Vendredi 4 avril 2008

" Il entra donc pour rester avec eux."

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc 24, 13-35

Prenons la route

La route de Jérusalem à Emmaüs, qu'avaient pris Cléophas et son compagnon dans l'après-midi de Pâques, est exemplaire pour chacun de nous. On a l'habitude de comparer notre existence à une route, un cheminement. Une route qui commence à la naissance et qui se termine, croit-on, à la mort. Mais "les chemins du Dieu vivant mènent à Pâques, tous ceux de l'homme à son impasse". Nous allons prendre la route avec Cléophas et son camarade, et, grâce à Jésus, essayer de ne pas aboutir à une impasse.

Comme ils nous ressemblent étrangement, Cléophas et son compagnon, dans cet après-midi de Pâques où ils traînent les pieds sur la route, tout malheureux qu'ils sont, eux qui ont mis toute leur espérance en un homme et qui sont maintenant pleins de désillusions !

L'espérance déçue

Et ils l'expriment, leur espérance déçue. Elle avait un nom, elle avait un visage : un homme, Jésus. Un prophète. "Nous avons cru, disent-ils, que c'était le Messie." Et dans leur esprit, le Messie, c'est un homme politique qui a reçu mission de Dieu pour libérer son peuple, ce peuple juif qui souffre sous la domination romaine. Pour eux, le Messie, c'est celui qui va faire cette libération par les armes ; chasser les Romains, instaurer un ordre nouveau. Leur espérance à eux, c'est une espérance terrestre. Eux qui ont cheminé avec Jésus durant sa vie terrestre, ils espéraient avoir les bonnes places dans l'ordre nouveau, dans la nouvelle société.

Et puis, ils disent aussi à leur mystérieux compagnon de route leur malheur, leur déception. Ce Jésus qu'ils croyaient être le Messie, eh bien non, c'est fini. On l'a arrêté, on l'a mis à mort, on l'a enterré. Il y a bien des femmes qui sont venues dire ce matin que le tombeau était vide, qu'elles avaient vu un ange qui leur a déclaré qu'il était vivant. Ils ont eu les informations, les dernières nouvelles de la matinée. Mais ils n'y ont pas ajouté foi.

Comme nous

Ah, comme ils nous ressemblent, comme ils me ressemblent, Cléophas et son camarade ! Moi aussi, aujourd'hui, vous aussi sans doute, qui êtes venus dans cette église, qui d'entre nous n'est pas venu avec son lot de peines, de déceptions, de doutes ! Récemment, lors de mon voyage, je participais aux obsèques d'un de mes camarades : nous nous connaissions depuis l'école, nous avions fait nos études ensemble. Ca fait mal, tout cela. Je viens ici ce matin avec toute la peine que j'ai, et aussi avec toutes mes interrogations. Mais qui d'entre nous n'en a pas ? Qui d'entre nous ne se dit pas aujourd'hui : Au fond, n'avions-nous pas mis notre espérance, quand nous étions jeunes, en autre chose ? Un ordre nouveau ! On pensait que le Christianisme ferait un monde nouveau, dont nous serions les artisans ! Un monde plus juste. Un monde de paix. Un monde de partage. Et on se dit : ça ne change pas vite ! Ca n'avance pas. On porte tout cela sur la route d'Emmaüs, sur notre route humaine.

Et nos yeux, nos esprits et nos cœurs sont comme empêchés de Le reconnaître. Or, il nous écoute. Il entend nos doutes, nos interrogations, nos déceptions. Justement, il nous rejoint, sur cette route, à un moment donné, là, à tel endroit, sur la route d'Emmaüs, pour répondre à nos interrogations, à nos doutes, à nos déceptions. Pour que notre chemin d'hommes ne nous mène pas à une impasse. Et il nous répond de trois manières. Celles qui sont indiquées dans le récit d'Emmaüs.

L'intelligence des Ecritures

Premièrement, par les Ecritures. Il n'a pas raconté la Bible aux deux disciples. Ce n'était pas nécessaire. Ils savaient. Ils avaient été au catéchisme. Il a simplement rappelé, fait mention, éclairé un certain nombre de choses. Il a dû leur dire, par exemple : "Vous vous rappelez d'Abraham, quand Dieu lui a dit : "Quitte ton pays, ta famille, et va dans le pays que je te montrerai." Il faut des arrachements dans la vie. C'est un signe. Vous vous rappelez de Joseph vendu par ses frères ? Eh bien, c'est une grande figure du Messie. Vous vous rappelez de Moïse, que Dieu est allé rappeler quand il s'était enfui au désert, pour lui demander d'aller libérer son peuple esclave en Egypte ? Image du futur Messie. Et vous vous rappelez ce qu'a dit Isaïe, la prophétie du Serviteur souffrant ! Et vous vous rappelez Ezéchiel..." Bref, il leur rappelle tout cela. Et voilà que l'Ecriture éclaire le destin de cet homme Jésus qu'ils ont connu et en qui ils avaient mis leur espérance. Et elle éclaire ainsi les chemins du Dieu Vivant qui mènent à Pâques. La mort de Jésus n'est pas la mort totale, définitive, qu'ils imaginent. Elle est passage, ouverture sur la vie. C'est ainsi qu'il nous fait comprendre que nos chemins humains, si nous marchons avec le Christ, s'ouvrent, s'éclairent, prennent un sens : il n'y a pas de mort totale. Parce qu'il n'y a jamais la fin de tout. Il y a des morts, mais elles sont passage, mutation. Ce peut être la souffrance, ce peut être la perte d'un être cher. Ce peut être une mort spirituelle, des moments de total passage à vide. L'Ecriture nous réchauffe le cœur, en ce sens qu'elle nous dit : ce que tu vis, c'est un passage, une mutation, ce n'est pas la fin de tout. Et voilà pourquoi Cléophas et son camarade ont le cœur tout réchauffé, alors qu'ils n'ont pas encore reconnu Jésus.

Le resto du cœur

Ensuite, il y a l'auberge d'Emmaüs. Ce n'est pas le point d'arrivée. Eux, ils croient qu'on va manger, puis qu'on va se coucher. Mais ce n'est qu'une halte sur la route. Ensuite, on repart. Et dans notre vie, il y a ces haltes, très fréquentes : chaque dimanche. On croit que c'est nous qui l'invitons, on croit qu'on va lui faire plaisir en venant le voir, alors que c'est lui qui a l'initiative, c'est lui qui nous attend à sa table et qui nous dit : "Mais, je t'attendais ! Ne crois pas que c'est toi qui m'invites. C'est moi qui t'accueille pour te partager le pain, pour te faire vivre de ma vie, et pour qu'ainsi, tu puisses me reconnaître. Je marche toujours avec toi sur la route."

Alors, tous nos doutes, toutes nos difficultés de vivre et toutes nos morts prennent sens et valeur en Celui qui est le Corps livré, le Sang versé, la Vie donnée par amour. Alors, à ce moment-là, comme Cléophas et son compagnon, nous n'allons pas nous endormir là. On ne va pas aller se coucher. On repart.

Les onze et leurs compagnons

Oui, la route de Jérusalem à Emmaüs, ce n'est pas un aller simple. C'est un aller et retour. Un retour vers les frères. Pas seulement les onze, mais les onze et leurs compagnons. Ils sont tous là, dans la nuit, heureux de se dire qu'il est vivant : "Il est apparu à Pierre... Nous l'avons reconnu au partage du pain."


Trois réalités donc : l'Ecriture, l'Eucharistie, la Communauté fraternelle. On se tue à vous le dire : il n'y a que ces trois moyens pour que votre route humaine ne soit pas une impasse, mais qu'elle débouche, par-delà les morts, sur la vie, sur le bonheur.
                                               Père Théo. BAYE !

 

 

 

 

 


 

par Théophile Baye
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Samedi 29 mars 2008

Avance ton doigt ici, et vois mes mains "

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20, 19-31 

Invraisemblable !

Il y a quelques années, nous étions réunis à quelques-uns, pour réfléchir sur ce passage d’évangile. Et la plupart des participants exprimaient leur difficulté à croire, et particulièrement leur difficulté à croire en ces récits de la résurrection dans les quatre évangiles. Récits si disparates, et même si invraisemblables. Ainsi, dit l’un de nous, comment croire que Jésus joue les passe murailles, alors que l’évangile nous dit qu’il est ressuscité en chair et en os, et qu’on a pu, non seulement le voir, mais même le toucher. Or, il se trouve que justement, à la fin du passage d’évangile que nous venons de lire, l’apôtre Jean déclare : « Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-ci y ont été mis afin que vous croyiez » Alors, que croire ? Et comment croire ?

Problèmes de transmission

Faisons réflexion sur le geste de Thomas, qui refuse de croire. A quoi ? A la parole de ses amis. Il refuse de croire ce qu’on lui dit. Et il ne croira, dit-il, que ce qu’il voit. Mais en fait, la foi ne peut être qu’au bout de la transmission d’une parole. C’est mon père, ma mère, des prêtres, des catéchistes qui nous ont transmis quelque chose. Quelque chose qu’ils n’ont pas eux-mêmes inventé. Quelque chose qu’ils avaient eux-mêmes reçu. Et on peut remonter toute cette chaîne qu’on appelle la tradition, la transmission d’une parole vivante, pour en arriver aux premiers témoins. Cela, c’est la catéchèse. On nous a tous transmis une parole destinée à alimenter notre foi.

Quand nous étions enfants, il n’y avait pas tellement de problèmes. Je crois ce que me dit mon père, ma mère. Mais il arrive un moment – c’est nécessaire, c’est normal – où l’on se pose des questions. Où l’on se dit : est-ce qu’eux-mêmes ne se sont pas trompés ? Est-ce que tout cela, c’est bien vrai ? Et je dis : la foi, ce n’est pas le moment où l’on reçoit sans esprit critique cette parole qui nous est données. C'est lorsqu'on peut répondre personnellement en toute liberté, à cette parole qui nous a été transmise. Là, il y a une démarche difficile. Aussi, je voudrais vous indiquer un des moyens – un seul, mais il y en a bien d’autres – pour arriver à une réponse personnelle dans la foi. Ne croyez pas que c’est une affaire de raisonnement. Certes, nous avons une intelligence, et c’est fait pour s’en servir. Mais ne croyez pas que la foi est au bout d’une démonstration. Il y a quand même, nécessairement, une espèce de saut dans un inconnu. J’aurais envie d’inverser la parole de Thomas. Ne pas dire : « Je ne crois que ce que je vois », mais dire : « Si tu commences par croire, après, tu verras. ».

Une démarche collective

Ce n’est donc pas une affaire d’intelligence, de raisonnement. Il y a une démarche qui est comme une espèce de saut, un choix délibéré, qui engage toute notre personnalité et notre intelligence. Or, cette démarche, je pense profondément qu’elle ne peut pas se faire individuellement. Je crois qu’elle ne peut se faire que soutenue par une communauté. Et que, de même que Thomas a été entouré par ses amis qui avaient vu le Seigneur, de même nous, il nous faut entrer dans la recherche d’une vraie communauté de croyants, pour vivre et exprimer personnellement notre foi de chrétiens.

Disant cela, je fais, bien sûr, référence à notre première lecture de ce dimanche. Trois lignes des Actes des Apôtres, trois lignes qui ont fait rêver tous les hommes de la terre. Trois lignes qui sont à la base de la recherche des grands fondateurs d’ordres religieux, de François d’Assise comme de saint Benoît. Luther lui-même a rêvé de réformer l’Eglise sur la base de ces trois lignes. Et Karl Marx lui-même y voyait la réalisation d’une société communiste idéale. Avez-vous fait attention à ces trois lignes ? « Les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres » : C’est le premier point. Une parole nous a été transmise. Ceux qui ont vu, qui ont été témoins de l’événement l’ont dit et redit, et plus tard l’ont écrit, pour que cela se transmette. Et il n’y a pas de foi possible sans la lecture de la parole en Eglise. Deuxièmement : « ils étaient, d’autre part, assidus à la prière et au partage du pain. » Entendez par là l’eucharistie telle que nous la célébrons. Toujours cet aspect communautaire. Mais il n’y a pas de communauté de culte s’il n’y a pas, d’abord, le partage, la mise en commun de ce qu’on est, de ce qu’on possède. Communauté de vie, d’esprit, de sentiments, de manières d’être. Et le résultat de cette communion fraternelle, c’est que, premièrement, ils étaient bien vus de tout le peuple. Combien étaient-ils ? Je ne sais pas. Peut-être une centaine. Mais les gens qui vivaient autour, dans leur quartier, dans cette petite ville de Jérusalem,  trouvaient qu’ils étaient bien, ces voisins disciples de Jésus. « Regardez comme ils s’aiment ! Comme ils vivent fraternellement. » Et beaucoup désiraient entrer dans cette communauté.

Communauté fraternelle

Tout cela peut nous faire rêver. Pas d’un rêve-évasion, mais pour nous mettre en route, dans la recherche d’une communauté. Certes, il y a des difficultés aujourd’hui. Je ne les ignore pas. Il y a notre individualisme. C’est toute notre éducation actuelle. On ne nous a pas dit :« partage » ; on nous a dit : « défends-toi ».On a appris à vivre « chacun pour soi » dans un monde dur. Quand nous étions enfants, on nous a dit : « C’est pour toi que tu travailles. » On est tous marqués par cet individualisme. On n’a pas tellement le sens communautaire. Il y a une deuxième chose. Comment se fait-il qu’aujourd’hui, cela n’est pas tellement bien vu, de se dire chrétien ? Les jeunes me le disent, et les adultes aussi, de plus en plus. Un gosse me disait récemment : « Comment peut-on dire qu’on croit sans passer pour un imbécile ? » Alors comment faire pour que nous, aujourd’hui, dans notre cité, nous arrivions à faire communauté. Communauté vivante et fraternelle. Visible et bien considérée ? Basée sur l’écoute de la Parole, certes, mais aussi sur le partage.

Et déjà, pour cela, nous reconnaître comme frères, là où nous nous rencontrons, dans la rue, à l’école ou dans notre entreprise. Ne jamais passer indifférent à côté de quelqu’un qui est un frère. Car ce n’est pas ici, dans l’église qui nous rassemble chaque dimanche, que cela se joue d’abord. C’est facile, de se donner la main chaque dimanche et de se souhaiter la paix. Mais s’il n’y a rien pendant les autres jours de la semaine, tout est vain. Je sais bien tout ce qui nous sépare. Nous sommes d’idéologies différentes, nous avons des choix politiques différents. Mais il y a quelque chose de plus profond, de plus important que cela : notre foi en Jésus Christ vivant. Une foi qui s’exprime, non pas dans des paroles, mais dans des manières de vivre. Nos contemporains sont comme Thomas : ils ne croient que ce qu’ils voient. Mais s’il n’y a rien à voir ? Par contre, si vous les adultes, vous les jeunes, vous cherchez à faire communauté, alors, ils diront comme on disait des premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ». Et ils auront envie d’entrer, pour leur bonheur personnel. Pour notre bonheur à tous.

Père Théo. BAYE !

 

 

par Théophile Baye
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Vendredi 21 mars 2008

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Marie-Madeleine se rend au tombeau de grand matin

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 20, 1-9 

Il faisait encore sombre

" Le premier jour de la semaine " : c'est comme si, ce jour-là, tout commençait. Une nouvelle " genèse ", où Dieu dit : " Que la lumière soit. " Quelle lumière ? Celle du jour nouveau. Il faisait encore sombre, nous dit l'Évangile, quand Marie-Madeleine se rend au tombeau. Elle va y chercher un mort. Elle ne trouve que le vide, là où devrait se trouver un cadavre. Et tout naturellement elle pense qu'on a volé le cadavre. Comment pourrait-elle imaginer une autre perspective ? Si le cadavre n'est plus là, il n'y a pas d'autre hypothèse que le vol avec effraction de sépulture. Pour Marie-Madeleine, il fait encore sombre dans son esprit. Comment pourrait-il en être autrement ? Pour que la lumière jaillisse, un peu plus tard, il lui faudra faire une tout autre expérience. C'est cette expérience que je voudrais décrire en prenant une comparaison.

Mort et naissance

Pour cela, il faut d'abord bien se rendre compte que mort et naissance vont dans le même sens. Naître, c'est quitter la sécurité du sein maternel pour se jeter dans l'inconnu. Nous n'en avons plus souvenir, mais toute la recherche, de plus en plus pointue, nous dit que dans l'utérus, le petit qui est " à naître ", dans quelques mois, quelques semaines ou quelques jours a une vie propre, qui se manifeste par ses réactions aux bruits, aux paroles, à la musique. Une certaine perception du monde, certes limitée, mais bien réelle : c'est le propre de la vie intra-utérine. Quant à cette vie elle-même, on pense qu'elle est suffisamment confortable pour que le fœtus puisse se former, grandir et s'épanouir au fil des mois. Va survenir, un jour, l'inéluctable " passage " à la vie. Cela ne se fait pas sans blessure, sans cris, sans douleur. Mais une fois ce passage effectué, une vie nouvelle commence, qui n'est que le prolongement et l'épanouissement de la vie intra-utérine.

Tout au long de la vie se poursuivra cette aventure, avec tant de ruptures ! L'avenir fait chaque jour mourir notre présent. Nous mourons en permanence, que nous le voulions ou non et cela malgré nos retours pleins de nostalgie vers le passé. Et cela jusqu'au jour de notre mort. Mais, de même qu'il a fallu un jour mourir à la vie intra-utérine pour une vie autre, il nous faudra ce jour-là mourir à la vie terrestre, dans ce qu'elle a de limité dans le temps et dans l'espace, pour nous ouvrir à la Vie dans un univers qui est à la fois le même et radicalement nouveau. Ce qui nous arrivera, c'est ce que le Christ a vécu. Il est " le premier-né d'entre les morts ", dans la condition de l'homme nouveau. Voilà la signification de la Résurrection du Christ, prototype de notre propre résurrection. Comment Marie-Madeleine aurait-elle pu y croire au matin de Pâques ! Et nous, le croyons-nous ?

Nous ne sommes pas encore nés

Supposons que l'on puisse parler à l'enfant encore dans le ventre de sa mère pour lui expliquer la couleur des fleurs, le goût des fruits, le bonheur de l'amitié, les joies de l'amour, bref, tout ce qui fait une vie humaine. L'entreprise est impossible. Il faudrait pour cela trouver des analogies avec ce qu'il ressent dans sa vie de fœtus. Eh bien, c'est un peu ce qui nous arrive quand nous essayons de comprendre l'univers de la résurrection : nous ne sommes pas encore nés. Rien de notre expérience ne peut nous aider sinon par analogie. Si bien que l'Ecriture est d'une extrême discrétion : elle affirme très fortement le fait de la résurrection, mais ne parle pas du comment. Jésus parle de banquet, de noces. Saint Paul se perd dans des considérations plus ou moins philosophiques à partir d'une simple comparaison : autre est ce qui est semé, autre est ce qui pousse. Notre expérience, au cours de notre vie terrestre, ne nous est d'aucune utilité. Et pourtant, alors que nous sommes encore seulement au seuil de l'univers de la résurrection, nous pouvons vivre dans la confiance. L'enfant qui est encore dans le ventre maternel ignore qu'il fait déjà partie de notre monde, que ce monde s'occupe de lui, y prépare son entrée. Il est déjà lié aux autres, surtout par sa mère. C'est aussi notre propre condition de mortels. Que de choses on ignore ! Nous sommes déjà dans l'univers de la résurrection, et pourtant nous n'y sommes pas encore nés. Mais quelqu'un y est né et prépare notre naissance : Jésus.

Le terme est la joie

Au cours de la longue conversation que Jésus a tenue avec ses amis quelques heures avant d'être arrêté, le soir du Jeudi Saint, il leur a parlé de sa mort, de sa résurrection, de notre propre résurrection (Jean 16, 21-23). Que dit-il ? Justement ceci : la femme qui enfante a peur, car son heure est venue. Mais quand l'enfant est né, elle oublie sa souffrance parce qu'elle est heureuse de ce qu'un être humain est venu au monde. De même, vous êtes tristes maintenant, mais je vous reverrai et vous serez dans la joie, et personne ne pourra plus jamais vous prendre votre joie. Et ce jour-là, vous ne m'interrogerez plus sur rien.

Le terme est la joie. Notre vie est toute une suite de passages, dont notre propre naissance est le type (et le premier.) Au terme, " ce que nous serons n'est pas encore manifesté. " Faisons donc confiance en ce Dieu qui nous fait vivre, et qui nous fera revivre.

Père Théo. BAYE !

 

 

 

par Théophile Baye
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Vendredi 21 mars 2008

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Il vit et il crut

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 28, 1-10

 

Concernés

 

"Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui". Je crois que cette parole de l'apôtre Paul exprime bien ce que nous pensons de la résurrection. Si nous considérons la résurrection de Jésus uniquement comme un phénomène qui s'est passé autrefois, il y a vingt siècles, pour un homme donné, Jésus ; si nous ne regardons que ce fait brutal d'il y a deux mille ans, et si ce fait ne nous concerne pas, alors, je ne vois pas ce que nous venons faire dans les églises la nuit de Pâques. Saint Paul nous dit au contraire : Mais, cela vous concerne au premier chef. Il n'y a que cela d'important dans votre vie. Tout le reste - vous entendez : tout le reste, vos amours humaines (c'est important), votre travail (c'est important), votre famille (c'est important), ce que vous possédez, votre promotion, votre retraite future -  tout cela, qui a une certaine importance, n'est rien, n'a aucun sens si le Christ n'est pas ressuscité, et si nous n'entrons pas dans la démarche de la résurrection de Jésus, nous-mêmes, aujourd'hui.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'il est important pour chacun de nous de se situer au cœur de ce mystère de mort et de résurrection qui était évoqué tout à l'heure dans l'évangile et dans lequel nous avons essayé d'entrer tout au long de cette Semaine Pascale. Parce qu'en définitive, notre vie n'a de sens, n'a de valeur que si elle ne s'arrête pas à la mort, que si elle est une vie éternelle. Que sert à chacun d'entre nous d'acquérir le plus possible de bonheur si c'est pour que tout s'arrête radicalement, au jour de notre mort ? Que sert de vivre et de chercher le bonheur le plus parfait, le plus total, que sert l'amour le plus beau, le plus grand, le plus vrai, s'il est coupé radicalement au bout de quelques années, si nous sommes des condamnés à mort en sursis ? Cela ne sert à rien. C'est absurde.

Un passage

Et voilà que le Christ qui nous dit : "Je suis le chemin", nous indique ce chemin. Il nous indique que cette mort humaine, qui fait partie de nous-mêmes, qui fait partie de notre vie, puisque tout le vivant est mortel, que cette mort humaine n'est pas une mort totale, que cette mort humaine, parce que Dieu nous aime et que nous sommes ses enfants, n'est qu'un passage. Et que, de même que Dieu a dit à son Fils Jésus, dans son amour de Père : "Toi, tu ne mourras pas", de même, pour chacun d'entre nous, enfants de Dieu, aimés de Dieu, il ne peut y avoir de mort éternelle. Bien sûr, il nous faudra, comme Jésus, passer par le "tunnel" de la mort, mais pour être "réveillés", "relevés", comme lui, Jésus, l'a été, au matin du troisième jour.

 

Inimaginable

Je sais que notre esprit humain cherche toujours à comprendre, à imaginer comment cela peut être. Mais je n'ai rien à dire là-dessus. Dites, le fœtus, dans le ventre de sa mère, est-il capable d'imaginer ce qu'est la vie, cette somme incroyable de bonheur qu'est la vie de l'homme ? Il en est bien incapable. Il faudrait que nous soyons dans cette perspective-là : celle d'une nouvelle naissance. D'une re-naissance. D'une vie nouvelle qui, après notre mort, va nous illuminer dans l'amour de Dieu. Et pas plus qu'un fœtus n'est capable d'imaginer tout l'amour de son père et de sa mère, hélas, nous non plus, nous ne sommes capables d'imaginer tout l'amour de ce Dieu Père-Mère qui nous accueillera un jour et qui nous dira : Enfin, tu es né et tu es mon enfant. Le Christ est le prototype de cette humanité nouvelle.

Notre espérance

Et nous ? Eh bien, je dis que si nous sommes ici cette nuit, c'est parce qu'il y a en nous cette espérance. Peut-être y a-t-il en nous des doutes. Mais si nous vivions déjà cela, je vous assure que cela éliminerait tous les doutes de notre existence. Si toute notre vie n'était pas cette lente, lente descente ; cette lente, lente dégradation qu'hélas nous connaissons physiquement ! Si elle était une montée vers cette vie nouvelle ! Si chaque jour de notre existence, nous étions des êtres plus aimants ! Si chaque jour de notre existence, nous étions des êtres plus accueillants envers l'autre ! Si chaque jour de notre existence, nous ne nous laissions pas abattre par les revers ! Mais au contraire, si nous savions ressurgir, repartir, redémarrer. Même dans les pires difficultés. Si chaque jour de notre existence, nous étions déjà des ressuscités, eh bien, toute notre vie serait une montée vers l'éternité d'amour que Dieu nous promet.

Père Théo. BAYE !

           

 

 

par Théophile Baye
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Mercredi 19 mars 2008
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Mourir !

 

C'était nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé... Il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort... Isaïe 52, 13 - 53, 12

Il est devenu, pour ceux qui lui obéissent, la cause du salut éternel. Hébreux 4, 14-16; 5, 7-9

Là, ils le crucifièrent, et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Jean 18, 1 - 19, 42

 

S'il y a une réalité à laquelle personne n'échappe, c'est bien la mort: nous mourrons tous un jour. La mort fait partie de la vie. C'en est sans doute même l'acte le plus important. Et alors, comme il est important de « réussir » sa mort!

Car la mort n'est pas que l'arrêt du cœur, que la destruction de nos cellules. C'est un « passage ». Passage de cette vie, terrestre, limitée, à l'« autre » vie, céleste, illimitée. Et ce passage, le Christ lui-même l'a vécu. Mais, ce qui est tout-à-fait merveilleux, c'est qu'il l'a vécu non seulement pour lui mais pour nous également.

Mais qu'il est dur de mourir! Jésus lui-même, confronté à cette terrible réalité, résiste et supplie son Père d'« éloigner ce calice » de lui. En clair, cela veut dire : « Je ne veux pas mourir. » Nous comprenons cela, si nous avons nous-mêmes été confrontés à la mort, la nôtre ou celle d'un être cher.

Pourtant, Jésus avait prévenu ses disciples et s'était sous doute lui-même rassuré, quand il leur avait parlé du grain de blé qui doit mourir s'il ne veut pas rester seul et s'il veut revivre en bel épi, porteur de soixante ou cent grains. Mais comme cela demande de la confiance en l'invisible et de l'abandon dans la main d'un autre, dans la main de l'Autre!

Nous avons toute une vie pour « pratique » cela à travers nos «petites morts» de tous les jours.

 

Seigneur Jésus, ça n'a pas été plus facile pour toi de mourir que pour nous.

Et, même si tu savais que ta mort serait bénéfique pour toi et pour nous, tu as dû, en bout de ligne, t'abandonner et «remettre ton esprit» entre les mains de ton Père. Mais ta mort a jailli en vie éternelle.

Père Théo. BAYE !

 

 

par Théophile Baye
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