Samedi 17 novembre 2007

RESTER FIDÈLE ET ESPÉRER

 

INTRODUCTION

Le texte de l'évangile de ce dimanche donne souvent du fil à retordre aux homélistes. Non sans raison. Cependant, si nous le plaçons en perspective avec les autres textes de la liturgie de ce jour, au-delà de son aspect alarmiste, nous sommes invités à rester fidèles au Seigneur au jour le jour.

 

RÉFLEXION POUR L'HOMÉLIE

1- La présence du mal

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a des catastrophes naturelles dans notre monde. Ce n'est pas pour rien que Jésus en parle. Encore ces derniers temps, la Californie a brûlé, une province du Mexique a été inondée, des inondations ont également eu lieu en Chine, les provinces de l'Atlantique ont essuyé les derniers soubresauts de l'ouragan Noël, etc. Ces séismes ont fait des morts, ont déplacé un grand nombre de personnes, ont ravagé les cultures, ont détruit les maisons, etc. On a connu des tsunamis, Katrina, etc.

Devant tant de catastrophes dites naturelles, on peut s'interroger. Quelles en sont les causes? Est-ce simplement une loi ou une exception aux lois de la nature? Y a-t-il des causes humaines à de telles épreuves, comme des incendiaires criminels, comme l'ambition et l'égoïsme des humains qui, pour satisfaire leur confort et leurs intérêts, polluent l'atmosphère, augmentent les gaz à effets de serre, réchauffent la planète, provoquent des perturbations climatiques, provoquent des conflits et des guerres, des situations de violence et d'irrespect des droits des personnes, etc?

Quelles qu'en soient les causes, il reste que les personnes qui en sont victimes vivent ces désastres comme un mal profond et se posent des questions. Il en est, par exemple, qui sont portés à accuser Dieu : pourquoi permet-il de tels événements, pourquoi ne les empêche-t-il pas, pourquoi n'intervient-il pas, s'il est, comme il le prétend, un Dieu bon? La question vaut d'être posée. Le silence de Dieu devient alors terriblement lourd à porter. Et on est en droit d'y chercher des réponses.

Si l'expérience se vit au niveau de certaines régions du globe, elle se vit également au niveau des personnes. Marianne Fournier, dans l'éditorial du Prions de ce dimanche l'exprime fort bien : « Avez-vous déjà vécu des situations personnelles ou familiales où votre monde, tel que vous l'aviez construit, semblait s'écrouler : un deuil, une séparation, une débâcle financière, une maladie mortelle? » Nous avons tous, à un moment ou l'autre de notre vie, des « tremblements de terre », des « tsunamis » personnels. Et alors les mêmes questions surgissent : pourquoi moi, pourquoi cela, pourquoi maintenant, etc.? Et aussi : « Pourquoi Dieu m'envoie-t-il cette épreuve? » Pourquoi cette petite fille de trois ans qui jouait tranquillement dans sa cour a-t-elle été fauchée par un automobiliste? Pourquoi cela est-il arrivé à ce jeune qui l'a écrasée, à ses parents, à sa famille, etc? Les questions se multiplient et souvent Dieu est en cause quand il n'apparaît pas comme le grand coupable!

 

2- Dieu et le mal qui nous arrive

Pour ma part, je crois fermement que le mal qui nous tombe dessus n'est pas l'œuvre de Dieu. Dieu est le bon Dieu : comment pourrait-il nous vouloir du mal? Le chant d'entrée de la messe d'aujourd'hui le dit bien : « Mes pensées, dit le Seigneur Dieu, sont des pensées de paix et non pas de malheur. »

Il faut faire attention à la notion « d'épreuve que Dieu nous envoie » et qu'on dit souvent quand quelqu'un reçoit une tuile sur la tête. Quand la tour de Siloé est tombée sur des gens et les a tués, ils n'étaient pas plus pécheurs que d'autres qui ont été saufs, dit Jésus lui-même. (Luc 13, 4) Le mal qui nous arrive est bien plus le fait de causes diverses, naturelles ou humaines, comme une mauvaise construction dans le cas de la tour de Siloé que la faute de Dieu.

 

3- Alors, que faire quand le malheur nous frappe?

Je crois personnellement qu'un événement malheureux peut devenir pour nous l'occasion de nous en référer à Dieu non pas comme l'auteur de nos troubles mais comme la source de notre espérance. Dieu n'est pas l'auteur de notre mal mais il nous aime assez pour nous y être présent et est assez puissant pour en tirer du bien.

Quand nous prions le Seigneur au cœur de nos souffrances, quand nous faisons prier les autres pour nous, nous affirmons que le Seigneur ne nous laisse pas seuls, qu'il nous accompagne au cœur de ce que nous vivons, que nous espérons qu'il ne nous laissera pas tomber. Le Seigneur s'occupe de nous et encore plus quand nous en arrachons. C'est pourquoi notre prière, qui est l'une des plus belles expressions de notre espérance, devient comme le souffle qui nous permet de respirer au milieu de nos épreuves. « Depuis la venue du Christ, dit toujours Marianne Fournier, nous ne sommes jamais seuls. Le Ressuscité nous assure de sa présence continue. » Toutes ces épreuves, même très pénibles, deviennent une occasion de nous appuyer sur le Christ comme sur un roc solide, de le voir comme un ami qui ne nous abandonnera jamais.

Nous pouvons, bien sûr, demander au Seigneur de nous venir en aide, de nous sortir des épreuves qui nous arrivent. Mais il importe surtout de lui demander de nous donner ce qui est le meilleur pour nous dans les circonstances. Et alors, nous avons plus de chances de vivre ces difficultés dans une paix profonde, car nous sommes certains que le Seigneur ne cesse de nous aimer, de nous accompagner et finalement de tirer le meilleur parti de tout pour nous.

J'ai un ami, très fervent catholique, qui est décédé récemment d'un cancer. Il a probablement prié pour guérir, pour rester avec sa femme et ses enfants bien-aimés, et sa famille a certainement fait de même pour lui. Mais, au cœur de sa souffrance, il n'a pas douté un seul instant de la présence aimante du Seigneur sur lui et il s'est abandonné entre ses mains. C'est lui qui encourageait ses proches à faire de même. Il est mort comme un saint, dans une paix profonde.

Oui, cela est facile à dire. Mais, quand nous sommes plongés au cœur de la souffrance, au cœur de calamités, ce n'est pas si simple. Le mal fait toujours mal. Si l'attitude fondamentale en est une d'espérance et de confiance au Seigneur, cela ne nous empêche pas de nous retrousser les manches et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour remédier à la situation. Quand on est malade, on se fait soigner. Quand on perd son emploi, on essaie d'en trouver un autre, etc. Quand une inondation envahit le sous-sol de la maison, on se débrouille pour nettoyer et sortir l'eau de la cave, etc. Cela dit, quand la situation est irrémédiable et bien avant aussi, notre espérance nous invite toujours à nous confier totalement au Seigneur dans ce que nous vivons, particulièrement quand ce vécu est difficile. Demandons au Seigneur de nous donner cette espérance confiante dans ces moments difficiles quand ils viendront. Car c'est dans notre fidélité au Seigneur, comme le rappelle l'oraison de ce jour, que nous puiserons notre paix et notre joie les plus profondes.

CONCLUSION

Quand le malheur vient rompre la trame ordinaire de notre vie, il est normal que nous nous posions des questions, que nous en posions même à Dieu. Mais il est également normal que notre réaction de chrétiens en soit une d'espérance et de confiance en Dieu en tout, que nous exprimons par notre prière et, éventuellement, par notre abandon entre ses mains.

« Les justes sont dans les mains de Dieu. » (Sagesse 2)

 

PRIÈRE

Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité : car c'est un bonheur durable et profond de servir constamment le créateur de tout bien. Amen. (Oraison de la messe de ce dimanche)

 

Père Théo. BAYE !

 

 

 

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Samedi 10 novembre 2007

                De qui sera-t-elle l’épouse ?

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc   20, 27-38

 

Après la mort ?

 

Après la mort, qu’y a-t-il ? Vous vous êtes certainement posé la question. Et même vous vous la posez sans doute souvent, sans pouvoir y apporter de réponse claire. Mais c’est une bonne question. Certes, pour un certain nombre de nos contemporains, la réponse est simple : après la mort, il n’y a rien. Le néant. Question résolue. Mais si vous vous posez la question, c’est que dans votre esprit, ce n’est pas résolu et que vous êtes en recherche.

N’attendez pas de moi que je vous donne une réponse claire et définitive. Nous allons simplement essayer de trouver ensemble une lumière dans les paroles du Christ telles qu’elles nous sont rapportées dans ce passage d’évangile. Nous verrons qu’elles sont dans le droit fil de la foi des jeunes gens dont notre première lecture nous rapporte le martyre.

Une survie ?

 

Qu’y a-t-il après la mort ? A cette question toutes les philosophies et toutes les religions ont apporté des réponses. La plupart d’entre elles apportent une réponse en fonction de la culture des peuples où elles ont pris racine. Mais toutes décrivent un état, une situation après la mort. Disons   une survie. Survie de l'âme, une fois séparée du corps, ou réincarnations successives dans des corps différents en attendant le nirvana. Toutes décrivent des lieux, ciel ou enfer, selon le climat qui est celui des contrées où ils habitent. Ainsi pour les pays chauds, le ciel est naturellement « le lieu du rafraîchissement ». Par contre, dans les peuplades du Nord, l’enfer est un « marais », un lieu très froid, et même « glacé ».Toutes également pensent récompense ou punition, plus ou moins éternelle, selon le bien ou le mal qu’on a commis.

... ou le néant ?

 

Une exception notable : le shéol des Hébreux. Alors que la plupart des peuples considèrent l’homme comme un composé : composé d’une âme et d’un corps, et donc, dans ce cas-là, sachant par expérience que le corps devenu cadavre va se décomposer, seule l’âme jouit de l’immortalité car l’âme ne peut pas mourir, par contre, les Hébreux ne regardent pas l’homme comme un composé. Corps, esprit et âme ; c’est dans l’unité la plus totale que l’être humain fonctionne. Un corps sans âme, c’est un cadavre, et l’âme, c’est littéralement le souffle, la respiration, le principe vital sans lequel l’homme n’existe pas. Donc, pour les Hébreux, pendant des siècles, la mort, c’est la mort totale, la fin de tout. Ils imaginent bien un shéol, mais pour eux c’est comme une espèce de débarras, un abîme obscur, lieu des ténèbres et ombre de la mort, que la traduction de l’Ancien Testament en grec nomme l’Hadès, mot qui signifie : lieu où l’on ne voit pas (clair).

Résurrection

 

C’est seulement environ deux siècles avant Jésus Christ, et à la suite de terribles combats contre l’envahisseur grec qui voudrait bien détruire ce qui reste de la culture israélite et imposer à tous les mœurs grecques que se fait jour dans une élite du peuple une idée totalement nouvelle pour le monde entier : l’idée de résurrection. Après la mort, ce qui fait que je suis moi, corps, esprit, âme, ressuscitera. C’est la résurrection de la chair. Et c’est cette espérance en la résurrection totale de l’être humain, corps et âme, qui anime les sept jeunes qui sont martyrisés parce qu’ils refusent d’abandonner les prescriptions de la religion juive.

De cette élite descendent les juifs de la secte des pharisiens, l’une des trois « sectes » qui composent le judaïsme contemporain de Jésus avec les sadducéens et les esséniens. Eux et les esséniens croient à la résurrection alors que les sadducéens, plus traditionalistes, s’en tiennent à l’expression de la foi contenue dans la Torah , les cinq premiers livres de la Bible attribués à Moïse en personne, et donc ne croient pas en la résurrection. Et ce sont ces sadducéens qui viennent interroger Jésus. Non pas parce qu’ils ont des doutes concernant leur foi en l’au-delà, mais simplement pour tendre un traquenard à Jésus.  Puisqu’ils ne croient pas à la résurrection, ils veulent montrer comment une telle croyance conduit à des conséquences ridicules.

Imaginer l'au-delà

 

La réponse de Jésus est plutôt mystérieuse. En réalité, il semble qu’il veuille leur montrer que c’est leur approche qui est ridicule. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils cherchent à imaginer l’au-delà. C’est impossible, pense Jésus : pour imaginer, il faut utiliser des images ; et les images dont nous disposons, qui ne peuvent être tirées de notre vie actuelle, sont tellement limitées qu’elles ne peuvent rien nous dire de valable sur l’après ! Notre vie après la mort est au-delà de toutes les images et de toutes nos expériences terrestres. Ce ne sera pas une nouvelle vie ; ce sera la même vie, mais libérée de toutes les pesanteurs et de toutes les limites de l’existence actuelle. Ce ne sera pas une autre vie, mais notre vie devenue totalement autre.

Ainsi, par exemple, du mariage. Le propos de Jésus est particulièrement déconcertant. A tous les veufs, à toutes les veuves qui se demandent : « Après la mort, vais-je retrouver ma femme, vais-je retrouver mon mari ? » Jésus répond brutalement : votre expression « MA femme », « MON mari », c’est fini. Plus d’adjectif possessif ! Vous vous rendez compte ! Pourquoi ? Parce que le couple, le mariage, la sexualité, la procréation, la génitalité, tout cela est lié à la condition mortelle des humains. Peur de la solitude, besoin de se sécuriser grâce à la rencontre fusionnelle de l’autre : autant de manières d’échapper à la mort. On le sent bien, dans notre inconscient, et les psychanalystes, les philosophes l’ont fortement souligné. Certains écrivains décrivent même l’orgasme comme la « petite mort ». Alors, si la conjugalité, la sexualité, la procréation sont remèdes à la mort, elles n’ont plus de raison d’être dans l’univers de la Résurrection , qui est l’univers de la mort déjà traversée et surmontée.

La plénitude de l'amour

 

Ne soyez pas déçus : ce n’est pas l’amour qui est cassé. C’est simplement la forme que prennent actuellement nos relations familiales qui est dépassée. Parce que la manière dont nous les vivons est tributaire de la mort à conjurer. Dans une vie totalement autre, dans la vie même de Dieu, loin d’être détruites, elles rejoignent leur vérité. Simplement, aujourd’hui, « ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. » Un jour, nous serons baignés en plénitude dans l’Amour et la tendresse divine.

Au fond, toute la question est de savoir quelle image nous nous faisons de Dieu. Jésus déclare fortement : « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous vivent en effet pour lui. » Quand j’envisage ma propre mort, j’aime me redire la parole de Jésus : je suis « fils de Dieu et héritier de la résurrection. » Voilà ma raison de vivre. Voilà mon espérance.

Conclusion

 

Cette parole de Jésus doit nous permettre de vivre notre vie d’aujourd’hui avec beaucoup d’espérance et beaucoup de joie. On cite souvent cette parole de Nietzche : « Moi, j’y croirais, aux chrétiens, s’ils avaient des airs de ressuscités ». Eh bien, c’est cela, être ressuscités. C’est vivre la résurrection dès maintenant, en essayant de faire de tout amour, de toute vie, une réussite. C’est possible.

 

Père Théo. BAYE !

 

 

 

 

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Dimanche 21 octobre 2007

Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ?

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc   18, 1-8

 

Non, il ne dort pas.

 

 

 

« Sans tarder, le Seigneur fera justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ». Et nous lisions tout à l’heure le psaume : « Le secours me vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre ; le Seigneur t’empêchera de perdre pied. Non, il ne dort pas, lui, le gardien d’Israël ; il te gardera de tout mal, il veillera sur ta vie... » Vous avez encore entendu cette étrange histoire du peuple hébreu errant à travers le désert, qui rencontre une tribu ennemie. Il réussit à en triompher, non seulement grâce à son combat, mais simplement, d’abord et avant tout, grâce à la prière opiniâtre de Moïse.

 

 

 

Ces textes de la Bible qui nous sont proposés aujourd’hui nous disent une chose apparemment très simple : si tu pries, tu es écouté. Oui, mais voilà ! Notre expérience dément cette affirmation de la Bible. Il nous est arrivé à tous, un jour, d’avoir des demandes urgentes à formuler à Dieu, de les formuler avec la plus grande intensité, de mettre dans cette prière tout notre espoir, toute notre confiance, et de n’être pas exaucé. Je pense toujours à cette petite fille qui me disait : « Moi, je ne prie plus. Vous pouvez dire tout ce que vous voudrez, je ne prierai plus ». Et comme je lui demandais pourquoi, elle m’a dit : « Ma grand-mère était malade, elle avait un cancer. Je vous assure que j’ai prié avec ferveur, tous les jours... et ma grand-mère est morte ». Alors ! Est-ce que Dieu ment ? Ou est-ce nous qui ne savons pas prier ? Autre chose. On dit que Dieu n’intervient pas dans le cours des choses, aussi bien dans le cours de l’histoire que dans les affaires de la nature, un tremblement de terre, par exemple, ou une maladie. Il laisse les hommes à leur entière liberté, et il nous laisse aller jusqu’au bout de notre démarche, de notre liberté. Raison de plus pour nous dire : alors, à quoi sert la prière, si Dieu ne change pas le cours des choses, s’il nous laisse entièrement libres ?

 


Le contexte

 

 

 

Pourtant, voilà que Jésus insiste, aujourd’hui, auprès de nous, en disant : « Il faut prier sans cesse, et sans jamais se lasser ». On va essayer de comprendre cela, quand même. Mais en gardant dans notre esprit cette idée que ce n’est pas si évident que cela, d’être exaucés pour tout ce que nous demandons.

 

 

 

Pour bien comprendre ce passage d’Evangile, il faut le remettre dans son contexte. C’est souvent comme cela, dans les évangiles du dimanche. On a découpé des passages d’évangile pour qu’ils ne soient pas trop longs, pour ne pas trop ennuyer les gens. Ainsi, on sort continuellement les  textes de leur contexte. Tous les jeunes savent cela, parce qu’ils l’ont appris à l’école : il faut toujours remettre un texte dans son contexte. Quel est, ici, le contexte ? Des pharisiens, une des deux grandes sectes juives au temps de Jésus, ceux qui croient à la venue d’un Messie, d’un Royaume de Dieu, c’est à dire d’un monde nouveau, ces pharisiens viennent donc trouver Jésus pour lui demander quand va venir ce Règne de Dieu. Sous-entendu : le Royaume de Dieu sera une vraie révolution, on chassera les Romains, l’injustice qui règne va disparaître, les disproportions entre riches et pauvres vont s’estomper, il va y avoir plus d’amour, plus de vie fraternelle, bref, un monde heureux. C’est cela, le Royaume de Dieu dans leur esprit, et dans le notre également. Alors, comme on l’attend et que Jésus en parle très souvent, ces pharisiens demandent à Jésus quand cela arrivera ; Jésus répond en disant quelque chose d’important : le Royaume de Dieu, cela ne s’observe pas si facilement. Mais pourtant, dit-il, il est déjà au milieu de vous. Il est là...et on ne peut pas le voir. Quand les pharisiens sont partis, Jésus s’adresse à ses amis et leur dit : Le Royaume de Dieu est comme une petite graine. C’est commencé. Il y a des germes. Il y a déjà des choses qui sont en train de pousser. On peut percevoir les germes du Royaume de Dieu, je vous dirai tout-à-l’heure comment. Mais pour le reste, il faut vous attendre à vivre dans la longue durée. Ne croyez pas que l’avènement du Fils de l’Homme soit pour demain. Il y aura des persécutions, des calamités. Vous allez passer par la souffrance. Il s’agit pour vous de tenir dans la longue durée de votre existence et dans l’attente du jour du Seigneur. Puis il ajoute : il n’y a qu’un moyen pour tenir, pour avoir cette foi solide, c’est la prière. Une prière constante et persévérante. Si vous baissez les bras, vous serez soumis à cette tentation perpétuelle de vous dire et de vous redire : « Ah, qu’il était beau, le bon vieux temps d’autrefois », et de penser, en même temps, que l’avenir promis vous fait peur.

 

 

 

C’est un peu la mentalité des gens d’aujourd’hui. Regardez autour de vous, en vous. Combien pensent : cela va de mal en pis, on vit dans un drôle de monde, c’était mieux autrefois. On vit dans la peur. Peur de l’avenir, peur de la guerre, des attentats, des centrales nucléaires, de la pollution. On a peur de tout. On a même peur de faire des enfants. On ne fait plus confiance en l’avenir.

 

 

 

Un regard de foi

 

 

 

Jésus dit : tout cela vient de ce que vous n’avez pas ce regard de foi sur le présent, que seule peut vous donner la prière. Et son histoire de la veuve qui va « casser les pieds » du mauvais juge, jusqu’à ce qu’il lui règle son affaire, en ajoutant : A plus forte raison Dieu, qui vous exaucera bien avant que vous n’ayez demandé, cette histoire veut nous dire que le chrétien, celui qui veut tenir debout dans cette existence de tous les jours, doit être un homme de prière.

 

 

 

Encore faut-il bien nous entendre sur ce qu’est la prière. Si vous dites : « Seigneur, Seigneur, ma grand-mère a un cancer et elle va mourir, débrouille-toi pour faire un petit tour de passe-passe », cela ne marche pas. Savoir, apprendre ce qu’est la prière. Je pense à ce mot de St Augustin : « Dans la prière, il ne s’agit pas d’instruire Dieu, mais de construire l’homme ». C’est-à-dire, faire en sorte que l’homme puisse tenir debout, dans la longue durée de son existence. Dans la longue durée de l’histoire. Je pense à une autre réflexion que j’aime citer. Elle est de Denys l’Aréopagite. C’est une comparaison : « Tu es dans une barque amarrée au rocher. Tu tires sur la corde, le rocher ne bouge pas, c’est la barque qui s’approche du rocher. Il en est de même de la prière : tu ne vas pas changer Dieu, mais tu vas, par la prière, te rapprocher de lui. Tu vas pouvoir porter sur ce monde le même regard que Dieu, un regard d’amour ». C’est une malade très âgée qui me disait récemment : « Mille fois, je me suis aperçue que si Dieu avait exaucé ma demande, c’eût été une erreur. Aussi, je ne demande plus jamais rien pour moi. Quand j’étais jeune, je demandais n’importe quoi, mais ça n’arrivait pas, puis, il m’arrivait toujours quelque chose de bien meilleur ».

 

 

 

La prière, c’est cela : une conversion du regard. Je me demande si, au fond, nous pouvons répondre à l’interrogation très dure de Jésus : « Quand je reviendrai, y aura-t-il encore la foi sur la terre ? » Sous entendu : est-ce qu’il y a encore des gens capables de prier avec ténacité, avec opiniâtreté, dans la longue durée de l’existence du monde, où dominent, encore aujourd’hui, le mal, la misère, la souffrance, le racisme... Y a-t-il encore des gens qui ne baissent pas les bras, qui sont capables de se tourner vers Dieu, de lui parler, de l’écouter et de travailler à la construction de ce monde nouveau.

 

Un seul moyen, pour répondre « oui » à la question de Jésus : c’est de continuer (ou de nous remettre) à prier. Nous avons tous eu la tentation, un jour ou l’autre, d’abandonner. Un jour, une jeune fille, en sortant de la messe, me disait : « Si j’ai bien compris, prier, c’est casser les pieds à Dieu ». J’ai répondu : « Ce n’est pas nécessairement casser les pieds à Dieu. C’est d’abord l’écouter et lui répondre. Quand tu étais une petite fille et que tu boudais, tu disais : ‘Celui-là, ou celle-là, je ne lui cause plus.’ Eh bien, si tu ne causes plus à Dieu, c’est que tu ne l’aimes plus, c’est que tu lui fais la tête ».

 

 

 

            J’ajoute une dernière chose. C’est mon expérience personnelle. Si on « s’attache à la prière comme un âne à un piquet » (l’expression est de Saint Anselme), petit à petit, notre prière va s’épurer. On ne dira plus que très peu de choses à Dieu. On ne fera que murmurer : « Que ton nom soit sanctifié », que tu sois reconnu comme Dieu par tous les hommes ; « Que ton Règne arrive », un Règne où les hommes ne pleureront plus, où le monde connaîtra le bonheur ; et « Que ta volonté soit faite », car ta volonté, c’est que ce monde réussisse.

 

Père Thé. BAYE !

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 12 octobre 2007

...glorifiant Dieu à pleine voix.

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc   17, 11-19

 

 

 

Le cheminement de la foi

 

 

 

Voici donc que les textes de la liturgie d’aujourd’hui nous racontent deux histoires de lépreux. Si nous scrutons un peu attentivement ces textes, nous allons voir qu’il ne s’agit pas simplement d’une bonne petite leçon de morale qu’aurait fait Jésus, en disant : « Il faut dire merci, puisque vous avez été guéris », mais que cela va beaucoup plus loin : il y a tout un enseignement, dans ces deux textes, à propos du cheminement de la foi. Souvent, nous avons remarqué, cette année, en lisant l’évangile de Luc, qu’il a effectivement, raconté à travers des récits de guérisons ou des rencontres de Jésus, un cheminement de la foi d’un certain nombre de ses interlocuteurs. Le cheminement du lépreux est assez original : c’est pourquoi il nous faut le regarder de près.

 

 

 

Niveau élémentaire

 

 

 

Donc, voici dix lépreux. Ils n’ont, au point de départ, qu’un seul désir : être guéris. Ces dix hommes se tiennent à distance et ils crient : « Jésus, Maître, aie pitié de nous ». Ils ont entendu parler d’un guérisseur en Galilée. Ce guérisseur est un nommé Jésus, et, comme ils le rencontrent, ils s’adressent à lui de loin. En effet, la loi leur interdit d’approcher des lieux habités et de toute personne saine. Ils vivent dans des grottes, loin de toute agglomération. Ils crient donc. Cela, c’est la première démarche de la foi. Comme nous, quand il nous arrive, soit une maladie grave, soit un malheur quelconque ; quand on s’aperçoit que les médecins ne peuvent rien pour nous, notre premier réflexe est d’aller chez un guérisseur, de nous adresser à une quelconque « médecine parallèle ». Dans la démarche de ces gens, il y a peut-être un geste de superstition, je ne sais pas, mais il y a un niveau élémentaire de la foi, puisqu’ils mettent leur confiance en quelqu’un. Ce quelqu’un, ils ne savent pas qui il est, ils disent : c’est un guérisseur, c’est tout. Premier niveau de la foi.

 

 

 

Deuxième niveau

 

 

 

Tout de suite après, on trouve un deuxième niveau de la foi, plus important que le premier. Jésus aurait pu guérir les lépreux tout de suite, leur dire un mot, faire un geste, s’approcher d’eux... Il ne le fait pas. Il leur dit simplement : « Allez vous montrer aux prêtres ». La loi juive, en effet, prévoyait ces cas de guérison. Lorsque quelqu’un était guéri, il devait aller se présenter à la seule autorité reconnue à cette époque-là, les prêtres. Les prêtres étaient à deux ou trois jours de marche, à Jérusalem. Jésus tient à ce qu’on respecte la loi : faire constater la guérison, puis remercier Dieu en offrant le sacrifice prescrit. C’est là que se situe, à mon avis, un deuxième niveau de la foi. Ces hommes n’attendent pas une guérison automatique : il leur faut se mettre en marche, pour une démarche nécessaire, simplement sur une parole que Jésus leur adresse. Ils ne sont pas encore guéris, mais ils font déjà totalement confiance à la parole de Jésus. Ils y croient. Cela, c’est un beau geste de foi, de la part de ces dix hommes. Si seulement nous en étions tous là ! Jésus nous le dit dans l’évangile : « Lorsque vous demandez quelque chose, croyez que c’est déjà arrivé et cela se fera ! » C’est fort. Si nous pouvions avoir cette confiance absolue en la parole de Dieu et croire que, lorsque nous demandons quelque chose, c’est déjà arrivé ! Ce deuxième niveau de la foi, c’est celui de ces dix lépreux.

 

 

 

Troisième niveau

 

 

 

Troisième étape de la foi, la plus importante : c’est la reconnaissance de celui qui guérit. Jusque-là, ces malades étaient tournés vers eux-mêmes, vers la maladie. Mais cette fois, il va y avoir un geste de reconnaissance. Et ce geste, c’est celui d’un étranger, c’est celui d’un hérétique, d’un Samaritain. Il faut se rappeler que, pour les Juifs, le Samaritain, c’est vraiment le mauvais, le dernier des hommes, l’ennemi. Or, c’est celui-là qui va faire la grande démarche de la foi, qui va jusqu’à la reconnaissance. Je voudrais bien m’expliquer là-dessus. Jésus dit aux dix : « Allez vous montrer aux prêtres ». Or, ce Samaritain n’est pas un Juif. Il n’a pas la même religion que les Juifs. Je ne vois pas pourquoi il irait se montrer au Temple de Jérusalem : il serait reçu à coup de cailloux. Ce n’est pas sa religion. Lui, il adore Dieu sur la montagne de Samarie. C’est d’ailleurs la grande querelle entre Juifs et Samaritains : ceux-ci adorent sur la montagne, ceux-là au Temple de Jérusalem. Les neuf autres sont « enfermés » dans les traditions de leur religion. Ils iront donc au Temple. Non seulement pour faire constater leur guérison, mais également pour dire merci à Dieu. C’est donc étonnant, le reproche que Jésus leur fait. Parce que lui, Jésus, se présente, dans cet évangile, comme le seul Temple de Dieu, comme Dieu lui-même. Et le Samaritain ne s’y est pas trompé, lui qui n’est pas empêtré dans les rites de sa religion. Il revient vers Jésus et  se prosterne devant lui. Il adore cet homme. Et il dit merci à Dieu, à travers la personne de Jésus. Vous voyez comment il y a là un déplacement incroyable de la foi. La foi n’est pas seulement faire confiance à la parole de quelqu’un, c’est également reconnaître en ce quelqu’un l’action, la présence même de Dieu. C’est quelque chose de très fort.

 

 

 

Décentrage

 

 

 

Il faudrait nous demander maintenant où en est notre foi. Je crois qu’elle est confiance en la parole de Dieu. Je crois aussi qu’elle se manifeste dans des demandes, dans l’expression de nos besoins à Dieu. Mais je pense qu’il faut aller beaucoup plus loin, jusqu’à la reconnaissance. C’est ce que nous faisons chaque dimanche dans l’Eucharistie. Il nous faut simplement dépasser tout ce que ce geste peut avoir de formaliste. Est-ce que ce merci à Dieu, pour son Christ Jésus, est-ce que notre participation à l’Eucharistie lorsque nous mangeons le Corps du Christ et lorsque nous buvons son Sang, c’est-à-dire lorsque nous voulons nous assimiler à lui, faire la même démarche, le même « passage » que lui, est-ce que notre Eucharistie est merci à Dieu ? Pour notre monde, pour notre santé, pour notre famille, notre travail, nos joies ? La foi, cela va très loin. Cela engage tout l’homme et tout homme à une démarche de « décentrage » pour sortir de nos petites préoccupations individuelles et pour être tourné totalement vers celui qui est la source du salut. Dix ont été guéris, un seul est sauvé. Soyons des sauvés et exprimons-le dans toute notre démarche religieuse.

 

 

 

Père Théo. BAYE !

 

par Théophile Baye publié dans : homelies
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Samedi 6 octobre 2007

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 17, 5-10

 

Je crois qu’à travers les deux lectures de la Bible que vous venez d’entendre, nous pouvons nous faire une idée plus précise de ce qu’est - de ce que devrait être - la foi de tout chrétien.

 

 

 

Tu n'es pas sourd !

 

 

 

D’abord, le texte d’Habacuc. C’est pendant une période troublée de l’histoire d’Israël que ces paroles ont été prononcées. Le pays a été envahi, déjà une partie des habitants a été déportée ; rien ne va plus. Violence, pillage, meurtres, viols, bref, tout ce qu’un pauvre peuple subit pendant chaque période d’instabilité, c’est le lot quotidien d’Israël. Et voilà qu’Habacuc s’adresse à Dieu pour lui dire : « Mais enfin, qu’est-ce que tu fais ? Tu n’es pas sourd ! N’entends-tu pas tous ces gens qui crient vers toi ? » Et Dieu lui répond. Il lui dit : « Tu vas écrire d’une façon précise ce que je vais te dire. Il arrivera un jour où je viendrai pour vous sauver, pour vous donner le bonheur. » Bien ! C’est une réponse qui date, cette réponse de Dieu à Habacuc. Elle date, parce qu’elle est l’expression de la foi d’Israël à une époque donnée, environ cinq siècles avant notre ère. Ces gens qui ont eu toute une expérience spirituelle à travers les événements bien concrets de leur histoire, par exemple la libération de l’esclavage d’Egypte, ont toujours vu reculer l’accomplissement de la promesse. Ils sont libérés d’Egypte, ils passent la Mer Rouge , ils se disent alors : ça y est, on va être enfin dans la terre promise par Dieu.. . la Terre Promise , ils l’attendront quarante ans, c’est-à-dire plus qu’une génération d’hommes. Toute une génération a vécu dans l’espérance de la réalisation de la promesse, mais sans voir cette réalisation. Et progressivement, ils vont affiner leur réponse à notre question : Qu’est-ce que la foi ? Ils vont pouvoir répondre : La foi, c’est la confiance qu’on fait en une Parole. Tout simplement. Et cette confiance nous fait vivre. Confiance qu’à travers le mal, à travers la souffrance, à travers la mort, il y a un chemin, et que ce chemin va vers la liberté, vers le bonheur.

 

 

 

Objection !

 

 

 

Donc, la foi, à cette époque-là, c’est l’espérance. La confiance qu’on met en la Parole de Dieu qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. Oui mais ! Je ne sais pas si cela vous satisfait. C’est un peu le « demain on rase gratis ». N’est-ce pas une illusion ? Et au fond, on est en droit de se demander pourquoi Dieu remet toujours, pourquoi il tarde tant. Si c’est vrai, il peut sauver l’humanité aujourd’hui. Il peut, d’un coup de baguette magique, faire en sorte qu’il n’y ait plus de menaces de guerre, plus de péril atomique, plus de misère, plus de souffrance, plus de violence, plus d’injustice. C’est possible, puisqu’il le promet... pour plus tard. Cette objection est valable. Je pense que vous l’avez tous formulée, un jour ou l’autre. Moi, je me la formule souvent. Mais voilà que Jésus va, si on le lit bien, nous expliquer que la foi, ce n’est pas seulement la confiance en une parole qui se réalisera plus tard, qu’elle ne se situe pas seulement au niveau des idées ou des sentiments, mais qu’il faut retrousser ses manches et se mettre à travailler. La foi, c’est quelque chose d’actif. Quelque chose qui fait qu’on comprend un jour que « Dieu a besoin des hommes », et qu’on se met à travailler à son œuvre.

 

 

 

Retroussez vos manches

 

 

 

Vous avez entendu les disciples demander à Jésus d’augmenter en eux la foi. Jésus répond : « Mais, la foi, si vous en aviez gros comme la plus petite graine qui existe, vous diriez à cet arbre d’aller se jeter dans la mer ». Que veut dire cette image ? Simplement ceci : avec un tout petit peu de foi, vous transformeriez le monde. Il n’y aurait plus rien d’impossible. Avec un tout petit peu de foi, il y a longtemps que vous vous seriez mis au travail, que vous auriez écouté la Parole , pas en vous croisant les bras, mais en retroussant vos manches et en vous mettant au travail. Je vous rapporte la réflexion d’un enfant, il y a quelques semaines : « Si on écoutait une seule parole de Jésus, on transformerait le monde ». J’ai dit alors : « Tu en connais une ? » Il m’a dit : « Aimez-vous les uns les autres ». Eh bien, ça y est. J’ai conclu en disant « Chiche ». C’est cela, la foi. Si nous en avions un tout petit peu, nous transformerions le monde !

 

 

 

Serviteurs inutiles

 

 

 

 

 

Jésus va profiter de cette occasion, que les disciples lui ont fournie en lui demandant d’augmenter en eux la foi, pour nous adresser une remarque encore beaucoup plus importante. Il nous dit : Attention ! Très bien, vous avez compris, vous allez travailler avec moi. Mais rappelez-vous que vous êtes des serviteurs inutiles. Ne renversez pas les rôles. Parce que vous auriez tendance à vous dire, dès que ça marche un peu, que c’est grâce à vous. Non ! Ne croyez pas cela. Même si vous soulevez un peu le monde, dites-vous bien que vous êtes des serviteurs inutiles. Ne vous enorgueillissez pas. Et surtout, ne vous croyez pas indispensables. C’est tout juste si vous n’attendriez pas, alors, des félicitations de mon Père. Si Dieu nous aime, ce n’est pas parce que nous sommes aimables, c’est parce qu’il est aimant, parce qu’il est l’amour. J’aime citer la traduction d’un psaume de Claudel qui parle de « ce Dieu qui nous sert à le servir ».

 

 

 

Cela veut dire que Dieu, qui est un Père très aimant, est aussi, comme tout père, un Père exigeant vis-à-vis de ses enfants, et que cette exigence devrait se traduire, dans nos manières de voir, par une volonté de travailler tous les jours à son œuvre.

 

 

 

            J’ajouterai un dernier point. Celui qui nous dit que nous sommes des serviteurs est celui qui, le premier, s’est fait serviteur. Vous connaissez aussi l’autre histoire que raconte Jésus : celle d’un maître qui rentre au milieu de la nuit et qui trouve ses serviteurs en train de l’attendre. Il leur dit : « Asseyez-vous ; c’est moi qui vais vous servir ». C’est ce que Jésus a fait lui-même à la veille de sa mort. Il a fait asseoir ses amis, il leur a lavé les pieds en leur disant : Chez vous, mes disciples, sachez que celui qui veut être le premier doit être serviteur : pas pour s’enorgueillir, ni faire le malin, pas pour s’attribuer le mérite de ce qu’il fait, mais simplement comme quelque chose de naturel. Et cela soulève le monde.

 

 

 

Père Théo. BAYE !

 

 

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