
S'ILS REVENAIENT AUJOURD'HUI...
INTRODUCTION AU DEUXIÈME DIMANCHE
En méditant les textes de
RÉFLEXION POUR L'HOMÉLIE
1- Jean Baptiste
Le Jean Baptiste que nous présente Matthieu dans l'évangile d'aujourd'hui est assez particulier. D'abord dans son vêtement et sa manière de vivre. Il vit au désert et non pas dans un palais d'une grande ville; il s'habille d'une peau de chameau retenue par une ceinture de cuir et non pas de vêtements des grands couturiers; il se nourrit de sauterelles et de miel sauvage, il ne fréquente pas les grands restaurants. Il se déplace à pied et non pas en limousine avec chauffeur privé.
Il invite les gens à se convertir. Qu'est-ce à dire sinon à changer de vie? Mais attention! La conversion n'est pas uniquement morale, c'est-à-dire abandonner ses mauvaises habitudes pour en prendre des bonnes. Si elle est un détournement, elle est avant tout un retournement radical et ferme vers le Seigneur : un peu comme le tournesol qui suit à longueur de journée le soleil, Jean Baptiste nous invite à nous tourner vers le Seigneur à longueur de vie. En braquant notre vie constamment sur le Seigneur, pas de doute que nos ombres s'atténueront et que la lumière divine nous habitera de plus en plus. Et pas seulement durant l'Avent mais tout le temps. Au fond, Jean nous invite à devenir véritablement des « tournesols spirituels ».
Ensuite, il s'attaque directement aux pharisiens et aux sadducéens, ces chefs religieux. Les sadducéens ne croyaient pas à la résurrection tandis que les pharisiens imposaient des jougs sévères aux gens, jougs que souvent ils ne soulevaient pas même du petit doigt. Jésus ne sera pas tendre envers eux : il les traitent d'hypocrites, de sépulcres blanchis, etc. Jean les qualifie d'« engeance de vipères », ce qui n'est pas précisément un compliment. Il les invite, eux aussi, à se convertir, c'est-à-dire à se tourner vers le Seigneur et à produire des fruits de conversion plutôt que de s'appuyer sur une tradition qui les exempte de toute véritable conversion.
S'il revenait aujourd'hui, Jean aurait certainement des choses à dire à nos dirigeants, qu'ils soient civils ou religieux. Quand on justifie une guerre sur des mensonges, on risque de se faire fustiger par Jean. Ce n'est pas pour rien que le Cardinal Ouellet a demandé pardon pour les fautes de dirigeants religieux! Si nous avons tous besoin de conversion, nos dirigeants en auront toujours besoin, eux aussi, eux qui portent de grandes responsabilités, qui non seulement doivent dire mais faire aussi, sacrifier leurs ambitions et leurs intérêts personnels pour prendre soin du peuple qui leur est confié.
Enfin Jean annonce Jésus qui vient, celui qui « baptise dans l'Esprit ». Il l'annonce comme celui qui est bien plus grand que lui, celui dont il n'est pas digne de lui retirer ses sandales, mais aussi comme celui qui va purifier le monde et lui donner le blé dont il a besoin. S'il revenait aujourd'hui, Jean présenterait encore Jésus comme bien plus grand que lui, comme celui qui peut non seulement désenténébrer notre monde mais lui apporter la paix et la justice. Notre monde, c'est bien évident, a bien besoin de ces annonciateurs de Jésus et de Jésus lui-même pour que notre planète tourne de mieux en mieux.
2- Isaïe
Si Jean Baptiste invite à la conversion, s'il parle avec vigueur et s'il tempête contre les chefs qui se paissent eux-mêmes au lieu de paître le troupeau, Isaïe, lui, voit la misère de son peuple, voit ses fautes aussi et c'est à l'espérance qu'il l'invite : « un rameau va sortir de la souche de Jéssé », un Messie va venir sur qui va reposer l'esprit du Seigneur, « esprit de sagesse et de discernement, de conseil et de force, de connaissance et d'amour du Seigneur. » Ce Sauveur « ne jugera pas sur les apparences, il s'occupera des petits et des pauvres, il pratiquera la justice et il sera fidèle. » Ailleurs, Isaïe dira : « Ce peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » Quelle magnifique espérance ce prophète fait-il naître dans le cœur de ses contemporains!
S'il revenait aujourd'hui, Isaïe n'agirait pas différemment. Il regarderait notre monde en proie à tant de misères. Il verrait les centaines de millions de sans abri qu'il y a dans notre monde. Il s'arrêterait à toutes les victimes des tremblements de terre, des inondations, des incendies meurtriers. Il considérerait les femmes et les enfants violentés. Il s'arrêterait aux réfugiés du Darfour et de
3- Paul
Comment cette espérance se réalise-t-elle? Comment nos désirs peuvent-ils être comblés? Paul le rappelle aux Romains de deux façons. Il y a d'abord la miséricordieuse tendresse du Seigneur qui s'adresse non seulement aux Juifs mais aussi aux païens comme les Romains à qui il écrit. La venue du Seigneur parmi nous, que nous célébrons durant l'Avent, est la manifestation la plus grande et la plus importante de cette miséricorde. Si Paul revenait aujourd'hui, il nous le rappellerait avec force : Dieu s'est approché de nous et s'approche encore parce qu'il veut nous libérer de nos fautes, nous délivrer de ce qui nous fait mal, et c'est son cœur plein d'amour miséricordieux qui le fait. Durant l'Avent tout particulièrement, nos communautés chrétiennes célèbrent solennellement le pardon du Seigneur : n'hésitons pas à nous abreuver abondamment à cette miséricorde du Seigneur.
Mais saint Paul ajouterait : « Mettez-vous d'accord entre vous... accueillez-vous les uns les autres... occupez-vous particulièrement des plus mal pris que vous, ouvrez votre main et votre cœur aux plus pauvres que vous... » Le temps des Fêtes, comme on appelle parfois le temps de l'Avent, est un temps de rencontres, de visites, de partys, de fêtes de familles, de bureaux, etc. : c'est un temps de retrouvailles souvent, ce peut être aussi un temps de pardon réciproque pour les fautes qu'on s'est faites mutuellement durant l'année, un temps où l'on se met ou se remet d'accord les uns avec les autres. Un petit cadeau peut aider en ce sens, une carte de souhait aussi, une bonne poignée de mains autour d'un café ou d'un verre de vin. Si le Seigneur vient à nous pour nous sauver, son salut passe également par nous, il ne faudrait pas l'oublier. Nous sommes le cœur et les mains du Seigneur.
Le temps des Fêtes est également le temps d'une attention plus grande envers les démunis de nos sociétés et du monde. S'il y a des « fils à papa ou fille à maman », il y a aussi « les enfants oubliés » qui sont « les enfants du bon Dieu ». S'il y a des riches de toutes sortes dans notre monde, riches d'argent mais aussi de temps, d'affection, de science, etc., c'est pour qu'ils s'occupent des pauvres de tous genres. Autrement dit, le salut du Seigneur, s'il s'adresse aux pécheurs que nous sommes, s'adresse également, et particulièrement par nous, aux pauvres de toutes catégories de notre monde : une visite à une personne seule, un cadeau à un grand malade, une écoute et un accueil à quelqu'un que personne n'écoute et n'accueille, cela fait tant de bien à la personne qui reçoit mais aussi à la personne qui donne. Et Jésus est toujours présent au cœur de cette attitude de bonté : « J'avais faim, j'avais soif, j'étais seul... et vous m'avez aidé... » (Matthieu 25, 40)
CONCLUSION
Ce deuxième dimanche de l'Avent, par la voix des trois grands « ténors » que sont Jean Baptiste, Isaïe et Paul, a des choses à nous dire et à nous faire faire. Conversion, espérance, réconciliation et attention aux plus mal pris de ce monde. Quelle belle préparation à la fête de Noël! Et, à ce compte, il devrait faire Avent et Noël tout le temps
Père Théo. BAYE !
SE FAIRE PROCHE
1- Se faire proche dans la vie quotidienne
C'est un fait d'observation de tous les jours : quand on aime, on se rapproche de la personne aimée. On marche ensemble, on se rencontre au restaurant, on va au cinéma ensemble, on se donne des rendez-vous, et, finalement, si l'amour dure et se renforce, on finit par vivre ensemble. Tous les amoureux savent cela.
Les mamans et les papas se font proches de leur petit qui vient de naître... et après aussi. Cette proximité prend différentes formes selon l'âge des enfants, mais elle demeure l'une des plus belles formes de l'amour.
Mais il y a plus. Quand deux personnes qui s'aiment se sont fait mal comme cela arrive hélas dans la vie et qu'elles veulent oublier ce mal, qu'elles veulent se pardonner, elles se rencontrent, se parlent, se donnent la main, se serrent l'une contre l'autre, s'embrassent même. La proximité des uns et des autres est forme d'amour, de pardon.
Il y a encore autre chose. Quand une personne est en train de se noyer ou de chuter d'un précipice et qu'un sauveteur vient la libérer du danger qu'elle courait, spontanément la personne sauvée se jette dans les bras du sauveur et ils s'étreignent longuement. Ils ont besoin de se manifester cette proximité qui est une forme de reconnaissance mais aussi d'amour.
2- Dieu se fait proche de nous en Jésus...
Quand l'évangéliste Jean, contemplant le grand mystère de l'incarnation de Dieu en Jésus qui est le mystère même de Noël veut montrer que Dieu s'est fait proche de nous, il s'exclame : « Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. » D'autres traductions disent : « Il a planté sa tente au milieu de nous. » En d'autres mots, il s'est approché de nous... pour nous montrer son amour.
Il fait bon de s'arrêter un moment pour réfléchir à cette proximité de Dieu avec nous. Ce n'est pas peu dire et surtout peu faire de se rendre compte que Dieu nous aime assez pour se faire proche de nous non pas pour nous espionner ou nous vouloir du mal mais pour nous aimer et ne nous faire que du bien... comme un père et une mère le font pour leur enfant, comme un fiancé ou un époux le font pour la personne qu'ils aiment, comme un sauveteur le fait pour une personne en danger. Dieu n'est pas un être lointain, au bout du monde, qui ne s'intéresse pas à nous. C'est un compagnon de vie, un ami, un amoureux...
Le Père Éloi Leclerc, ce franciscain, grand spécialiste de François d'Assise, applique cette proximité de Dieu en Jésus particulièrement aux pauvres et aux pécheurs... et qui n'est est pas sous un angle ou l'autre? : « Dieu, en son Fils, a voulu avoir affaire avec les pécheurs, les exclus, les réprouvés. Il s'est mis en quête de ceux qui étaient perdus. Il s'est approché des plus éloignés. Il s'est fait leur ami et il a mangé avec eux en signe de réconciliation. Voilà le cœur de
3- ...pour que nous nous approchions de Lui...
Jacques, dans sa lettre, a une formule éloquente : « Approchez-vous de Dieu et il s'approchera de vous. » (Jacques 4, 8) C'est juste et nous allons essayer de voir ce que cette parole de Jacques signifie. Mais il nous faut bien comprendre, et c'est tout le sens de l'Avent, que c'est Dieu qui nous a d'abord aimés, qui a pris l'initiative de s'approcher de nous. En retour, nous nous approchons de lui et nous découvrons, savourons, mieux, en plus profond, sa propre proximité avec nous.
En pratique, que peut bien vouloir signifier le fait de nous approcher de Dieu pour qu'il s'approche de nous? Nous trouvons des éléments de réponse dans la lettre de Paul aux Romains (deuxième lecture) : s'approcher de Dieu, c'est d'abord s'éloigner du mal. Et l'Apôtre de nous inviter à « rejeter les activités des ténèbres », à nous éloigner « des ripailles et des beuveries, des orgies et des débauches, des disputes et des jalousies... » Le temps des Fêtes est un temps propice à bien des rencontres fraternelles, familiales, amicales, à des fêtes parfois bien arrosées, etc. Fêtons mais sans abus, car alors nous risquerions de nous éloigner de Dieu au lieu de nous en approcher!
Mais s'approcher de Dieu, ce n'est pas simplement s'éloigner du mal. C'est aussi « nous revêtir pour le combat de la lumière », c'est « revêtir le Christ », dit toujours l'Apôtre. Qu'est-ce à dire? C'est, la préface de ce dimanche, nous le rappelle, rendre grâce au Seigneur. Nous avons tant de raisons de remercier Dieu : d'abord précisément de s'être approché de nous en Jésus, ensuite de continuer à nous aimer au-delà de nos manques, de se donner à nous chaque jour par l'Église, les sacrements, sa présence continuelle en nous, etc. C'est également nous efforcer de bien nous conduire en tout.
4- ...et que nous nous approchions des autres
Le fait que Dieu se fait proche de nous est une invitation pressante à nous faire proches de lui et aussi des autres. L'amour de Dieu pour nous qui est premier nous conduit à l'amour de Dieu par nous et à l'amour des autres. N'est-ce pas ce que ce que prescrivait Jésus à l'homme riche venu lui demander ce qu'il devait faire pour avoir la vie éternelle? « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces et ton prochain comme toi-même », en n'oubliant pas qu'avant d'aimer Dieu et les autres, il importe que nous prenions conscience que Dieu nous aime le premier. C'est précisément parce que nous accueillons son amour que nous devenons capables de l'aimer et d'aimer les autres.
Donc, si Dieu se fait proche de nous pour nous aimer et nous sauver, nous le lui rendons à nous faisant proches de lui et des autres, surtout des petits, des pauvres, des malheureux. Le temps des Fêtes souligne abondamment cette attention portée aux moins nantis de notre société. Prenons garde cependant de limiter notre attention aux plus pauvres uniquement durant le temps de l'Avent! Et n'oublions pas que s'approcher du pauvre, c'est s'approcher de Jésus lui-même. (Matthieu 25, 40)
CONCLUSION
Se faire proche! Nous le faisons spontanément quand nous aimons, quand nous aidons, quand nous sauvons.
Dieu nous a montré le chemin : il s'est fait proche de nous en nous donnant son Fils qui a « habité parmi nous », qui nous a apporté l'amour du Père et notre salut. Il s'est fait proche de nous pour que nous nous fassions proches de lui et des autres.
Il fait si bon de sentir la proximité aimante et bienveillante de l'autre : ne nous en privons surtout pas surtout quand il s'agit de la proximité de Dieu et n'en privons pas les autres!
Et bon Avent!
Père Théophile BAYE DIATTA !
UN ROI SOUFFRANT, COMPATISSANT ET SAUVEUR
INTRODUCTION
Le dernier dimanche de l'année liturgique nous invite à célébrer le Christ, Roi de l'univers. Et, à chaque trois ans, nous le faisons avec l'évangéliste Luc qui nous présente un Roi crucifié entre deux malfaiteurs. Fidèle à la miséricorde divine qui court tout au long de son évangile, Luc nous donne à méditer et à aimer un Christ, Roi souffrant, compatissant et sauveur. Nous en avons grandement besoin dans le monde d'aujourd'hui.
1- Être roi
Par les temps actuels, la royauté n'a pas beaucoup la cote. L'histoire nous a donné trop de rois sanguinaires, ambitieux, cupides et égoïstes, au point que nous avons plus ou moins oublié les « bons » rois proches de leur peuple, promoteurs de la justice et artisans de paix.
Aujourd'hui, c'est plutôt la démocratie qui a la faveur des puissants de ce monde et des autres aussi. Mais cette démocratie, qui demeure, dit-on, « la moins pire des formes de gouvernements », est souvent hélas elle-même avide de pouvoir, affamée d'argent, guerrière et parfois même plus ou moins corrompue.
Ce n'est ce type de « royauté » ou de « démocratie » que la liturgie nous propose en célébrant le Christ, Roi de l'univers. Car, si tel était le cas, elle n'aurait qu'à refermer son livre, plier ses bagages, et s'en aller, car le Christ ne nous intéresserait pas pour être notre roi.
La liturgie nous propose plutôt un roi qui veut instaurer la justice, la paix, la vie et la vérité, l'amour, la grâce et la sainteté (préface du Christ Roi). Elle nous présente surtout un roi souffrant, compatissant et sauveur. Ce sont ces trois aspects de la royauté du Christ, particulièrement propres à Luc, que nous allons méditer et contempler et dont, semble-t-il, notre monde à grand besoin.
2- Un roi souffrant
Le Christ n'est pas un roi qui fait souffrir les autres, qui les torture pour leur faire révéler des secrets, qui fait violence aux gens pour se donner du pouvoir, qui en condamne d'autres à la peine de mort. Le Christ est tout le contraire : c'est lui qui endure la souffrance qu'on lui inflige, qui se fait torturer, qui subit la moquerie, qui se fait faire violence et qui, finalement, est envoyé à la mort. C'est un « Agneau immolé » (chant d'entrée), c'est un homme « crucifié » (évangile). C'est un roi souffrant jusqu'à la mort et « à la mort de la croix » (Philippiens 2, 8)
3- Un roi compatissant
Le Christ n'est pas un roi indifférent à la souffrance humaine. Non seulement il ne fait pas souffrir les autres, mais il est capable de « commisération » pour les personnes qui en arrachent dans la vie « puisqu'il est lui-même enveloppé de faiblesse » (Hébreux 5, 2). Durant son ministère public, Jésus n'a jamais été capable de rester insensible à la souffrance humaine, que celle-ci se manifeste sous forme de maladie, d'infirmités, de faim, de mort même. Il a toujours compati à la souffrance des personnes blessées dans leur corps, dans leur esprit ou dans leur âme, et il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour les soulager, les guérir, les rendre heureuses. Les exemples de cette compassion du Seigneur abondent dans les évangiles.
3- Un roi sauveur
Dans l'évangile d'aujourd'hui, cette compassion s'exerce tout particulièrement envers ce malfaiteur qui lui demande de se souvenir de lui. La réponse de Jésus est sans équivoque : Jésus va bien au-delà de sa souffrance physique et sociale (c'est un condamné à mort); elle lui donne rien de moins que le ciel : « Je te le déclare, aujourd'hui tu seras avec mois dans le Paradis. » Jésus le sauve littéralement.
4- Le Christ, Roi pour aujourd'hui
- Aujourd'hui, dans notre monde, le Christ est un Roi souffrant. Toutes ces personnes qui n'ont rien à manger ou à boire et qui meurent chaque jour, c'est le Christ qui souffre en elles. Toutes ces personnes qui, d'une manière ou d'une autre, sont victimes de violence, que celle-ci vienne des gouvernements autoritaires, despotiques ou simplement ambitieux et égoïstes, des guerres, des employeurs plus intéressés à faire de l'argent qu'aux personnes et aux enfants qu'ils utilisent pour s'en mettre plein les poches, aux pervers qui font de la violence sexuelle, aux conjoints qui violentent leurs épouses ou époux, etc., c'est le Christ qui souffre en elles. On raconte qu'un jour, dans un camp de concentration nazi, on fusillait un adolescent. Quelqu'un s'écria alors : « Mais où donc est le Christ qui n'intervient pas? » Et quelqu'un lui répondit : « Le Christ, il est là en train de se faire fusiller! »
Oui, il faut le dire haut et fort : chaque fois que quelqu'un souffre, c'est le Christ qui souffre. Le Christ lui-même ne l'a-t-il pas affirmé clairement quand il a dit : « J'avais faim, j'avais soif, j'étais malade, nu, prisonnier, etc., » (Matthieu 25, 21s.) Avec les yeux de la foi, nous sommes capables de découvrir le Christ lui-même dans toute personne qui souffre. Le Christ est au Darfour, c'est certain. Il est aussi en Irak et en Afghanistan où tant de gens souffrent de la guerre, se réfugient ailleurs pour échapper aux fusils et aux bombes, etc. Il est encore en Palestine et en Israël où tant de gens souffrent de ces rivalités, terroristes ou non, qui existent entre les pays. Il est encore au milieu des victimes d'inondations, d'ouragans, de tremblements de terre, etc.
Le Christ est Roi, mais c'est un roi souffrant.
- Aujourd'hui, dans notre monde, le Christ est un Roi compatissant. Et sa compassion s'exerce principalement par notre cœur, notre esprit nos mains et notre prière. Personne ne peut rester indifférent devant les souffrances que tant de personnes endurent aujourd'hui. Que ce soit sur un lit d'hôpital ou dans les camps de réfugiés du Darfour, du Liban, de Palestine ou d'ailleurs, que ce soit dans les cellules des prisons ou dans les tentes improvisées des victimes de séismes, chaque fois que quelqu'un intervient pour soulager des misères, le Christ est présent dans ces personnes, qu'elles le sachent ou non.
On a vu récemment, au Sommet du Millénaire à Montréal, des personnes renommées, vedettes du cinéma ou prix Nobel de la paix, plaider la cause des malheureux de ce monde. Elles l'ont fait, poussées par un souci humanitaire certain, et leur voix, qui n'avait rien de la langue de bois si commune à tant de pouvoirs en place, ont reçu un accueil non seulement favorable mais compatissant chez bien des personnes. Elles ont, en le sachant ou non, fait écho à l'évangile lui-même. Le Christ a compati tant de fois quand il vivait sur la terre, et même sur la croix il compatit à la souffrance de ces larrons crucifiés avec lui, particulièrement à celle du malfaiteur repentant.
Avec les yeux de la foi, nous savons que chaque fois que nous compatissons, non seulement avec de beaux sentiments ou de belles paroles - ce qui est déjà beaucoup - mais en posant des gestes concrets de charité et de prière, nous sommes le Christ lui-même qui écoute, accueille, soulage, vient au secours de toutes ces personnes écrasées par toutes sortes de souffrances.
Le Christ est Roi, mais c'est un roi compatissant.
- Aujourd'hui, dans notre monde, le Christ est un Roi sauveur. Car la plus grande souffrance, c'est bien notre péché, c'est le bien que nous ne faisons pas et le mal que nous faisons trop souvent. Le Christ, durant sa vie terrestre, a été très sensible à cette souffrance particulière. Combien de fois a-t-il dit à des pécheurs : « Tes péchés sont pardonnés... Aujourd'hui le salut est entré dans cette maison... » Pensons à Zachée, à Marie-Madeleine, à Pierre le renégat, au paralytique au toit crevé, etc. Et combien de fois a-t-il enseigné le salut qu'il venait apporter au monde? Encore ici, c'est Luc, par ses trois merveilleuses paraboles de la miséricorde, qui l'exprime le plus clairement et le plus éloquemment. (Luc 15)
Sur la croix, le Christ apporte le salut au larron qui lui demande de se souvenir de lui. Encore aujourd'hui, principalement par le ministère de l'Église et de ses sacrements, le salut est donné constamment aux pécheurs qui sollicitent le pardon du Seigneur. Mais chaque fois qu'une personne a suffisamment de grandeur d'âme et d'amour pour pardonner à la personne qui lui a fait du tort, est-il exagéré de dire que c'est le Christ lui-même qui est au cœur de ce pardon reçu et donné? Non, je ne le crois pas : de même que Jésus est présent dans la personne qui souffre et dans celle qui l'aide, de même le Seigneur est présent au cœur de tout acte de pardon. À longueur de jour et d'années, Jésus pardonne, Jésus sauve. Et, s'il le fait par le ministère de l'Église, il le fait également par nous tous. Et combien notre monde, si souvent et si profondément blessé par la bêtise humaine, a besoin de ce pardon! Il fait, en effet, tant de bien et à ceux qui le reçoivent et à ceux qui le donnent; il préserve notre monde de la haine, de la rancune, de la vengeance, de l'égoïsme et de la peur, et il engendre la paix, la concorde entre les personnes et les peuples, la sécurité si importante pour tous!
Le Christ est Roi, mais c'est un roi sauveur.
CONCLUSION
Célébrer le Christ, Roi de l'univers, n'est pas une simple formalité liturgique. C'est célébrer un Roi qui souffre avec nous, en nous et parfois par nous. C'est célébrer un Roi qui compatit à nos souffrances et qui a besoin de nous pour continuer son règne de compassion. C'est enfin célébrer un Roi qui nous sauve de notre péché et qui nous invite à lui ressembler en pardonnant à ceux qui nous ont offensés.
Père Théo. BAYE !