Samedi 23 mai 2009 6 23 /05 /Mai /2009 18:04

"Qu’ils aient en eux ma joie"


Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 17, 11-19 

Dans le monde

 

            Tout au long de ces dimanches après Pâques, nous lisons des passages de l'Evangile de St Jean, passages souvent difficiles à accueillir dans notre esprit, et même dans notre cœur, tellement ils sont riches et denses. Ils sont comme ces bons vins capiteux qu'on ne boit pas à grandes gorgées - ou alors c'est de l'ivrognerie - mais qu'on déguste à petites gorgées. Alors, on peut les apprécier.

            Le passage d'aujourd'hui est presque la fin de ce qu'on appelle le discours après la Cène : Jésus va être arrêté dans quelques heures, il parle librement à ses amis, réunis autour de la table pour le dernier repas, il leur livre comme son testament ; mais les paroles ne suffisent plus, et la conversation se change en prière. Jésus prie pour ses amis, pour nous aujourd'hui, pour les disciples de tous les temps. Je voudrais retenir simplement une petite phrase de cette prière. Vous avez entendu combien de fois Jésus parle de ceux qui ne sont pas du monde, mais qui sont dans le monde. Qu'est-ce que çà veut dire ? Il y aurait donc deux sens au même mot : «le monde» ?

            Il y a des gens qui lisent l'Evangile comme cela - on les appelle les fondamentalistes -  qui prennent un bout de phrase de l'évangile et qui l'appliquent à la lettre. Vous trouvez aujourd'hui des sectes qui, parce que les chrétiens, disent-ils, ne sont pas « du monde », refusent de voter ou de faire leur service militaire. Ils refusent ce monde. Mais c'est qu'ils n'ont pas compris la réalité de ce que Jésus exprime dans cette prière. Nous ne sommes pas du monde, mais nous sommes dans le monde. Et nous avons à y travailler. D'ailleurs, quand Dieu crée ce monde, la Bible, plusieurs fois, nous dit que «Dieu vit que cela était bon». Le même évangile de Jean insistera pour nous dire que «Dieu a tant aimé ce monde qu'il lui a donné son Fils». Dieu l'aime, ce monde. Pourquoi le mépriserions-nous ?

 

Soyez saints

 

            Nous avons à aimer ce monde tel qu'il est, aujourd'hui. Mais pas en acceptant tout ce qui se passe dans ce monde ; mais pas en tolérant les soi-disant «valeurs» de ce monde. On ne peut pas tout bénir. On ne peut pas accepter un monde qui préfère les rapports de force à l'amour des autres, le bien-être personnel à la vie des autres, la richesse aux valeurs de la communication, de l'échange... un monde qui a sécrété les lois de l'économie jugées comme sacro-saintes et qui asservissent l'homme parce qu'elles sont l'expression d'une lutte pour la domination. C'est tout cela que Jésus veut nous dire quand il dit : «Vous n'êtes pas du monde». Nous n'avons pas le même esprit, nous n'avons pas la même mentalité, ou alors, c'est que nous ne sommes pas disciples de Jésus.

            «Vous n'êtes pas du monde», cela veut dire que vous êtes différents. Une fois de plus, je vais rabâcher, mais je constate que la traduction qui nous est donnée de ce passage d'évangile n'est pas juste. Deux fois, on traduit par «consacre-les dans la vérité» l'expression grecque qui est : «sanctifie-les par la vérité». Pourquoi ? Je n'en sais rien. Mais sanctifier, je sais ce que cela veut dire. Dans la Bible, Dieu seul est saint. Ce qui signifie, au sens littéral du mot, qu'il est différent : différent des autres dieux que les hommes ont imaginés, différent donc de tout ce qu'on peut nous-mêmes imaginer quand on pense à lui. Il est le «Tout-Autre». Etre sanctifiés, c'est devenir comme Dieu. La Bible dit : «Soyez saints car moi-même je suis saint». Ce qui veut dire que le chrétien doit être différent. Il doit manifester sa différence. Ce qui ne veut pas dire que nous allons jouer les originaux, les farfelus. Ce qui veut dire que nous aurons à manifester - et «le monde» nous en voudra, nous rejettera pour cela, parce que c'est trop gênant - nous aurons à manifester des refus. Refus de certaines formes de pouvoir. Refus de la violence, refus du profit pour le profit, refus de la haine et de la vengeance, etc. Vous allez ainsi manifester votre différence.

            Et si vous faites cela, certes, vous ne serez pas très bien considérés, vous n'aurez peut-être pas de très bonnes situations, mais vous trouverez une richesse infiniment plus grande : vous trouverez la joie. «Celui qui fait la vérité vient à la lumière». Soyons de ceux-là.

 

Père Théo. BAYE !

 

 

 

Par Théophile Baye
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Jeudi 21 mai 2009 4 21 /05 /Mai /2009 01:14

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 16, 15-20

Ascension ?

 

            Voilà une fête qui tombe en semaine et qui risque, de ce fait, de perdre de son importance, d’autant plus qu’elle permet à de nombreuses entreprises, à de multiples administrations, de s’octroyer un grand « pont ». Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas propice à la réflexion sur la signification de l’événement. Or nous le proclamons chaque fois que nous disons le Credo, cet événement : Jésus « est ressuscité, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu. » Encore faut-il bien comprendre ce dont il s’agit. Qu’est-ce que cela veut dire, pour nous aujourd’hui : Jésus est monté aux cieux ?

            Il ne s’agit pas, bien sûr, d’une ascension au sens habituel du terme, comme lorsqu’on parle de l’exploit d’un alpinisme. Nous le savons bien : l’expression « les cieux » est une manière propre au judaïsme antique pour désigner Dieu. Je préfère donc dire que Jésus a disparu aux regards de ses amis, après leur avoir donné ses dernières consignes.

 

Une présence

 

            Mais ce n’est pas parce qu’on ne peut plus le voir qu’il est absent. Ce sont les derniers mots qu’il prononce : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Il faut donc nous demander quel est le mode de cette présence d’un être invisible. Et pour cela, faire appel à notre expérience. Peut-on avoir le sentiment de la présence de quelqu’un qu’on ne voit pas ? Certainement. Que de fois il m’est arrivé de rencontrer des personnes qui avaient perdu un être cher et qui vivaient avec cet être disparu une autre forme de présence. De même, on sait très bien qu’on peut vivre, avancer dans l’existence, progresser même grâce à une parole entendue un jour et qui nous a marqués pour le reste de nos jours. Ces formes diverses de présence ne sont pas illusoires. Qu’en est-il pour les témoins de l’Ascension ?

            Ils le disent : ce Jésus qui a marché à leurs côtés, qu’ils ont vu, entendu, touché, ils expérimentent sa présence sous une autre forme. Plus intime. Infiniment plus profonde et plus réelle que la précédente. Il était avec eux, et le voici qui, maintenant, est en eux. Au plus intime d’eux-mêmes. Certes, il l’avait promis. « Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera, nous viendrons en lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » Ils n’avaient pas bien compris, alors. Mais voici que c’est maintenant une réalité. C’est son « Esprit » qui les anime. Une animation pleine et entière : il parle et agit en eux, par eux. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi », écrit saint Paul.

 

Parabole, figure géométrique

 

            Saint Luc décrit cette expérience en un double mouvement spatial. Vertical : Jésus « monte aux cieux » s’élève et une nuée le cache aux regards des témoins. Horizontal : les mêmes témoins s’en vont annoncer la bonne nouvelle. Ils iront dans le monde entier. Jésus n’est plus visible, mais par leurs mains, leurs yeux, leurs lèvres, leurs pieds, leur cœur, il continue à aimer, à rencontrer et à sauver tous les hommes.

            L’Écriture nous décrit le destin du Christ sous la forme géométrique d’une parabole. En la personne de Jésus, Dieu descend, s'abaisse, au ras de la créature, s’abaisse encore au plus pauvre de la condition humaine : vivant en esclave et mourant de la condition d’esclave, sur une croix. C’est après avoir atteint ce niveau le plus bas qu’il va être élevé, passant de la mort à la vie, de la condition d’esclave à celle de Seigneur « devant qui tout genou fléchit, au ciel et sur la terre. » Quand nous disons que Jésus « est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu », nous disons la fin de la trajectoire, l’aboutissement de la « parabole ». L’achèvement de l’Incarnation. Et cela donne sens à notre destin de baptisés. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu », écrit saint Irénée. Assis à la droite de Dieu, avec tout son poids de chair et d’humanité, Jésus nous divinise. Il nous fait partager l’amour de Dieu. Et avec nous, tout l’univers est transfiguré, car nous sommes « poussières d’étoiles. » Saint Léon le Grand écrit que « l’Ascension du Christ est notre promotion. »

            Dans le Christ total, la tête est déjà en Dieu. Les membres, quant à eux, vous et moi, bénéficions déjà de cette gloire et de ce bonheur. L‘Ascension est la fête de l’espérance. Là où la tête est passée, le corps tout entier passera. Nous sommes tous envoyés en mission, chargés d’annoncer la Bonne Nouvelle : notre destinée, c’est l’éternité glorieuse des fils de Dieu, la réussite de l’humanité.

Père Théo. BAYE !

 

 

Par Théophile Baye
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /Mai /2009 00:00

Maintenant, je vous appelle mes amis

 Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 15, 9-17

J’ai mis longtemps à comprendre cette parole de l’Évangile : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres ». Pour moi, en effet, l’amour, cela ne se commande pas. C’est quelque chose de libre, de spontané. On ne peut pas forcer quelqu’un à aimer. Le propre de l’amour, c’est justement d’être une démarche libre. Aussi, comment accepter cette parole d’Évangile, ce commandement que Jésus répète de nombreuses fois, ce « commandement nouveau » : aimez-vous les uns les autres ?

            Je crois que, maintenant, je commence à comprendre. Et je voudrais essayer de vous expliquer cela le plus simplement possible.

Un commandement ?

            Si vous aimez quelqu’un d’aimable, ou quelqu’un qui vous a rendu service, ou quelqu’un qui est beau, qui plaît, il est possible que ce soit de l’amour. Mais il est également possible que ce n’en soit pas. Ce n’est pas sûr que ce soit de l’amour, en ce sens que l’amour est quelque chose de durable, que « l’amour rime avec toujours ». Ce peut être quelque chose de simplement naturel. Il est naturel d’aimer quelqu’un qui vous aime. On n’a pas besoin de se forcer. Mais ce n’est pas sûr qu’il s’agisse d’un amour vrai, au sens où l’entend Jésus. Par contre, si vous aimez quelqu’un qui n’est pas aimable, ou quelqu’un qui vous a fait du mal, alors, vous pouvez dire qu’il s’agit d’un véritable amour. C’est pourquoi les théologiens expliquent que l’amour humain est du ressort de la volonté, et non pas seulement un sentiment instinctif.

            Prenons l’exemple d’un couple. Ils viennent de se marier. Ils se regardent les yeux dans les yeux, ils envisagent l’avenir avec joie, tout va très bien. C’est peut-être de l’amour, mais ce n’est pas sûr. Ils n’ont pas encore vérifié la qualité de leur amour. Les semaines, les mois, les années passent. Un soir, il rentre énervé, fatigué, ils se querellent, on se fait la tête. On ne se parle plus. Lui se demande : « Est-ce qu’elle m’aime encore ? » Elle, de même, se dit : « Je n’arrive plus à le comprendre ». Au bout de 48 heures, il lui demande : « Pardonne-moi ! » Et elle pardonne. Là, il commence à y avoir un amour vrai. On a la pierre de touche pour vérifier la qualité d’un amour : on s’est demandé pardon, on s’est pardonné. Je pense que beaucoup d’entre vous, dans l’histoire de leur couple, ont connu cela. La pierre de touche d’un véritable amour, c’est le pardon mutuel, souvent répété. Et là, il ne s’agit plus de gestes instinctifs, de simples sentiments, d’attirance naturelle : il y a un effort de volonté.

Difficile !

            Il faut dire que nous avons été élevés autrement. Il faut dire également que c’est difficile de pardonner. Le plus souvent, dans le couple, cela se passe autrement ! « Tu m’as fait çà ! Moi, je te revaudrai cela. Moi, je n’oublie pas ». Combien de fois, parlant à des fiancés, j’ai demandé au garçon : « Et si ta femme te trompe, qu’est-ce que tu feras ? » La réponse venait immédiatement : « Je lui en ferai autant ! » Oui, nous avons été élevés dans l’idée qu’il ne fallait pas se laisser faire. Je crois qu’il y a tout un retournement à faire en nous pour arriver à l’amour.

            Ce que je viens de dire de l’expérience du couple, vous pouvez l’appliquer à tous les types de relations possibles. Aussi bien dans la vie de famille que dans la vie de quartier, dans les entreprises ou dans la vie civique. Si personne ne pardonne, c’est la loi de la jungle. Si on ne pardonne pas, on tue. Et Dieu sait s’il y a des divorces qui ne sont pas seulement la séparation d’un homme et d’une femme, mais la séparation de groupes humains, de familles entières, dans nos cités ou dans nos entreprises, parce qu’on n’a pas appris à aimer vraiment. Parce que des hommes et des femmes ne laissent rien passer, ne pardonnent jamais. Et cela, ça tue.

            C’est pourquoi il faut accepter le commandement du Christ. Lui, il a le droit de nous commander d’aimer. Parce que son message est la parfaite expression de ce qu’il a vécu. Il nous dit : « Aimez vos ennemis ». Il ne nous dit pas : « N’ayez pas d’ennemis » ! Tout le monde en a, plus ou moins. Il y a des gens qu’on ne peut pas supporter, ou qui ne peuvent pas nous supporter. Ce n’est pas une raison pour sortir son revolver. Jésus nous demande – et cela est beaucoup plus difficile – d’aimer nos ennemis. Il peut nous le demander, lui, parce qu’il l’a fait. En donnant sa vie pour ceux qu’il aime, et qui ne l’aiment pas : nous, nous tous, pécheurs.

            Au fond, ce commandement de Jésus, c’est quelque chose de vital. On chante parfois :

« Pour bâtir la ville, pour bâtir la ville en fête,
« Que nos mains séparées soient désormais enlacées ».

 Jésus nous invite à bâtir cette société réconciliée où il introduit la joie, la joie qui fait exister les êtres humains, la joie qui permet, dans l’amour, de faire tenir debout les hommes, de faire tenir debout la société tout entière. A nous de jouer.

Père Théo. BAYE !

 


 
Par Théophile Baye
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Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /Mai /2009 10:44

"Moi, je suis la vraie vigne"

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 15, 1-8


Rabaisser l'homme ?

Voilà encore une parole de Jésus qu'il s'agit de bien comprendre. En effet, on peut faire plusieurs lectures de ce texte, si on en extrait quelques formules, et si l'on ne le lit pas dans sa totalité. Une première lecture consisterait à n'y voir qu'une volonté, de la part de Dieu, de rabaisser l'homme. Jésus nous dit : "Sans moi, vous ne pouvez rien faire." Sortie de son contexte, cette phrase signifie que Dieu est tout, que nous ne sommes rien, que nous sommes minables, insignifiants, que notre existence ne vaut rien et que tout ce que nous faisons est inutile. D'autres extraits de ce passage d'évangile, où il est question d'être "jetés dehors", "desséchés", "jetés au feu", sont lourds de menace, si nous ne sommes pas très obéissants. Veulent-ils dire que, pour le moindre écart, on risque la mort éternelle ?

Certes, nous sommes peu de chose et Dieu est tout. Mais justement, Jésus nous dit aujourd'hui la révélation essentielle : ce peu que nous sommes, Dieu lui confère grandeur et dignité, il lui donne sa propre vie, nous pouvons en faire l'expérience dès aujourd'hui.

Reliés à la source de vie.

Nous sommes en effet les seuls êtres vivants sur cette terre à pouvoir prendre conscience de ce flux de vie divine qui traverse et imprègne toute la création et chacune des créatures. Nous sommes les seuls à pouvoir méditer sur notre vocation. Reliée à Dieu, notre vie est destinée à croître et à devenir féconde, et l'unique question est alors : dans quelle mesure demeurons-nous ancrés dans nos fondements, reliés à la source de vie ?

Chaque fois que Jésus a parlé, dans les évangiles, de la relation entre l'homme et Dieu, il a utilisé des paraboles qui évoquent la croissance. Rappelons-nous l'histoire du grain de sénevé. C'est la plus petite de toutes les graines. Personne ne parierait un sou sur elle. Pourtant, elle poussera et deviendra un grand arbre. Et l'histoire du semeur : après avoir semé, il ne sait pas ce qu'il adviendra des graines. La semence pousse sans son intervention. Nous pourrions de même vivre notre relation à Dieu de façon aussi homogène, solidaire et harmonieuse. Il suffit de ne pas faire obstacle à la volonté de Dieu, de ne pas empêcher le divin de s'épanouir en nous. Pas besoin d'en "faire" plus.

Dieu est plus grand que notre cœur.

Il n'y a pas de meilleure explication de ce passage de l'évangile sur la vraie vigne que ces quelques paroles extraites de la première lettre de saint Jean : "Frères, devant Dieu nous apaiserons notre cœur, car même si notre cœur venait à nous condamner, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît tout."

Certes Dieu connaît tout. Mais n'allons pas faire de lui une sorte de surveillant général, un inquisiteur qui nous épie sans cesse. Il s'agit en réalité, de notre plus ferme espoir : quand nous ne savons plus où diriger nos pas, Dieu saura nous guider. Nous sommes tellement ignorants de notre propre vie ! Nous sommes si peu lucides sur nous-mêmes ! Mais Dieu, qui connaît tout, sait comment nous avons été modelés, à quel point nous avons été conditionnés, combien notre enfance nous a marqués, comment nous avons grandi. La plupart des choses se sont produites à notre insu, le principal nous est caché. Notre Créateur est meilleur juge que nous. Il ne regarde pas en spectateur les actions que nous accomplissons, il nous voit avec les yeux de la bonté, car il nous a créés par amour. Il nous voit avec les yeux de la patience, car il a attendu toute une éternité notre arrivée dans l'existence. Et il aimerait que nous nous regardions, comme lui, avec un regard de bonté et de patience. Nous pouvons lui faire confiance, jamais il n'utilisera sa clairvoyance pour nous faire du mal. Il désire simplement que ta conscience s'éveille, que ton sarment porte du fruit. Dieu est plus grand que notre cœur : cela nous engagera à cultiver notre noblesse d'âme et à devenir plus accueillants, vis-à-vis de nous comme vis-à-vis de nos semblables.

Merveilleuse promesse !

Plus nous explorons les racines de notre existence, plus notre sarment porte du fruit. Peut-être nous sentirons-nous souvent petits, misérables, desséchés et racornis. Pourtant, cet émondage aura pour effet de concentrer nos forces en profondeur. Cet évangile se termine par cette magnifique affirmation : "Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera." Cette promesse nous laisse envisager la perspective qu'un jour ne vivra plus dans notre cœur que l'essence divine. Ce que nous demanderons avec ardeur, ce ne seront jamais des choses, mais, fondamentalement, l'aptitude à vivre selon la volonté de Dieu. Et cela, il est prêt à nous l'accorder.

Père Théo. BAYE !

 

 

Par Théophile Baye
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Samedi 2 mai 2009 6 02 /05 /Mai /2009 00:00

 

Je suis le bon pasteur

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10, 11-18.

Dépasser l'image

 

            C'est difficile de dire Dieu. Parce que toutes les images que l'on peut employer risquent de fausser un peu, et même beaucoup, la réalité. Ce ne sont que des images : il faut les prendre pour ce qu'elles sont, sans nous laisser accaparer par l'image, mais au contraire pour la dépasser et aller à la réalité.

            Jésus lui-même, toute sa vie, a employé des images pour se dire. Des images plus ou moins parlantes, d'ailleurs. Il nous dit : «Je suis le pain de vie». On comprend bien que le pain, c'est la nourriture qui procure la vie. Quand il dit : «Je suis la vraie vigne», c'est déjà plus difficile à saisir. Aujourd'hui, il emploie une image qui était très parlante de son temps. Il dit : «Je suis le vrai berger». Dans une civilisation rurale, où le troupeau était quelque chose d'essentiel à la survie, les bergers avaient une importance considérable, à tel point qu'on avait déjà fait une transposition, et du berger qui conduit son troupeau de moutons, on était passé, pour dire le roi, ou les chefs politiques, ou les guides spirituels du peuple, à l'image du berger. Le roi était le « berger de son peuple ».

 

Inverser l'image

 

            Jésus s'applique à lui-même cette image. Mais cette image n'est pas sans inconvénients. Si l'on veut bien comprendre Jésus, il faut y réfléchir. Premier inconvénient : c'est que dans la réalité, ce sont les brebis qui donnent leur vie pour le berger. Il les tond, file et tisse leur laine pour en faire des vêtements, il les trait pour boire leur lait et faire du fromage, il les engraisse enfin pour les manger. Alors, qu'est-ce que cela veut dire, Jésus qui annonce qu'il « donne sa vie pour ses brebis » ? D'où deuxième difficulté : il donne sa vie, il connaît ses brebis, il les conduit, il les rassemble... Il en fait trop ! Où est notre liberté, notre initiative, dans tout cela. Est-ce que l'idéal du chrétien est d'être obéissant, docile, infantilisé ? Il fait tout pour nous: serions-nous un troupeau de moutons ? Vous voyez donc comment l'image elle-même peut être dangereuse.

 

Le traitement pascal

 

            Pour bien la comprendre, je crois qu'il faut lui faire subir ce qu'un spécialiste appelle le «traitement pascal». C'est-à-dire que les images appliquées à Jésus, et même le mot «Christ», «Messie», ces images ne sont compréhensibles et n'ont valeur pour dire la personne de Jésus que si elles ont subi le traitement pascal, c'est-à-dire dans la mesure où l'on ne retient comme centre de la mission de Jésus que sa mort-résurrection.

            Je le dis souvent : je regrette qu'on ait découpé les évangiles des dimanches en toutes petites tranches, comme si les chrétiens ne pouvaient pas en entendre davantage, comme si, au fond, on les prenait pour des moitiés de débiles. Aujourd'hui par exemple : si nous relisons quelques lignes plus haut l'allégorie du bon berger, nous entendons le Christ nous donner une autre image, très parlante également, du bon berger : il est celui qui « fait sortir » son troupeau (pour les conduire dans de verts pâturages). Cette image fait allusion, pour ceux qui ont un minimum de culture biblique, à la grande sortie, à la libération de la captivité d'Egypte, à la Pâque. Voilà donc Jésus, vrai berger, qui ouvre les portes d'une vie fermée sur elle-même, d'une vie close par la mort, pour nous mener vers la vie, nous libérer. C'est tout l'inverse du berger qui profite de son troupeau. Par sa mort et sa résurrection, Jésus fait de nous un peuple d'hommes libres. Nous le chantons d'ailleurs. Encore faut-il que ce soit vrai, et donc que l'idéal pour nous chrétiens ne soit pas d'être des enfants, des disciples bien sages. L'image de la liberté que le Christ nous donne va nous permettre d'aller à Dieu et de le connaître. Je voudrais insister un peu là-dessus.

 

"Comme mon Père..."

 

            « Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, nous dit Jésus, comme mon Père me connaît et que je connais le Père ». Ce « comme » est très important. Quand on parle de connaissance entre des personnes, il y a toujours une connotation d'amour. On ne peut connaître que si on aime. C'est tellement vrai que dans la Bible, quand on dit d'un homme qu'il « connaît » sa femme, çà veut dire qu'ils ont des relations sexuelles. La connaissance de l'autre, c'est toujours une connaissance amoureuse. En Dieu, c'est déjà cela : la relation Père-Fils les fait exister. On dit de Jésus, dans le Credo : « Engendré, non pas créé ». Et cette relation d'amour fait qu'ils ne sont plus qu'un. C'est dans cette intimité amoureuse que le Christ nous introduit par sa mort-résurrection.

            A nous de choisir, d'accepter ou non. A partir du moment où nous entrons dans cette intimité amoureuse, nous devenons, comme dit la première lettre de Jean, « enfants de Dieu ». Ce n'est pas une « parole verbale », ce n'est pas une image, c'est une réalité. Devenir Dieu, devenir des êtres divins : c'est cela, la vie éternelle. Là encore, voilà un mot qu'on emploie à tour de bras, sans en voir la richesse. La vie éternelle, elle est déjà commencée, pour chacun de nous. C'est une vie de relation amoureuse, non seulement entre Dieu et nous par Jésus Christ, mais également entre nous, qui sommes frères. Pour cela, il faut sans cesse travailler à approfondir notre connaissance mutuelle, affectueuse, chaleureuse même, entre nous, et avec Dieu. Cette image du berger peut être parlante, pour chacun de nous, si nous la vivons comme Jésus veut nous la faire vivre : dans une relation d'amour fraternel et d'amour filial.

Père Théo. BAYE !

 

 

 

 

Par Théophile Baye
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