette espérance confiante dans ces moments difficiles quand ils viendront. Car c'est dans notre fidélité au Seigneur, comme le rappelle l'oraison de ce jour, que nous puiserons notre paix et notre joie les plus profondes.
CONCLUSION
Quand le malheur vient rompre la trame ordinaire de notre vie, il est normal que nous nous posions des questions, que nous en posions même à Dieu. Mais il est également normal que notre réaction de chrétiens en soit une d'espérance et de confiance en Dieu en tout, que nous exprimons par notre prière et, éventuellement, par notre abandon entre ses mains.
« Les justes sont dans les mains de Dieu. » (Sagesse 2)
PRIÈRE
Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité : car c'est un bonheur durable et profond de servir constamment le créateur de tout bien. Amen. (Oraison de la messe de ce dimanche)
Père Théo. BAYE !
