Vendredi 15 février 2008

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17, 1-9 
Le contexte
 
On ne peut rien comprendre à cette scène mystérieuse de la Transfiguration de Jésus si on ne replace pas ce récit dans son contexte.
Jésus est allé jusqu'à l'extrême Nord de la Palestine, près des sources du Jourdain. C'est là qu'il a demandé à ses disciples ce que les gens pensent de lui, puis, ce qu'eux-mêmes, les disciples, pensent de lui. Et il a reçu cette réponse merveilleuse de Pierre, en son nom propre, et sans doute au nom de toute l'équipe : "Tu es le Fils de Dieu." A cette proclamation de Pierre, Jésus répond comme il le fait toujours, en parlant de lui comme le "Fils de l'homme." Et pour la première fois, il va se mettre à parler à ses amis de sa mort. Il annonce à ses disciples interloqués qu'il faut maintenant monter à Jérusalem, qu'il y sera arrêté, torturé, mis à mort, mais qu'ensuite, il ressuscitera. Les disciples, nous dit l'Evangile, ne comprennent pas ce que veut dire le mot "ressusciter". Aussi Pierre dit à Jésus : "Cela, jamais de la vie ! Je ne veux pas qu'il en soit ainsi." Alors Jésus traite Pierre de "Satan." Il lui dit : "Mets-toi de côté ; ne reste pas au travers de mon chemin. Mon destin, c'est de passer par la mort, mais pour la résurrection." Jésus va alors insister sur les exigences qui s'imposent à tous ceux qui veulent le suivre. On est en pleine incompréhension. Et c'est six jours plus tard que se situe l'épisode assez mystérieux de la Transfiguration. Un matin, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et il monte sur la montagne. A ceux qui ne comprennent pas, à ceux qui, quelques semaines plus tard, seront témoins de son agonie avant d'être les témoins de son arrestation et de son jugement, Jésus veut donner un signe qui leur permettra (peut-être) de "tenir le coup" devant l'adversité. Il sait combien ses amis ont du mal de changer d'optique, eux qui, jusqu'au bout, s'imagineront suivre un Messie libérateur de son pays, un Messie au destin politique, chargé de restaurer la royauté en Israël. Pour les aider à opérer cette conversion des mentalités, il va se montrer à eux tel qu'il sera au bout du chemin, après le passage de la mort. Instant fugitif, dont ils garderont le souvenir, espère-t-il, aux heures difficiles.
Notre expérience personnelle
Mais pour nous, qu'est-ce que cela veut dire, cette transfiguration de Jésus, son visage qui, d'un seul coup, devient éclatant comme le soleil, ses vêtements brillants de lumière ? Pouvons-nous entrer un peu dans cette révélation mystérieuse ? Nous allons essayer.
Et pour cela, il nous faut faire appel à notre expérience d'hommes, de femmes, de jeunes. Nous avons tous vu, un jour ou l'autre, un petit bébé dans son berceau. Il pleure. Et voilà que sa maman s'approche de lui. Il la regarde : elle commence à lui parler doucement. Et le bébé s'arrête de pleurer. La maman continue de lui dire des petits mots d'amour. Et voilà le bébé qui commence à remuer ses petits pieds, son visage s'épanouit de joie. Il devient comme transfiguré de bonheur, simplement parce que sa maman lui dit des petits mots d'amour. Nous avons tous été témoins ou acteurs de telles scènes. Il y a d'autres expériences que nous avons peut-être fait. Lorsque deux amis, par exemple, se  rencontrent, et surtout s'ils ne se sont pas vus depuis longtemps, ils vont arborer un large sourire. Ils vont être illuminés par la joie de cette rencontre. De même, lorsqu'un homme et une femme se disent leur amour - et dans l'acte d'amour particulièrement - leur visage est comme transfiguré. Faites appel à vos souvenirs.
Des petits mots d'amour
Cette expérience humaine, c'est l'expérience multipliée je ne sais combien de fois, que le Christ a vécu au jour de sa Transfiguration. Pour moi, cet épisode de l'Evangile paraît très simple. Alors que ses disciples, sans doute, contemplent le magnifique paysage qu'ils ont sous les yeux, Jésus, lui, (nous dit l'évangéliste Luc) est déjà en prière. En un instant, il a retrouvé la relation d'amour qui le lie à son Père. Il dit des mots d'amour à son "papa", comme il l'appelle familièrement. C'est à ce moment-là que le Père lui répond, pour lui dire, lui aussi, les mots d'amour d'un père à son fils, les mots que les disciples entendront : "Fils bien-aimé, qui fait toute ma joie." Et dans ce dialogue d'amour, le visage de Jésus devient éclatant de lumière. Il est "métamorphosé", parce qu'il exprime la relation étroite, les liens d'amour qui unissent le Père et le Fils. La Transfiguration, c'est le résultat d'une parole d'amour.
Cela n'empêchera rien. Le Christ transfiguré annonce sa résurrection : son visage de Ressuscité sera aussi un visage transfiguré. Mais auparavant, il y aura le Christ défiguré, le Christ de la Passion, le Christ qui gémit sous les coups. Le Christ tellement défiguré dans son agonie que l'Evangile dit qu'il transpirait une sueur de sang. Le Christ tellement angoissé qu'il s'adresse à son Père pour lui dire : "Père, si c'est possible, que cette coupe s'éloigne de moi." Le Christ dont le visage sera défiguré par la souffrance (et il le sait) veut dire à ses disciples : Il y a certes la résurrection, mais avant, il y a le passage obligé, difficile, de la mort. Aussi, par avance, je vous montre la suite du "passage", ce qu'est la Résurrection : mon corps transfiguré par l'amour de mon Père.
Laisser passer le courant
Pour nous, c'est la même chose. Nous avons le visage que nous avons, bien sûr. Mais ce visage peut être, parfois, défiguré par la souffrance, la maladie. Il peut être aussi défiguré par la haine. Il peut être également transfiguré, non seulement par l'amour des hommes, mais par un amour plus profond parce que plus éternel : l'amour de Dieu. Car c'est à chacun de nous aussi que le Père dit aujourd'hui même : "Tu es mon enfant bien-aimé." Seulement, voilà ! Nous ne le croyons pas tellement. Si nous le croyions, nous aurions une autre allure ! Dites, frères, une lampe électrique, c'est quoi, s'il n'y a pas de courant ? Un objet inutile. Mais si le courant passe, la lampe éclaire, illumine tout. Nous sommes comme des ampoules électriques. Pour ne pas être rejetés comme des objets inutiles, il faut laisser passer le courant. Ce courant, c'est l'amour de Dieu, auquel nous n'arrivons pas tellement à croire, auquel nous ne voulons pas tellement répondre. Parce que, si nous arrivions vraiment à y croire, même aux jours de souffrance, nous aurions d'autres têtes. Nous aurions déjà des visages de ressuscités.
Et ce que je vous dis là va beaucoup plus loin que notre cas personnel, car ce qui est en jeu, c'est la réussite de l'humanité. Au début du Carême, je vous invitais à ouvrir les yeux sur les réalités de ce monde. Nous avons déjà évoqué des visages défigurés par la faim, par la torture, par les humiliations innombrables. On ne peut pas ne pas évoquer tous les visages de nos frères humains défigurés par une violence institutionnelle, puisque cette violence est érigée en méthode de gouvernement dans de nombreux pays. Qu'est-ce que nous faisons, devant des faits patents, sur lesquels nous alertent sans cesse Amnesty International, l'ACAT, et combien d'autres associations pour la défense des droits de l'homme ?
Ce ne serait pas normal d'avoir toujours un visage transfiguré, si des millions d'hommes ont un visage défiguré. La réussite de l'humanité dépend de chacun de nous, enfants, jeunes ou adultes. Puissions-nous travailler journellement, là où nous sommes, humblement, à ce que cette terre devienne un monde fraternel, transfiguré par l'amour.
Père Théo. BAYE
 
 
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Jeudi 7 février 2008

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4, 1-11 
Le drame de l'humanité
 
Eh bien, ça y est, notre Carême est commencé. Et pour entrer dans l'esprit d'un vrai Carême, l'Eglise nous invite immédiatement à réfléchir sur un problème, le plus important certainement pour chacun de nous, si nous voulons bien gérer notre vie : le problème du mal et de la mort.
Je regarde autour de moi, le monde dans lequel je vis : partout règnent le mal, le malheur, la souffrance. La guerre, les déplacements de populations, les viols, la prison, la torture, la faim : c'est ce que tous les médias nous révèlent chaque jour, dans toutes les parties du monde. Pas besoin de faire une description détaillée de ce fait : cela nous saute aux yeux. C'est un fait, hélas, universel. Et non pas seulement autour de nous, mais également dans notre propre vie. Dans notre propre famille aujourd'hui peut-être, il y a telle ou telle souffrance, sourde ou violente, telle inquiétude, tels soucis, telles peurs, tel ou tel malheur. Cela c'est le grand drame de notre humanité. Sans aller jusqu'à comparer notre monde à une "vallée de larmes", il faut reconnaître que le mal et le malheur règnent en maîtres sur notre monde.
D'où vient le mal ?
Or, si j'ouvre la Bible à la première page, au premier récit de la création, on nous répète comme un refrain, je ne sais pas combien de fois, que Dieu, lorsqu'il créa le monde, a vu que tout ce qu'il faisait était bon : "Et Dieu vit que tout cela était bon." Mais alors, qu'est-ce qui se passe, puisque nous faisons tous les jours la constatation inverse ? Et beaucoup d'entre nous, un jour ou l'autre, se sont pris à dire : "Mais s'il y avait un Bon Dieu, est-ce que tout cela pourrait exister ainsi ?" D'où vient le mal ?
A cette interrogation, un homme, quelques siècles avant Jésus-Christ, a répondu par une histoire, une espèce de légende, un conte oriental. Cette histoire, qu'on trouve à la troisième page de la Bible, au livre de la Genèse, c'est le récit du premier péché. A travers cette histoire, il y a une Parole révélée de Dieu. Il veut nous dire, à travers la fable de la femme, de l'homme, du serpent qui parle, de l'arbre au milieu du jardin, dont il ne faut pas manger les fruits sous peine de mort, il nous dit quelque chose de très important. D'abord, que l'homme a été créé libre, capable de choix, capable de faire usage de sa responsabilité : tout homme, jusqu'au plus petit des enfants, est responsable de ses actes. Et la rançon de la liberté, c'est que, puisque nous avons le choix entre le bien et le mal, il y a toujours en nous la tentation de faire le mal, de répondre non à l'appel de Dieu. Et qu'est-ce que le péché, qui est raconté dans la Genèse ? C'est le péché de tout homme, c'est notre péché à nous aussi : il consiste à refuser notre condition humaine, notre existence d'homme avec ses limites ; il consiste à vouloir nous faire Dieu. Vous avez entendu tout-à-l'heure le serpent dire à la femme et à l'homme : "Si vous mangez de ce fruit, vous serez comme des dieux." C'est notre tentation à tous. Chacun de nous se dit souvent : "Cela, je sais que c'est mal, mais puisque j'estime que c'est bon pour moi, que c'est bien, je le fais. Je suis assez grand pour déterminer le bien et le mal. Et je dis non à la loi objective de Dieu, sachant bien que Dieu me dit : "Si tu fais cela, tu mourras."
Refuser notre condition humaine et ses limites ! Regardez votre vie de cette semaine. Vous verrez que c'est toujours cela, le péché. Or, voici que Jésus vient et nous dit : Tout cela, le mal, le malheur qui règnent sur l'humanité, cela n'a rien d'irrémédiable. Ce n'est pas fatal. On peut se battre contre le mal. Et on peut gagner.
Rupture
Et voici un deuxième récit, imagé lui aussi, qui décrit la lutte entreprise par Jésus contre l'esprit du mal : c'est le récit de la tentation en Saint Matthieu. Je ne dis pas que ce récit est purement imaginaire, que c'est un conte. Le Christ a connu réellement ces tentations tout au long de son existence. Il aurait pu, comme le lui propose le tentateur, se faire Dieu, se présenter comme Dieu. Il l'est. Mais il a refusé tous les moyens de la séduction et de la puissance. Il aurait pu changer les pierres en pain, lui qui a changé l'eau en vin, lui qui, avec quelques pains, a nourri une grande foule. Il aurait pu se jeter du haut du Temple : c'était facile pour lui. Mais il a refusé, tout au long de son existence, les moyens de la publicité et de la séduction. Il était le roi du monde et il n'avait pas besoin de se prosterner devant Satan, qu'il qualifiait de "prince de ce monde". Mais lui, qui acceptait sa condition humaine avec toutes ses limites, a voulu n'être que "le fils de l'homme". A ceux qui lui disaient : "Tu es le Fils de Dieu", il répond : "Le fils de l'homme". Comme pour dire : "Je suis un homme, et ma condition humaine, je dois l'accepter totalement, jusques et y compris dans la mort."
Ainsi, avec Jésus, nous entrons dans une tout autre démarche : une démarche de rupture avec le mal, de lutte contre le mal, qui va nous pousser, comme elle a poussé Jésus, à être totalement hommes, à vivre toutes les solidarités humaines. Lors d'une récente rencontre de Formation Permanente, il était question de l'Eucharistie. Et paradoxalement, nous avons parlé très peu de l'Eucharistie. Par contre, nous avons parlé de ce qui est au centre de nos célébrations du dimanche : la vie, la mort et la résurrection de Jésus. C'est-à-dire du Christ qui accepte d'être un homme, qui ne fait pas semblant. Comme dit la lettre de Saint Paul aux Philippiens, il s'est fait "le dernier des hommes". Il a pris la condition d'esclave, pour être au ras de l'humanité souffrante, de l'humanité victime. Il accepte d'être un homme, jusques et y compris dans la mort pour ses frères. Et à ce ""Oui" que Jésus dit à Dieu et à ses frères humains, Dieu répond par son "Oui", le oui du Père à son Fils, ce oui qui le rend à la vie.
 
Jusqu'au bout
            Le mystère de mort et de résurrection, c'est le mystère de l'amour d'un homme que Dieu "éternise" dans sa résurrection. Et c'est cela que nous célébrons chaque dimanche. Mais il ne suffit pas de le célébrer chaque dimanche. Il s'agit d'entrer dans cette démarche profonde du Christ. Et si nous voulons, nous aussi, être de ceux qui se battent contre le mal, il nous faudra, premièrement, accepter toutes les solidarités humaines, et donc ne pas chercher à "tirer notre épingle du jeu". Il nous faudra, deuxièmement, éliminer de nos vies les moyens de la puissance, les moyens de la séduction. Il nous faudra être pleinement humains, avec humilité, en esprit de service. Enfin il nous faudra accepter de vivre pour les autres, en étant prêts à aller jusqu'au bout de l'amour, jusqu'au passage de la mort.
Alors, je crois que la célébration de l'Eucharistie, chaque dimanche, prendra toute sa valeur. Ceux qui, parmi nous, ont vraiment connu la souffrance savent combien ils peuvent unir leur souffrance et leurs peines à la souffrance et à la mort du Christ. Chaque dimanche, ils ont quelque chose à apporter. Nous tous, nous vivons souvent dans une certaine euphorie. Mais nous savons bien aussi que tant qu'il y aura sur cette terre un homme qui souffre, nous ne pourrons pas être pleinement heureux.
En ce Carême qui commence, si chacun de nous commençait à apprendre à vivre les solidarités élémentaires ! Frères, je vous souhaite bon courage dans votre marche vers Pâques.
Père Théo. BAYE !
 

par Théophile Baye
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Dimanche 9 décembre 2007

S'ILS REVENAIENT AUJOURD'HUI...

 

 

INTRODUCTION AU DEUXIÈME DIMANCHE

 

 

En méditant les textes de la Parole de ce deuxième dimanche de l'Avent, leur actualité m'a sauté au visage et au cœur. Je me suis dit que, si ces trois prophètes que sont Jean Baptiste, Isaïe et Paul revenaient aujourd'hui parmi nous, ils nous tiendraient peut-être un discours semblable à celui qu'ils prononçaient pour leurs contemporains. Jean nous exhorterait à la conversion, Isaïe nous ferait rêver d'espérance et Paul nous ramènerait sur le plancher des vaches en nous invitant à la charité fraternelle. Trois messagers du Seigneur, trois invitations combien actuelles pour ce temps d'Avent... mais aussi pour toute notre vie. Mais voyons cela d'un peu plus près.

 

 

RÉFLEXION POUR L'HOMÉLIE

 

 

1- Jean Baptiste

 

 

Le Jean Baptiste que nous présente Matthieu dans l'évangile d'aujourd'hui est assez particulier. D'abord dans son vêtement et sa manière de vivre. Il vit au désert et non pas dans un palais d'une grande ville; il s'habille d'une peau de chameau retenue par une ceinture de cuir et non pas de vêtements des grands couturiers; il se nourrit de sauterelles et de miel sauvage, il ne fréquente pas les grands restaurants. Il se déplace à pied et non pas en limousine avec chauffeur privé.

 

 

Il invite les gens à se convertir. Qu'est-ce à dire sinon à changer de vie? Mais attention! La conversion n'est pas uniquement morale, c'est-à-dire abandonner ses mauvaises habitudes pour en prendre des bonnes. Si elle est un détournement, elle est avant tout un retournement radical et ferme vers le Seigneur : un peu comme le tournesol qui suit à longueur de journée le soleil, Jean Baptiste nous invite à nous tourner vers le Seigneur à longueur de vie. En braquant notre vie constamment sur le Seigneur, pas de doute que nos ombres s'atténueront et que la lumière divine nous habitera de plus en plus. Et pas seulement durant l'Avent mais tout le temps. Au fond, Jean nous invite à devenir véritablement des « tournesols spirituels ».

 

 

Ensuite, il s'attaque directement aux pharisiens et aux sadducéens, ces chefs religieux. Les sadducéens ne croyaient pas à la résurrection tandis que les pharisiens imposaient des jougs sévères aux gens, jougs que souvent ils ne soulevaient pas même du petit doigt. Jésus ne sera pas tendre envers eux : il les traitent d'hypocrites, de sépulcres blanchis, etc. Jean les qualifie d'« engeance de vipères », ce qui n'est pas précisément un compliment. Il les invite, eux aussi, à se convertir, c'est-à-dire à se tourner vers le Seigneur et à produire des fruits de conversion plutôt que de s'appuyer sur une tradition qui les exempte de toute véritable conversion.

 

 

S'il revenait aujourd'hui, Jean aurait certainement des choses à dire à nos dirigeants, qu'ils soient civils ou religieux. Quand on justifie une guerre sur des mensonges, on risque de se faire fustiger par Jean. Ce n'est pas pour rien que le Cardinal Ouellet a demandé pardon pour les fautes de dirigeants religieux! Si nous avons tous besoin de conversion, nos dirigeants en auront toujours besoin, eux aussi, eux qui portent de grandes responsabilités, qui non seulement doivent dire mais faire aussi, sacrifier leurs ambitions et leurs intérêts personnels pour prendre soin du peuple qui leur est confié.

 

 

Enfin Jean annonce Jésus qui vient, celui qui « baptise dans l'Esprit ». Il l'annonce comme celui qui est bien plus grand que lui, celui dont il n'est pas digne de lui retirer ses sandales, mais aussi comme celui qui va purifier le monde et lui donner le blé dont il a besoin. S'il revenait aujourd'hui, Jean présenterait encore Jésus comme bien plus grand que lui, comme celui qui peut non seulement désenténébrer notre monde mais lui apporter la paix et la justice. Notre monde, c'est bien évident, a bien besoin de ces annonciateurs de Jésus et de Jésus lui-même pour que notre planète tourne de mieux en mieux.

 

 

 

 

 

2- Isaïe

 

 

Si Jean Baptiste invite à la conversion, s'il parle avec vigueur et s'il tempête contre les chefs qui se paissent eux-mêmes au lieu de paître le troupeau, Isaïe, lui, voit la misère de son peuple, voit ses fautes aussi et c'est à l'espérance qu'il l'invite : « un rameau va sortir de la souche de Jéssé », un Messie va venir sur qui va reposer l'esprit du Seigneur, « esprit de sagesse et de discernement, de conseil et de force, de connaissance et d'amour du Seigneur. » Ce Sauveur « ne jugera pas sur les apparences, il s'occupera des petits et des pauvres, il pratiquera la justice et il sera fidèle. » Ailleurs, Isaïe dira : « Ce peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » Quelle magnifique espérance ce prophète fait-il naître dans le cœur de ses contemporains!

 

 

S'il revenait aujourd'hui, Isaïe n'agirait pas différemment. Il regarderait notre monde en proie à tant de misères. Il verrait les centaines de millions de sans abri qu'il y a dans notre monde. Il s'arrêterait à toutes les victimes des tremblements de terre, des inondations, des incendies meurtriers. Il considérerait les femmes et les enfants violentés. Il s'arrêterait aux réfugiés du Darfour et de la Palestine , aux immigrants politiques ou clandestins, etc. Bref, il serait profondément blessé par tous les blessés du monde. Mais il ne ferait pas que s'attrister. Il annoncerait une aire de paix et de prospérité où tous les animaux, doux et féroces, vivraient ensemble, où le nourrisson et l'enfant n'ont pas peur du cobra ou de la vipère, etc. Il annoncerait surtout une grande espérance à tous les désespérés de la terre : un Sauveur vient, un Messie se fait proche de nous, le Fils de Dieu lui-même vient habiter parmi nous pour nous dire que tout n'est pas perdu, bien loin de là, et que tout recommence pour le mieux. Ne baissons pas les bras, qui que nous soyons et quoi que nous vivions : le Seigneur est là et il ne nous laissera pas tomber. « Voici venir un jour sans fin de justice et de paix », répète le refrain du psaume de la messe d'aujourd'hui. Quelle espérance! Quelle réponse à nos désirs les plus profonds!

 

 

 

 

 


3- Paul

 

 

Comment cette espérance se réalise-t-elle? Comment nos désirs peuvent-ils être comblés? Paul le rappelle aux Romains de deux façons. Il y a d'abord la miséricordieuse tendresse du Seigneur qui s'adresse non seulement aux Juifs mais aussi aux païens comme les Romains à qui il écrit. La venue du Seigneur parmi nous, que nous célébrons durant l'Avent, est la manifestation la plus grande et la plus importante de cette miséricorde. Si Paul revenait aujourd'hui, il nous le rappellerait avec force : Dieu s'est approché de nous et s'approche encore parce qu'il veut nous libérer de nos fautes, nous délivrer de ce qui nous fait mal, et c'est son cœur plein d'amour miséricordieux qui le fait. Durant l'Avent tout particulièrement, nos communautés chrétiennes célèbrent solennellement le pardon du Seigneur : n'hésitons pas à nous abreuver abondamment à cette miséricorde du Seigneur.

 

 

Mais saint Paul ajouterait : « Mettez-vous d'accord entre vous... accueillez-vous les uns les autres... occupez-vous particulièrement des plus mal pris que vous, ouvrez votre main et votre cœur aux plus pauvres que vous... » Le temps des Fêtes, comme on appelle parfois le temps de l'Avent, est un temps de rencontres, de visites, de partys, de fêtes de familles, de bureaux, etc. : c'est un temps de retrouvailles souvent, ce peut être aussi un temps de pardon réciproque pour les fautes qu'on s'est faites mutuellement durant l'année, un temps où l'on se met ou se remet d'accord les uns avec les autres. Un petit cadeau peut aider en ce sens, une carte de souhait aussi, une bonne poignée de mains autour d'un café ou d'un verre de vin. Si le Seigneur vient à nous pour nous sauver, son salut passe également par nous, il ne faudrait pas l'oublier. Nous sommes le cœur et les mains du Seigneur.

 

 

Le temps des Fêtes est également le temps d'une attention plus grande envers les démunis de nos sociétés et du monde. S'il y a des « fils à papa ou fille à maman », il y a aussi « les enfants oubliés » qui sont « les enfants du bon Dieu ». S'il y a des riches de toutes sortes dans notre monde, riches d'argent mais aussi de temps, d'affection, de science, etc., c'est pour qu'ils s'occupent des pauvres de tous genres. Autrement dit, le salut du Seigneur, s'il s'adresse aux pécheurs que nous sommes, s'adresse également, et particulièrement par nous, aux pauvres de toutes catégories de notre monde : une visite à une personne seule, un cadeau à un grand malade, une écoute et un accueil à quelqu'un que personne n'écoute et n'accueille, cela fait tant de bien à la personne qui reçoit mais aussi à la personne qui donne. Et Jésus est toujours présent au cœur de cette attitude de bonté : « J'avais faim, j'avais soif, j'étais seul... et vous m'avez aidé... » (Matthieu 25, 40)

 

 

 

 

 

CONCLUSION

 

 

Ce deuxième dimanche de l'Avent, par la voix des trois grands « ténors » que sont Jean Baptiste, Isaïe et Paul, a des choses à nous dire et à nous faire faire. Conversion, espérance, réconciliation et attention aux plus mal pris de ce monde. Quelle belle préparation à la fête de Noël! Et, à ce compte, il devrait faire Avent et Noël tout le temps

 

 

Père Théo. BAYE !

 

 

 

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Vendredi 30 novembre 2007

SE FAIRE PROCHE

 

 

  

1- Se faire proche dans la vie quotidienne

 

C'est un fait d'observation de tous les jours : quand on aime, on se rapproche de la personne aimée. On marche ensemble, on se rencontre au restaurant, on va au cinéma ensemble, on se donne des rendez-vous, et, finalement, si l'amour dure et se renforce, on finit par vivre ensemble. Tous les amoureux savent cela.

Les mamans et les papas se font proches de leur petit qui vient de naître... et après aussi. Cette proximité prend différentes formes selon l'âge des enfants, mais elle demeure l'une des plus belles formes de l'amour.

Mais il y a plus. Quand deux personnes qui s'aiment se sont fait mal comme cela arrive hélas dans la vie et qu'elles veulent oublier ce mal, qu'elles veulent se pardonner, elles se rencontrent, se parlent, se donnent la main, se serrent l'une contre l'autre, s'embrassent même. La proximité des uns et des autres est forme d'amour, de pardon.

Il y a encore autre chose. Quand une personne est en train de se noyer ou de chuter d'un précipice et qu'un sauveteur vient la libérer du danger qu'elle courait, spontanément la personne sauvée se jette dans les bras du sauveur et ils s'étreignent longuement. Ils ont besoin de se manifester cette proximité qui est une forme de reconnaissance mais aussi d'amour.

 

2- Dieu se fait proche de nous en Jésus...

 

Quand l'évangéliste Jean, contemplant le grand mystère de l'incarnation de Dieu en Jésus qui est le mystère même de Noël veut montrer que Dieu s'est fait proche de nous, il s'exclame : « Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. » D'autres traductions disent : « Il a planté sa tente au milieu de nous. » En d'autres mots, il s'est approché de nous... pour nous montrer son amour.

Il fait bon de s'arrêter un moment pour réfléchir à cette proximité de Dieu avec nous. Ce n'est pas peu dire et surtout peu faire de se rendre compte que Dieu nous aime assez pour se faire proche de nous non pas pour nous espionner ou nous vouloir du mal mais pour nous aimer et ne nous faire que du bien... comme un père et une mère le font pour leur enfant, comme un fiancé ou un époux le font pour la personne qu'ils aiment, comme un sauveteur le fait pour une personne en danger. Dieu n'est pas un être lointain, au bout du monde, qui ne s'intéresse pas à nous. C'est un compagnon de vie, un ami, un amoureux...

Le Père Éloi Leclerc, ce franciscain, grand spécialiste de François d'Assise, applique cette proximité de Dieu en Jésus particulièrement aux pauvres et aux pécheurs... et qui n'est est pas sous un angle ou l'autre? : « Dieu, en son Fils, a voulu avoir affaire avec les pécheurs, les exclus, les réprouvés. Il s'est mis en quête de ceux qui étaient perdus. Il s'est approché des plus éloignés. Il s'est fait leur ami et il a mangé avec eux en signe de réconciliation. Voilà le cœur de la Bonne Nouvelle. » Dieu se fait proche de nous parce qu'il nous aime et qu'il sait que nous avons besoin d'être aimés de lui et non pas jugés et encore moins condamnés. Bref, Dieu se fait proche de nous, en Jésus et par Jésus, au-delà de nos misères, pour nous sauver.

 

3- ...pour que nous nous approchions de Lui...

 

Jacques, dans sa lettre, a une formule éloquente : « Approchez-vous de Dieu et il s'approchera de vous. » (Jacques 4, 8) C'est juste et nous allons essayer de voir ce que cette parole de Jacques signifie. Mais il nous faut bien comprendre, et c'est tout le sens de l'Avent, que c'est Dieu qui nous a d'abord aimés, qui a pris l'initiative de s'approcher de nous. En retour, nous nous approchons de lui et nous découvrons, savourons, mieux, en plus profond, sa propre proximité avec nous.

En pratique, que peut bien vouloir signifier le fait de nous approcher de Dieu pour qu'il s'approche de nous? Nous trouvons des éléments de réponse dans la lettre de Paul aux Romains (deuxième lecture) : s'approcher de Dieu, c'est d'abord s'éloigner du mal. Et l'Apôtre de nous inviter à « rejeter les activités des ténèbres », à nous éloigner « des ripailles et des beuveries, des orgies et des débauches, des disputes et des jalousies... » Le temps des Fêtes est un temps propice à bien des rencontres fraternelles, familiales, amicales, à des fêtes parfois bien arrosées, etc. Fêtons mais sans abus, car alors nous risquerions de nous éloigner de Dieu au lieu de nous en approcher!

Mais s'approcher de Dieu, ce n'est pas simplement s'éloigner du mal. C'est aussi « nous revêtir pour le combat de la lumière », c'est « revêtir le Christ », dit toujours l'Apôtre. Qu'est-ce à dire? C'est, la préface de ce dimanche, nous le rappelle, rendre grâce au Seigneur. Nous avons tant de raisons de remercier Dieu : d'abord précisément de s'être approché de nous en Jésus, ensuite de continuer à nous aimer au-delà de nos manques, de se donner à nous chaque jour par l'Église, les sacrements, sa présence continuelle en nous, etc. C'est également nous efforcer de bien nous conduire en tout.

 

4- ...et que nous nous approchions des autres

 

Le fait que Dieu se fait proche de nous est une invitation pressante à nous faire proches de lui et aussi des autres. L'amour de Dieu pour nous qui est premier nous conduit à l'amour de Dieu par nous et à l'amour des autres. N'est-ce pas ce que ce que prescrivait Jésus à l'homme riche venu lui demander ce qu'il devait faire pour avoir la vie éternelle? « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces et ton prochain comme toi-même », en n'oubliant pas qu'avant d'aimer Dieu et les autres, il importe que nous prenions conscience que Dieu nous aime le premier. C'est précisément parce que nous accueillons son amour que nous devenons capables de l'aimer et d'aimer les autres.

Donc, si Dieu se fait proche de nous pour nous aimer et nous sauver, nous le lui rendons à nous faisant proches de lui et des autres, surtout des petits, des pauvres, des malheureux. Le temps des Fêtes souligne abondamment cette attention portée aux moins nantis de notre société. Prenons garde cependant de limiter notre attention aux plus pauvres uniquement durant le temps de l'Avent! Et n'oublions pas que s'approcher du pauvre, c'est s'approcher de Jésus lui-même. (Matthieu 25, 40)

 

CONCLUSION

 

Se faire proche! Nous le faisons spontanément quand nous aimons, quand nous aidons, quand nous sauvons.

Dieu nous a montré le chemin : il s'est fait proche de nous en nous donnant son Fils qui a « habité parmi nous », qui nous a apporté l'amour du Père et notre salut. Il s'est fait proche de nous pour que nous nous fassions proches de lui et des autres.

Il fait si bon de sentir la proximité aimante et bienveillante de l'autre : ne nous en privons surtout pas surtout quand il s'agit de la proximité de Dieu et n'en privons pas les autres!

Et bon Avent!

Père Théophile BAYE DIATTA !

 

par Théophile Baye publié dans : homelies
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Vendredi 23 novembre 2007

UN ROI SOUFFRANT, COMPATISSANT ET SAUVEUR

INTRODUCTION

Le dernier dimanche de l'année liturgique nous invite à célébrer le Christ, Roi de l'univers. Et, à chaque trois ans, nous le faisons avec l'évangéliste Luc qui nous présente un Roi crucifié entre deux malfaiteurs. Fidèle à la miséricorde divine qui court tout au long de son évangile, Luc nous donne à méditer et à aimer un Christ, Roi souffrant, compatissant et sauveur. Nous en avons grandement besoin dans le monde d'aujourd'hui.

1- Être roi

Par les temps actuels, la royauté n'a pas beaucoup la cote. L'histoire nous a donné trop de rois sanguinaires, ambitieux, cupides et égoïstes, au point que nous avons plus ou moins oublié les « bons » rois proches de leur peuple, promoteurs de la justice et artisans de paix.

Aujourd'hui, c'est plutôt la démocratie qui a la faveur des puissants de ce monde et des autres aussi. Mais cette démocratie, qui demeure, dit-on, « la moins pire des formes de gouvernements », est souvent hélas elle-même avide de pouvoir, affamée d'argent, guerrière et parfois même plus ou moins corrompue.

Ce n'est ce type de « royauté » ou de « démocratie » que la liturgie nous propose en célébrant le Christ, Roi de l'univers. Car, si tel était le cas, elle n'aurait qu'à refermer son livre, plier ses bagages, et s'en aller, car le Christ ne nous intéresserait pas pour être notre roi.

La liturgie nous propose plutôt un roi qui veut instaurer la justice, la paix, la vie et la vérité, l'amour, la grâce et la sainteté (préface du Christ Roi). Elle nous présente surtout un roi souffrant, compatissant et sauveur. Ce sont ces trois aspects de la royauté du Christ, particulièrement propres à Luc, que nous allons méditer et contempler et dont, semble-t-il, notre monde à grand besoin.

2- Un roi souffrant

Le Christ n'est pas un roi qui fait souffrir les autres, qui les torture pour leur faire révéler des secrets, qui fait violence aux gens pour se donner du pouvoir, qui en condamne d'autres à la peine de mort. Le Christ est tout le contraire : c'est lui qui endure la souffrance qu'on lui inflige, qui se fait torturer, qui subit la moquerie, qui se fait faire violence et qui, finalement, est envoyé à la mort. C'est un « Agneau immolé » (chant d'entrée), c'est un homme « crucifié » (évangile). C'est un roi souffrant jusqu'à la mort et « à la mort de la croix » (Philippiens 2, 8)


3- Un roi compatissant

Le Christ n'est pas un roi indifférent à la souffrance humaine. Non seulement il ne fait pas souffrir les autres, mais il est capable de « commisération » pour les personnes qui en arrachent dans la vie « puisqu'il est lui-même enveloppé de faiblesse » (Hébreux 5, 2). Durant son ministère public, Jésus n'a jamais été capable de rester insensible à la souffrance humaine, que celle-ci se manifeste sous forme de maladie, d'infirmités, de faim, de mort même. Il a toujours compati à la souffrance des personnes blessées dans leur corps, dans leur esprit ou dans leur âme, et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour les soulager, les guérir, les rendre heureuses. Les exemples de cette compassion du Seigneur abondent dans les évangiles.

3- Un roi sauveur

Dans l'évangile d'aujourd'hui, cette compassion s'exerce tout particulièrement envers ce malfaiteur qui lui demande de se souvenir de lui. La réponse de Jésus est sans équivoque : Jésus va bien au-delà de sa souffrance physique et sociale (c'est un condamné à mort); elle lui donne rien de moins que le ciel : « Je te le déclare, aujourd'hui tu seras avec mois dans le Paradis. » Jésus le sauve littéralement.

4- Le Christ, Roi pour aujourd'hui

- Aujourd'hui, dans notre monde, le Christ est un Roi souffrant. Toutes ces personnes qui n'ont rien à manger ou à boire et qui meurent chaque jour, c'est le Christ qui souffre en elles. Toutes ces personnes qui, d'une manière ou d'une autre, sont victimes de violence, que celle-ci vienne des gouvernements autoritaires, despotiques ou simplement ambitieux et égoïstes, des guerres, des employeurs plus intéressés à faire de l'argent qu'aux personnes et aux enfants qu'ils utilisent pour s'en mettre plein les poches, aux pervers qui font de la violence sexuelle, aux conjoints qui violentent leurs épouses ou époux, etc., c'est le Christ qui souffre en elles. On raconte qu'un jour, dans un camp de concentration nazi, on fusillait un adolescent. Quelqu'un s'écria alors : « Mais où donc est le Christ qui n'intervient pas? » Et quelqu'un lui répondit : « Le Christ, il est là en train de se faire fusiller! »

Oui, il faut le dire haut et fort : chaque fois que quelqu'un souffre, c'est le Christ qui souffre. Le Christ lui-même ne l'a-t-il pas affirmé clairement quand il a dit : « J'avais faim, j'avais soif, j'étais malade, nu, prisonnier, etc., » (Matthieu 25, 21s.) Avec les yeux de la foi, nous sommes capables de découvrir le Christ lui-même dans toute personne qui souffre. Le Christ est au Darfour, c'est certain. Il est aussi en Irak et en Afghanistan où tant de gens souffrent de la guerre, se réfugient ailleurs pour échapper aux fusils et aux bombes, etc. Il est encore en Palestine et en Israël où tant de gens souffrent de ces rivalités, terroristes ou non, qui existent entre les pays. Il est encore au milieu des victimes d'inondations, d'ouragans, de tremblements de terre, etc.

Le Christ est Roi, mais c'est un roi souffrant.

 - Aujourd'hui, dans notre monde, le Christ est un Roi compatissant. Et sa compassion s'exerce principalement par notre cœur, notre esprit nos mains et notre prière. Personne ne peut rester indifférent devant les souffrances que tant de personnes endurent aujourd'hui. Que ce soit sur un lit d'hôpital ou dans les camps de réfugiés du Darfour, du Liban, de Palestine ou d'ailleurs, que ce soit dans les cellules des prisons ou dans les tentes improvisées des victimes de séismes, chaque fois que quelqu'un intervient pour soulager des misères, le Christ est présent dans ces personnes, qu'elles le sachent ou non.

On a vu récemment, au Sommet du Millénaire à Montréal, des personnes renommées, vedettes du cinéma ou prix Nobel de la paix, plaider la cause des malheureux de ce monde. Elles l'ont fait, poussées par un souci humanitaire certain, et leur voix, qui n'avait rien de la langue de bois si commune à tant de pouvoirs en place, ont reçu un accueil non seulement favorable mais compatissant chez bien des personnes. Elles ont, en le sachant ou non, fait écho à l'évangile lui-même. Le Christ a compati tant de fois quand il vivait sur la terre, et même sur la croix il compatit à la souffrance de ces larrons crucifiés avec lui, particulièrement à celle du malfaiteur repentant.

Avec les yeux de la foi, nous savons que chaque fois que nous compatissons, non seulement avec de beaux sentiments ou de belles paroles - ce qui est déjà beaucoup - mais en posant des gestes concrets de charité et de prière, nous sommes le Christ lui-même qui écoute, accueille, soulage, vient au secours de toutes ces personnes écrasées par toutes sortes de souffrances.

Le Christ est Roi, mais c'est un roi compatissant.

 - Aujourd'hui, dans notre monde, le Christ est un Roi sauveur. Car la plus grande souffrance, c'est bien notre péché, c'est le bien que nous ne faisons pas et le mal que nous faisons trop souvent. Le Christ, durant sa vie terrestre, a été très sensible à cette souffrance particulière. Combien de fois a-t-il dit à des pécheurs : « Tes péchés sont pardonnés... Aujourd'hui le salut est entré dans cette maison...  » Pensons à Zachée, à Marie-Madeleine, à Pierre le renégat, au paralytique au toit crevé, etc. Et combien de fois a-t-il enseigné le salut qu'il venait apporter au monde? Encore ici, c'est Luc, par ses trois merveilleuses paraboles de la miséricorde, qui l'exprime le plus clairement et le plus éloquemment. (Luc 15)

Sur la croix, le Christ apporte le salut au larron qui lui demande de se souvenir de lui. Encore aujourd'hui, principalement par le ministère de l'Église et de ses sacrements, le salut est donné constamment aux pécheurs qui sollicitent le pardon du Seigneur. Mais chaque fois qu'une personne a suffisamment de grandeur d'âme et d'amour pour pardonner à la personne qui lui a fait du tort, est-il exagéré de dire que c'est le Christ lui-même qui est au cœur de ce pardon reçu et donné? Non, je ne le crois pas : de même que Jésus est présent dans la personne qui souffre et dans celle qui l'aide, de même le Seigneur est présent au cœur de tout acte de pardon. À longueur de jour et d'années, Jésus pardonne, Jésus sauve. Et, s'il le fait par le ministère de l'Église, il le fait également par nous tous. Et combien notre monde, si souvent et si profondément blessé par la bêtise humaine, a besoin de ce pardon! Il fait, en effet, tant de bien et à ceux qui le reçoivent et à ceux qui le donnent; il préserve notre monde de la haine, de la rancune, de la vengeance, de l'égoïsme et de la peur, et il engendre la paix, la concorde entre les personnes et les peuples, la sécurité si importante pour tous!

Le Christ est Roi, mais c'est un roi sauveur.

CONCLUSION

 

Célébrer le Christ, Roi de l'univers, n'est pas une simple formalité liturgique. C'est célébrer un Roi qui souffre avec nous, en nous et parfois par nous. C'est célébrer un Roi qui compatit à nos souffrances et qui a besoin de nous pour continuer son règne de compassion. C'est enfin célébrer un Roi qui nous sauve de notre péché et qui nous invite à lui ressembler en pardonnant à ceux qui nous ont offensés.

 

Père Théo. BAYE !

 

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