Moi je les connais, et elles me suivent
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10, 27-30
INTRODUCTION
Ce quatrième dimanche après Pâques est celui du « Bon Pasteur » qu'est Jésus. Ce thème, très riche, mérite d'être médité tant pour contempler la bonté du Pasteur pour nous que pour nous interroger sur notre capacité d'être, nous aussi, de « bons pasteurs » pour les autres.
RÉFLEXION POUR L'HOMÉLIE
1- L'image du pasteur
Au temps de Jésus, en Palestine, il y avait de nombreux pasteurs. On voyait souvent des bergers faisant paître leurs troupeaux dans les plaines ou sur le flanc des montagnes. On voyait comment ils conduisaient leurs brebis, comment ils en étaient écoutés et comment ils étaient attentifs à chaque animal. On les voyait s'occuper tout particulièrement des brebis malades ou estropiées, de celles qui s'étaient perdues et qui n'étaient pas rentrées au bercail. On en voyait même qui portaient une brebis sur leurs épaules soit parce qu'elle était trop faible, soit parce qu'elle avait un besoin particulier d'affection. Les jeunes brebis sont comme les petits chiens : ils ont besoin qu'on les prenne dans nos bras.
Il n'est pas surprenant alors que Jésus ait pris cette image du bon berger, image bien parlante pour ses contemporains.
2- Jésus est le Bon Pasteur
Quand on lit attentivement l'évangile de ce dimanche, on voit bien comment Jésus, le Bon Pasteur, exerce sa « pastorale » envers les brebis que nous sommes. On peut ramener à quatre caractéristiques principales cette pastorale.
a- D'abord, il y a l'écoute. Les brebis écoutent leur pasteur. Cela ne signifie pas que Jésus donne simplement des ordres, des commandements, et que nous les écoutons, que nous y obéissons, même si c'est aussi cela. Car, si Jésus le fait, c'est pour notre bien. Cela signifie également que nous devenons attentifs à sa Parole, celle qui est énoncée particulièrement dans les évangiles qui font écho à sa vie, ses actions et à ses enseignements. Écouter le Christ, c'est donc conformer notre vie le plus possible et de mieux en mieux au Seigneur lui-même.
Mais l'écoute s'exerce également dans l'autre sens, c'est-à-dire que non seulement les brebis que nous sommes écoutent le Berger, mais que lui aussi nous écoute. Il écoute nos désirs, nos besoins, nos attentes, nos projets, nos souffrances, nos joies, etc. Jésus, quand il vivait sur la terre, écoutait les gens de son temps : il les accueillait même la nuit (Nicodème), il soulageait les souffrances de toutes sortes (malades, infirmes, etc.), il écoutait
Cette écoute, qui va et vient de Jésus aux brebis que nous sommes, est l'une des plus belles formes d'amour. Elle manifeste que Jésus nous aime et que nous l'aimons, nous aussi. Elle est faite d'attention, de compréhension, d'intimité même bien souvent.
b- Ensuite, il y a la connaissance. Le Berger connaît ses brebis. Non seulement il les appelle par leur nom, mais il connaît leur personnalité, leur caractère, leurs qualités et leurs défauts, leurs forces et leurs faiblesses. Il sait comment les aborder et comment ne pas les aborder. Cette connaissance découle directement de son écoute et de son amour. D'ailleurs, dans
c- En troisième lieu, il y a la « suite du Berger » : les brebis le suivent, dit l'évangile. Dans le langage populaire, on parle même de « suivre comme des moutons ». La « suite » dont il est question ici n'est pas une « moutonnerie ». Elle est plutôt une manifestation de l'amour que nous témoignons au Christ, de la confiance que nous mettons en lui, de la sécurité et de la paix que nous trouvons à être avec lui. Encore là, c'est une forme d'amour bien particulière que de « suivre quelqu'un » : dans l'évangile, c'est souvent au terme de « disciples » que cette « suite » renvoie.
d- Enfin, et ceci est propre au Berger-Christ, le Bon Pasteur est capable de nous donner la vie éternelle. Non seulement il s'occupe de nous, non seulement il nous aime ici-bas, mais il nous aime assez pour nous faire partager sa propre vie même sur terre et, par la suite, au ciel : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, dit Jésus, a la vie éternelle »... dès maintenant. (Jean 6, 54) Vraiment notre Berger est un bon berger : il nous invite à vivre avec lui éternellement.
3- Nous sommes les pasteurs des autres
Ce que le Christ fait pour nous à titre de Bon Pasteur, nous sommes invités à le faire également pour nos frères et sœurs, pour notre prochain, pour nos communautés. Et cela tant sur le plan individuel comme disciples du Christ que sur le plan collectif comme communautés chrétiennes.
a- L'écoute. Nous sommes appelés à répandre
Nous sommes invités également à ne pas avoir peur de présenter au Seigneur nos demandes, nos besoins, nos problèmes, nos joies et nos peines, en étant convaincus qu'il est là pour nous écouter et nous aider, pour nous comprendre.
Cette écoute réciproque, celle que nous donnons au Seigneur et celle qu'il nous donne, est l'une des plus belles formes de l'amour qu'il y a entre nous et le Bon Berger. Il ne faut surtout pas s'en priver.
b- La connaissance. Nous sommes appelés à connaître les brebis que le Seigneur nous donne. Les parents sont les bergers de leurs enfants, les éducateurs de leurs élèves, les patrons de leurs employés, les agents de pastorale de leurs « paroissiens », etc. Nous ne sommes pas de simples distributeurs de biens pastoraux à des gens qui nous les demandent. Nous sommes des bergers écoutants, aimants et connaissants. Nous savons, autant que possible, leurs noms (quoi de plus agréable que de se faire appeler par son nom.. et encore plus par son prénom!), nous connaissons la vie des personnes, leurs bonheurs et leurs difficultés, leurs forces et leurs faiblesses, et nous sommes là pour les accompagner dans ce qu'ils vivent.
c- La « suite de Jésus ». Nous sommes heureux quand les gens nous « suivent ». Comprenons bien : les gens ne sont pas des « suiveux », des « moutons », et nous ne sommes pas là comme un général d'armée qui se fait suivre pas ses soldats. Si les gens nous suivent, c'est qu'ils ont confiance aux pasteurs, aux parents, aux éducateurs, que nous sommes. C'est qu'ils voient en nous un exemple à imiter. C'est qu'ils découvrent en nous des valeurs qui nous font vivre et qu'ils seraient heureux d'inclure dans leur vie eux-mêmes. C'est qu'ils voient bien, au fond, que, nous-mêmes, nous nous sommes mis à l'école du Christ, que nous sommes branchés à lui, et que nous en sommes heureux. Et alors notre témoignage, tant personnel que collectif, devient une source de motivation importante pour les autres.
d- Le don de la vie éternelle. Enfin, à notre manière, nous leur donnons la vie éternelle. Qu'est-ce que cela peut signifier? Les pasteurs, au sens ecclésial du terme, donnent les sacrements, donnent en particulier le baptême, l'eucharistie, le pardon des péchés, l'onction aux malades, etc. N'est-ce pas autant de chemins que prend le Bon Pasteur pour nous donner sa vie? Et puis, si, par notre exemple, par notre manière de vivre, comme pasteurs, comme chrétiens et comme humains, nous inspirons aux autres un meilleur comportement, nous ravivons leur foi, leur espérance et leur charité, alors ne sommes-nous pas, nous aussi, des « donneurs de vie et de vie éternelle »?
Au fond, toute relation humaine véritable, et à fortiori chrétienne, faite d'écoute, d'amour, d'attention à l'autre, d'amour sincère, n'est-elle pas une forme de « pastorale » pour l'autre? Elle lui permet de grandir dans l'estime de soi et des autres et souvent dans l'amour du Seigneur lui-même.
CONCLUSION
En se présentant à nous comme le Bon Berger, le Christ ressuscité évoque en nous une image pastorale facile à comprendre. Comme le berger s'occupe de ses brebis, comme il s'en fait écouter et les écoute, comme il les connaît et les aime, ainsi le Seigneur s'occupe de nous, nous écoute, nous aime, et nous invite à le suivre jusqu'en vie éternelle. Et, à son exemple, il nous invite à notre tour, tant comme individus que comme communautés, à faire de même pour nos semblables.
Père Théo. BAYE !