Vendredi 9 mai 2008

"La paix soit avec vous !"

 Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20, 19-23 

Vieux comme le monde

La fête de la Pentecôte, c'est une fête vieille comme le monde. Elle date de plusieurs dizaines de siècles avant Jésus, avant le peuple hébreu. Au point de départ, c'est simplement la fête de la moisson. Au moment de la Pentecôte, on vient offrir la première gerbe à la divinité. Le peuple hébreu a hérité de cette tradition. Il offre chaque année la première gerbe de la récolte de blé à Yahweh. Mais en même temps, il va donner à cette fête une autre signification il va dire qu'elle lui rappelle un souvenir historique. A la Pentecôte ; cinquante jours après la Pâque, il va commémorer le jour où Dieu a donné sa Loi à son peuple sur le mont Sinaï, le jour où s'est conclue une alliance entre Dieu et le peuple hébreu, le jour où ce peuple a été constitué comme le Peuple de Dieu. C'est un peuple nouveau qui s'est constitué ce jour-là, et on va faire une grande fête, le jour de la Pentecôte.

Le nouveau peuple de Dieu

Ce n'est pas pour rien que Luc situe la venue de l'Esprit-Saint le jour de la Pentecôte. Il veut nous dire, en faisant référence à la constitution de l'ancien peuple de Dieu, que le nouveau peuple de Dieu est né de l'Esprit, un matin de Pentecôte, à Jérusalem. Mais je ne sais pas si vous avez remarqué que nous venons de lire deux textes, l'un des Actes, l'autre de l'Évangile de saint Jean, qui situent la venue de l'Esprit à des moments différents. Pour les Actes, l'événement a eu lieu le jour de la Pentecôte, alors que saint Jean situe le même événement le soir de Pâques. Cela ne doit pas nous étonner : on trouve dans les textes la relation d'un grand nombre de venues de l'Esprit-Saint, sur les apôtres, sur un groupe de disciples, et même sur des païens : alors que Pierre parle de Jésus au centurion Cornélius, qui est un brave païen, et à sa famille, l'Esprit vient sur eux, bien qu'ils ne soient encore pas baptisés. L'Esprit est libre, et c'est ce que veut dire Luc dans le récit des Actes. Il situe la venue de l'Esprit le jour de la Pentecôte parce qu'il veut faire référence à la création du nouveau peuple de Dieu, alors que Jean situe le même événement au soir du " premier jour de la semaine ", parce qu'il veut évoquer une nouvelle création du monde.

Du concret !

Pour bien comprendre qui est l'Esprit-Saint - et nous pouvons déplorer qu'il soit toujours le grand méconnu - il faut d'abord se rappeler une chose : dans les langues sémitiques, chez les Hébreux comme chez les Arabes aujourd'hui, il n'y a pratiquement pas de mots abstraits. L'esprit, cela n'existe pas. Pour dire l'esprit, on emploie des mots concrets. On va employer deux mots pour désigner l'esprit. On va dire, d'abord, le vent, et ensuite, le souffle, la respiration, donc la vie. Rappelez-vous, au chapitre 2 de la Genèse, quand Dieu crée l'homme en le modelant avec de la terre : la Bible nous raconte que, pour donner vie à cette statue, Dieu a soufflé dans ses narines. C'est ainsi qu'il lui a communiqué la vie, sa vie. L'Esprit donne la vie, l'Esprit est la vie même de Dieu. On retrouve cela tout au long de la Bible. Dans le livre de l'Exode par exemple, quand on raconte la sortie d'Égypte, et que le peuple arrive devant la Mer Rouge, on nous dit que Dieu envoya son souffle - un vent d'Est - pour faire refluer les eaux de la mer. C'est le souffle de Dieu qui, non seulement donne la vie, mais permet la libération de l'homme. Prenons un autre exemple, pour vous dire comment ce langage biblique est concret. Au moment du déluge, quand l'arche de Noé flotte sur les eaux, Dieu envoie son souffle, et les eaux baissent, jusqu'à ce qu'on retrouve la terre ferme. C'est l'esprit de Dieu, le souffle, la respiration, la vie de Dieu, qui sauve, qui libère, qui recrée ce nouveau peuple, à partir de Noé et de sa famille, après la catastrophe. On retrouve déjà cela à la première page de la Bible, où l'on nous dit que " la terre était informe et vide et que l'esprit (le souffle) de Dieu planait sur les eaux " pour séparer les mers de la terre ferme et permettre ainsi à la vie d'apparaître sur la terre.

L'Esprit à l'œuvre

Toutes ces images, dans ce langage très concret, veulent nous dire une seule chose : l'Esprit de Dieu, la vie de Dieu, est ce qui permet à l'univers, au cosmos, d'exister. La matière elle-même n'existe que créée par l'Esprit. Il " remplit l'univers ". Donc, également, il travaille au cœur de l'humanité pour lui donner vie, la constituer en peuple uni, la libérer. Mais voilà ! Chez les hommes, il y a la liberté. Et nous ne sommes pas guidés, conduits, comme des marionnettes. L'homme est libre. Il y a en lui, comme dans toute l'humanité, depuis le début, une immense aspiration à se libérer de toutes les contraintes, de tous les déterminismes, de toutes les forces de la nature qui empêchent l'homme d'exister et de réussir sa vie. Nous, on ne le sait pas assez, car nous vivons dans des civilisations où l'on a aménagé toutes les sécurités possibles ; mais il faut nous rappeler toute la lutte des hommes contre les " éléments du monde " (Saint Paul), contre la nature déchaînée (encore aujourd'hui, il suffit d'une tornade pour faire des centaines de milliers de victimes.) Ce faisant, l'homme est animé par l'Esprit. Mais il n'y a pas que les éléments qu'il a réussi à maîtriser. Il lui a fallu - et il lui faut encore - se battre contre toutes les forces qui empêchent l'humanité d'arriver au bonheur : la guerre, la violence, l'injustice, bref, le péché. Là, l'Esprit est à l'œuvre. Pas seulement dans l'Église. Il n'est pas limité par des structures. Il n'est pas limité par le sacrement du baptême ou de la confirmation. Il agit dans le cœur et dans l'esprit de tous les hommes de bonne volonté, de tous ceux qui ne refusent pas son action vitale et libératrice. Simplement, pour les baptisés-confirmés, il y a un " plus " : ils peuvent le " nommer ", le reconnaître à l'œuvre, en eux et dans le monde. Et s'ils le reconnaissent, ils peuvent travailler avec lui à toutes les œuvres de progrès, de réussite. Là, nous savons qu'il agit, qu'il travaille.

D'où, pour nous, une seule nécessité, un seul besoin : vivre de l'Esprit. Et je crois profondément qu'il est, hélas, le grand méconnu. On dit Dieu, un Dieu vague, impersonnel. Mais Dieu, c'est la vie. Dieu, c'est la puissance de libération pour l'humanité tout entière. Comment travailler avec lui ? Comment le reconnaître ? Simplement en le priant. Pas seulement le jour de la Pentecôte, mais tous les jours de notre vie. Alors, nous verrons qu'il " renouvelle la face de la terre. "

Père Théo. BAYE !

 



par Théophile Baye
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Samedi 3 mai 2008


"J'ai fait connaître ton nom"

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 17, 1-11

Une bonne retraite !

Au matin de l'Ascension, avant de quitter ses amis, Jésus leur donne une dernière consigne : "Allez, annoncez la Bonne Nouvelle à Jérusalem, en Judée, en Samarie, et jusqu'au bout du monde." Or, que font les apôtres ? Ils vont s'enfermer dans la chambre haute, au Cénacle, là où ils avaient pris le dernier repas avec Jésus avant son arrestation. Il faut reconnaître qu'ils avaient besoin de cette retraite de dix jours dans l'attente de l'Esprit que Jésus leur avait promis. Ils en avaient besoin, pour se redire entre eux tous les faits et gestes du Christ. Ils en avaient besoin surtout, je crois, pour "digérer" ces paroles lourdes de sens : nous venons d'en entendre une partie, dans l'évangile d'aujourd'hui. Un extrait de son "testament". Je ne sais pas comment, ce matin, vous les avez reçues. Peut-être d'une oreille distraite, ou peut-être, cherchant à leur prêter attention, en vous disant que ce discours passait au-dessus de nos têtes. C'est évident : elles sont tellement chargées de sens qu'il faudrait du temps pour "déguster" chacune de ces phrases. En tout cas, je pense que c'est cela qu'ils ont fait, dans l'attente de l'Esprit Saint, jusqu'au jour de la Pentecôte. Et nous aussi, ce matin, nous sommes comme les apôtres. Et si nous prenons maintenant quelques minutes pour laisser entrer en nous l'une ou l'autre de ces paroles, ce n'est pas du temps perdu.

Dénigrer... ?

Nous allons simplement évoquer ce mot de Jésus, qui revient sans cesse dans ce passage : le mot "glorifier". Jésus demande à son Père de "le glorifier comme lui-même l'a glorifié." Qu'est-ce que cela veut dire ? Je crois que, dans l'esprit du Christ, le mot "glorifier", c'est le contraire de ce qu'on pourrait appeler le dénigrement. Dénigrer quelqu'un, c'est dire du mal de lui, d'une manière fausse, c'est le calomnier, pour lui faire du mal. Il y a eu dénigrement, au point de départ, dans l'histoire de l'humanité. C'est ce que raconte le chapitre 3 de la Genèse : l'histoire, la fable du serpent qui parle, de l'homme, de la femme, de l'arbre au milieu du jardin et du fruit qu'il est interdit de manger. Vous connaissez tous cette histoire. Elle nous dit quelque chose de très important : au début du monde, l'esprit du mal est entré dans l'esprit des hommes pour calomnier Dieu. Il leur a présenté Dieu comme celui qui est un Dieu jaloux, un Dieu pervers, qui ne veut pas le bonheur des hommes, qui veut les maintenir dans un certain infantilisme. Et le serpent offre la connaissance vraie de Dieu : il suffit pour cela de "manger du fruit défendu", c'est-à-dire se faire soi-même dieu.

Ou glorifier ?

Cette image de Dieu, nous l'avons tous dans nos têtes. Nous sommes tous l'homme et la femme de ce récit. Nous sommes marqués par cet esprit du mal. Et il nous arrive à nous aussi de dire Dieu, de penser Dieu comme un Dieu qui punit, qui surveille, un Dieu jaloux de la liberté de l'homme. Or Jésus vient pour, nous dit-il, "glorifier le Père", c'est-à-dire nous restituer la seule image vraie de Dieu. Il dit : c'est moi, la seule image de Dieu. Regardez-moi : j'ai glorifié le Père. Par ma vie et par ma mort, j'ai glorifié le Père. Dieu n'est pas celui que vous croyez. Dieu, c'est l'Amour. Et Dieu - cela va même jusque là - il "se tue" à vous dire qu'il est amour. Et c'est tout le sens de la Passion : Dieu qui se tue à montrer son amour en donnant sa vie.

Le temps du désir !

Le Christ ajoute : Mes disciples connaissent Dieu comme ils me connaissent. Réfléchissons un instant : nous sommes les disciples de Jésus. Quelle connaissance avons-nous du Dieu de Jésus-Christ à travers l'image qu'il nous en donne ? Certes, nous avons la connaissance que nous avons acquise au catéchisme. Cela ne va pas très loin, mais c'est important. Nous avons un autre moyen de connaissance : la lecture de l'Evangile. C'est vrai. Mais, vous le savez bien, il faut, pour connaître une personne, dépasser toute connaissance livresque. On n'apprend pas à connaître une personne à travers un livre. Au point de départ de la connaissance d'une personne, il y aura toujours un désir. le désir de la rencontrer, de la fréquenter. Si elle ne m'intéresse pas, je n'aurai pas le désir de la connaître. Ce sera mon voisin, mon camarade de classe, mais un inconnu pour moi. Pour apprendre à la connaître, il faut, au point de départ, le désir de l'autre. Et tout cela, vous comprenez, ne peut pas se faire par des livres. Cela ne peut même pas se faire par des sermons. La fréquentation d'une personne, c'est à longueur de vie qu'elle se fait plus vraie, plus profonde. Un homme et une femme qui s'aiment, c'est toute leur existence qu'ils apprennent à se découvrir. Eh bien, c'est comme cela avec Dieu. C'est tout au long de notre existence que nous allons le fréquenter, être proches de lui, à la messe chaque dimanche, par la communion, dans la prière. C'est là surtout, dans ce dialogue incessant entre Dieu et moi, que j'arriverai à entrer dans son intimité. Parce qu'il me parle. Je peux l'entendre et lui répondre. Lui parler de ma vie, de la vie du monde, confrontées à cette Parole qu'il m'adresse.

Des fréquentations.

Vous voyez dans quel sens je peux apprendre à le connaître. Et la connaissance que j'aurai de Dieu va se refléter dans ma vie. Parce que dans cette fréquentation va jouer un phénomène de mimétisme : je vais Lui ressembler. C'est frappant de voir comment des gens qui se sont fréquentés longtemps arrivent à se ressembler, même parfois physiquement. Celui qui aime épouse les manières d'être de l'autre, tant son admiration est grande pour cette personne. J'ai rencontré des jeunes qui avaient, inconsciemment, copié l'écriture d'un adulte qu'ils admiraient. De même, par notre fréquentation du Christ, nous en arriverons à ressembler au Dieu dont il est l'image visible. Tu ne peux pas dire que tu es son disciple si tu as de la haine pour quelqu'un. Tu ne peux pas dire que tu aimes le Christ si tu méprises les hommes. Tu ne peux pas dire que tu fréquentes le Dieu de Jésus-Christ si tu te venges, si tu ne sais pas pardonner.

Je le redis une fois de plus : nos contemporains n'ont pas d'autre manière de connaître Dieu que de regarder les chrétiens. C'était déjà le sens de la réflexion d'un des premiers Pères de l'Eglise, Irénée, évêque de Lyon, martyr au IIe siècle. C'est lui qui a écrit : "La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la gloire de Dieu." Frères, soyons la "gloire", c'est-à-dire la manifestation du Dieu d'Amour.

Père Théo. BAYE !

 

par Théophile Baye
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Vendredi 25 avril 2008

"Vous, vous le connaissez,"

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 15-21

Un testament

 

Ce qu'on appelle le "Discours après la Cène", ce sont les chapitres 14 à 17 de l'Evangile de Saint Jean. L'évangéliste y a ramassé, condensé toute une série d'enseignements de Jésus, enseignements qu'il avait donnés un peu avant son départ. C'est comme le testament de Jésus. Et, vous le savez, quand quelqu'un fait son testament, il essaie d'y mettre tout ce qu'il a de plus précieux dans sa vie, dans ce qui fait son existence. Jésus, lui aussi, avant de quitter visiblement cette terre, nous a laissé, à chacun de nous, ce testament, ces paroles si précieuses. Des phrases très condensées, où tout compte.

Qu'est-ce qu'il nous dit, aujourd'hui, dans ce court extrait de son testament ? Au début et à la fin de ce passage, il nous dit : "M'aimer, moi Jésus, cela veut dire obéir aux commandements." On peut inverser la formule, et, d'ailleurs, Jésus lui-même l'inverse. Il ajoute : "Obéir aux commandements, c'est m'aimer. M'aimer, moi. Celui qui aime garde mes commandements. Celui qui garde mes commandements vit dans l'amour. Il vit en moi."

Dans cet extrait du testament, il nous dit une deuxième chose : "Je vous donne mon esprit." Et, je ne sais pas si vous l'avez remarqué à l'audition de ce passage, l'une des œuvres de l'Esprit, le signe de l'efficacité de l'Esprit de Jésus en nous sera manifesté par une chose qui revient sans cesse dans ce texte : "Vous me verrez vivant." Plusieurs fois revient le mot "voir". Or, il se trouve que non seulement les enfants, mais nous aussi les adultes, nous pensons bien souvent qu'il nous serait plus facile de croire si nous pouvions voir. Or, Jésus insiste plusieurs fois dans ce texte : si vous êtes remplis de l'Esprit, si vous êtes capables de laisser l'Esprit vous transformer, vous me verrez vivant. Le monde est incapable de me voir. Mais vous, croyants, vous pouvez me voir." Qu'est-ce que cela veut dire ?

Voir Jésus vivant

Je pense qu'il ne s'agit pas de voir avec nos yeux de chair. Ce serait trop simpliste : il n'y aurait pas besoin de foi. D'ailleurs, je vous le dis souvent : pour croire, il ne faut pas voir, sinon c'est une évidence. Ce n'est plus la foi. Mais qu'est-ce que c'est que cette vision intérieure ? Qu'est-ce qui fait qu'on peut dire du croyant qu'il vit "comme s'il voyait l'invisible" ? C'est de cela que parle Jésus : entrer, grâce à l'influence de l'Esprit, dans une telle intimité avec Jésus que l'on puisse voir, de toute évidence, la présence agissante du Christ dans notre vie personnelle et dans la vie de notre monde.

Il y en a un bel exemple, je crois, dans le récit des Actes des Apôtres que nous entendions tout à l'heure : le récit du travail missionnaire de Philippe en Samarie. Qu'est-ce qui s'est passé ? Une persécution. La première persécution contre les disciples de Jésus, après sa mort et sa résurrection. Ça se passe à Jérusalem, où l'on commence à remarquer le petit groupe des frères. Parmi eux, un nommé Etienne, qui s'efforce de convaincre les Juifs que toute la Bible ne prend sens qu'en la personne de Jésus. Les Juifs ne veulent pas en entendre parler. Etienne, c'est un intellectuel. Ses interlocuteurs sont incapables de répondre à ses arguments. Le Sanhédrin le condamne et Etienne est lapidé. Immédiatement, nous dit le livre des Actes, la persécution se déchaîne. Raisonnablement parlant, humainement parlant, on pourrait pronostiquer la fin de cette petite secte de gens qui croient en un homme, Jésus, qui est redevenu vivant après être passé par la mort. Et c'est bien cela, le projet des autorités juives : exterminer ces gens-là, ces quelques centaines d'empêcheurs de tourner en rond. Ensuite, on n'en parlera plus. Or, les Apôtres, guidés par l'Esprit, disent immédiatement à ces frères de Jérusalem : "Allez-vous-en ! Sauvez-vous devant la tempête." Et voilà que les chrétiens vont se disséminer à travers toute la Palestine, et l'on retrouvera, quelques mois plus tard, des petites communautés de disciples dans toutes les petites villes, dans les villages, sur le bord de la mer, à Jaffa, à Césarée, en Samarie même (c'est là que se rend Philippe). On en retrouvera même à Damas, en Syrie.

On a cherché à détruire cette petite secte. Quel est le résultat ? Le christianisme s'est amplifié, s'est répandu à travers tout le pays. Bientôt même, il va germer en territoire païen. Vous voyez l'œuvre de l'Esprit ! C'est ce qui met en mouvement. C'est ce qui permet à des hommes de ne pas rester installés, de ne pas s'encroûter.

Nous, gens des vieilles chrétientés

Et je me dis parfois : nous autres, gens des vieilles chrétientés, est-ce que nous ne risquons pas aujourd'hui de dépérir, en attendant de mourir de notre "belle" mort. Il n'y a plus de persécutions, pour nous, bien sûr. C'est même bien porté d'être chrétien. Mais chrétiens installés. Chrétiens qui ne font pas trop de bruit, pas trop de vagues. Nous qui sommes ici ce matin, nous avons tous reçu un jour cet Esprit de Pentecôte qui s'est manifesté la première fois sous la forme d'un vent violent, qui ouvrait les fenêtres. Nous l'avons tous reçu. Qu'est-ce que nous en faisons ? Sommes-nous de ces gens en mouvement, capables de porter cet Esprit de liberté, de vérité, d'initiative, qui nous fera toucher du doigt l'action, la présence souterraine, aujourd'hui, du Christ vivant parmi nous, dans notre monde. Est-ce qu'au contraire, ayant évacué l'Esprit de notre vie, nous n'avons pas sombré dans la routine et la désespérance ? Est-ce que nous ne sommes pas des chrétiens installés, c'est-à-dire des gens qui ne sont plus levain dans la pâte ? Je ne voudrais pas être pessimiste. Je voudrais simplement regarder ce qu'est notre communauté d'aujourd'hui, ici, dans notre quartier. Ne pas m'adresser, ne pas nous adresser des témoignages d'autosatisfaction. Mais bien, au contraire, prier l'Esprit qui soufflait sur Philippe, sur les Samaritains, sur la jeune Église, il y a deux mille ans, l'Esprit qui est vivant et à l'œuvre aujourd'hui, pour qu'il anime nos communautés. Frères, je crois que nous ne prions pas assez l'Esprit.

Je me souviens, en disant cela, d'une scène qui s'est passée ici, il y a quelques mois. A la messe, il y avait un étranger, qui s'est présenté à moi à la fin de l'office et qui m'a dit : "Vous savez, moi, je viens d’autre quartier et je suis de l'Église de Pentecôte. Mais comme aujourd'hui je n'ai pas de moyens de transport et que je ne peux pas aller prier avec mes frères, eh bien, je viens prier avec vous." Et je crois qu'il avait envie de secouer un peu notre poussière. Il s'adressait, en sortant, aux gens qui étaient là et leur disait : "Mais, il faut prier. Il faut prier l'Esprit." Et je me suis dit : Ah, si nous avions simplement un peu de cette spontanéité qui nous ferait détruire, démolir tous nos respects humains, je suis certain que notre communauté serait plus vivante, que chacun de nous serait davantage témoin du Christ vivant, parce qu'il le verrait à l'œuvre aujourd'hui, chez nous.

Père Théo. BAYE !

 

 

 

 

par Théophile Baye
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Dimanche 20 avril 2008

"C'est le Père qui demeure en moi

"

 Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 1-12

Une route pour la vie ?

 

C'est une parole importante que le Christ nous adresse aujourd'hui. Elle rejoint en effet les préoccupations des hommes de notre époque. Plus qu'à aucune autre époque, les hommes (du moins une partie de l'humanité) pensent vivre sans Dieu, sans même que l'idée de Dieu ne les effleure. Beaucoup de philosophes, et parmi les plus importants de notre temps, ont critiqué cette idée de Dieu, ont démoli, si l'on peut dire, toute espèce de foi, qu'elle soit chrétienne ou non. Et en même temps, on sent chez beaucoup de gens, en particulier dans les jeunes générations, tout un désir, même si l'on est débarrassé de toute foi, un désir de trouver un sens, une orientation, une route pour la vie. Cela se manifeste de multiples façons : depuis ceux qui vont chercher auprès de je ne sais quel gourou, quel penseur, initiateur à une sagesse orientale, ou dans une secte quelconque, ou même dans des paradis artificiels, un sens, une valeur, une raison pour leur propre vie. Il y a quelques jours, je recevais un jeune. Il est arrivé chez moi en pleurant. Il disait : "J'en ai marre, j'en ai assez de la vie." On ne pouvait pas le consoler. Je lui ai demandé : "Mais qu'est-ce que tu attends de moi ?" Il m'a répondu : "Une seule chose : que vous priez pour moi, car moi, je suis incapable de prier." Et je vous confie cette intention de prière. Eh bien, lui aussi cherchait un sens, une orientation, une route pour sa vie. Un jeune de vingt ans ! Je me demande si nous, qui accueillons aujourd'hui cette parole de Jésus, nous ne pouvons pas la retransmettre. Non par des discours, mais par toute notre vie.

Fausses images de Dieu

Qu'est-ce que nous dit Jésus ? "Qui me voit, voit le Père." Saint Paul écrira : "Jésus est l'image visible du Dieu invisible." Je vous ai souvent expliqué que tout un courant de la pensée humaine a consisté à se fabriquer des images de la divinité. Nous-mêmes, après vingt siècles de christianisme, nous en avons encore plein la tête, de ces images de dieux inventés par les hommes. Je n'en prends qu'une, au hasard : un dieu qui "tire les ficelles", un dieu montreur de marionnettes. Je me casse une jambe, c'est la faute au "Bon Dieu". Je gagne à la loterie : merci mon Dieu ! Je caricature à peine. Réfléchissez honnêtement : nous l'avons tous dans la tête, cette image-là : "Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'arrive telle ou telle chose ?" Qui n'a pas pensé cela ? Qui ne l'a pas dit ? Eh bien, c'est une image typiquement païenne, que nous avons dans la tête. Toutes les religions l'ont cultivée. Mais justement, nous, les chrétiens, gens d'une religion révélée, la seule image de Dieu que nous ayons, c'est une image donnée par Dieu lui-même. Jésus nous dit : Cette image, ce ne sont pas des paroles. Vous n'avez qu'à me regarder vivre. Donc, essayez, en regardant vivre Jésus, à travers l'Evangile, essayez d'éliminer progressivement toutes les fausses images de Dieu dans votre esprit : un Dieu-justicier, un Dieu-surveillant, un Dieu-dépanneur, etc., toutes ces fausses images qui sont des images païennes et qui tombent à juste titre sous la critique des philosophes modernes. Voltaire disait déjà : "Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu." Ce qui ne l'a pas empêché, lui aussi, de se fabriquer de fausses images de Dieu, puisqu'il s'imaginait l'univers comme une magnifique horloge, et Dieu comme le génial horloger qui fait tout fonctionner. Encore une fausse image de Dieu qui, hélas, hante nos esprits. Non, il n'y a qu'une image de Dieu : c'est Jésus-Christ.

Un Dieu tout proche

Tous, nous avons envie de connaître Dieu. Depuis les tout-petits enfants qui, tant de fois, m'ont dit : "Si au moins une fois, je le voyais, après, je croirais." En cela, ils sont comme Philippe qui dit à Jésus : "Montre-nous le Père et cela nous suffit." Bien sûr, ce désir de le voir, de le connaître, il est en chacun de nous. Jésus nous répond : Mais c'est simple. Tu veux connaître Dieu ? Tu veux connaître son visage ? Regarde-moi. Pour cela, ouvre le Livre. Et tu vas connaître, tu vas voir agir et parler un Dieu différent de tous les dieux imaginés par les hommes. Tu ne vas pas voir un Dieu "là-haut", ni "Celui qui règne dans les cieux", comme disait Bossuet. Tu vas voir un Dieu-proche.

Je pense à Cana, par exemple. Ce qui m'émeut le plus dans la vie publique de Jésus, c'est qu'il ait commencé en allant à la noce. Et la noce, ça durait des jours et des jours, là-bas, en Galilée. Dites, il n'avait donc rien d'autre à faire ? Jésus a estimé, au contraire, que cela, c'était l'essentiel : montrer pour commencer l'image d'un Dieu-proche, d'un Dieu qui prend part à la joie des hommes et qui veut montrer par sa présence que tout ce qui est humain, les joies comme les peines, les souffrances et la mort, cela lui importe. Dieu, c'est celui qui chante avec ceux qui chantent, mais aussi celui qui pleure avec ceux qui pleurent. C'est celui qui pleure la mort de ses amis. C'est celui qui, à Naïm, met la main sur l'épaule de la pauvre veuve qui vient de perdre son fils et qui lui dit : "Ne pleure plus." Dieu, c'est celui qui, par amour pour les hommes, va tout donner.

Eh bien, si je regarde l'évangile, je ne pourrai plus être le même. Parce que cette image visible de Dieu sur la terre est contagieuse. Je vais me mettre à la reproduire. Participer. Ne pas demeurer spectateur de la vie de Jésus. Nos contemporains ne seront capables de retrouver le sens du Dieu de Jésus Christ que si chacun de nous personnellement, et nous tous collectivement, nous cherchons à devenir l'image visible, pour notre temps, de ce Dieu tout proche des hommes. Nous sommes le Corps du Christ, ne l'oublions pas. Cela veut dire que nous ne pourrons jamais nous retirer des affaires du monde. Et de même que le Christ était très proche des soucis, des préoccupations, des joies et des peines de ses contemporains, les chrétiens d'aujourd'hui, et les communautés chrétiennes, doivent reprendre à leur compte toutes ces aspirations, tous ces soucis, tous ces espoirs des hommes de notre temps. Pour manifester par leur foi une certaine assurance dans la vie, une certaine espérance dans l'avenir, une certaine joie, parce que le Christ est ressuscité. Une volonté de réconciliation et de paix entre les hommes.

On nous regarde, dans notre quartier, dans notre milieu de travail, à l'école. On dit parfois, hélas : Il est chrétien, celui-là ? Cela ne se voit pas tellement ! Et notre communauté chrétienne, que représente-t-elle, ici, dans notre quartier ? Des hommes qui vivent une certaine fraternité, oui ou non ? Des hommes qui vivent dans le souci de la paix, de la justice, oui ou non ? Des hommes qui se sentent amis de tout ce qui vit au monde, oui ou non ?

Frères, "vous êtes le corps du Christ." Images visibles du Dieu invisible. Notre responsabilité est grande. Que nos paroles, nos comportements, notre vie deviennent un reflet fidèle, une image authentique du Dieu Vivant.

Père Théo. BAYE !

 

 

 

par Théophile Baye
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Samedi 12 avril 2008

Je suis la porte des brebis.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10, 1-10 

INTRODUCTION

Poursuivant sa réflexion sur la résurrection du Christ, la liturgie de ce quatrième dimanche après Pâques nous propose l’image du berger qui est la «porte » des brebis que nous sommes. Nous réfléchirons à partir de deux points de vue : celui du berger et celui des brebis.

MON BERGER, C'EST LE SEIGNEUR

1- Les bergers d'Israël et leurs brebis
Au temps de Jésus, les bergers étaient nombreux. Ils amenaient leurs brebis dans divers pâturages où celles-ci se mêlaient les unes aux autres. C'est à la voix de chacun des bergers que les brebis reconnaissaient leur maître. Le soir venu, ils les conduisaient à la bergerie en passant par la porte. Alors les brebis étaient en sécurité. Les bergers, s'occupaient vraiment de leurs brebis. Ils en prenaient soin et il n'est pas exagéré de dire qu'ils les aimaient (voir à ce propos les paroles du prophète Nathan à David dans la parabole du berger qui ne possède qu'une seule brebis : 2 Samuel 12, et la parabole de la brebis perdue et retrouvée : Luc 15)) Ils donnaient à chacune un nom et les appelait par ce nom. Contrairement au mercenaire et encore plus aux voleurs et aux bandits qui ne s'occupaient des brebis que pour leur profit, les vrais bergers s'en occupaient pour elles-mêmes.

En contrepartie, les brebis s'attachaient à leur berger. Elles reconnaissaient sa voix, l'écoutaient et le suivaient. Il s'établissait entre les bergers et leurs brebis une sorte de relation non pas d'abord de propriétaires à un bien mais bien plutôt presque de père à enfants comme une relation familiale. Le psaume 23, qui sert de psaume responsorial pour la messe de ce dimanche, décrit bien l'attention toute particulière que les bergers portent à leurs brebis et la sécurité dans laquelle baignent les brebis grâce à cette attention : ils leur assurent la nourriture, le repos, le logement, la sécurité et la paix, la propreté, et finalement le bonheur.

Ces images bucoliques étaient parfaitement et facilement comprises par les contemporains de Jésus qui voyaient régulièrement des bergers. Les bergers d'aujourd'hui font paître leurs troupeaux dans des enclos bien protégés par des clôtures et le rapport qu'ils ont avec leurs moutons, s'il est authentique, apparaît moins comme une relation d'affection comme au temps de Jésus. Mais la beauté descriptive du psaume de même que l'allégorie de Jésus nous sont quand même facilement compréhensibles.

2- Jésus est notre berger
Le Christ ressuscité, qui est assis à la droite du Père comme nous le disons dans notre profession de foi, ne reste pas là à ne rien faire. Par la puissance de sa résurrection et par la chaleur de son amour, il s'occupe de chacun et de chacune de nous comme un bon pasteur
s'occupe de chacune de ses brebis.
Il nous a choisis de toute éternité, il nous a appelés, il nous a donné un nom à notre baptême et il s'est fait connaître à nous comme un berger qui nous aime et que pour rien au monde il ne voudrait nous perdre. Il s'intéresse à nous, il nous nourrit principalement par sa Parole et par l'eucharistie. Si nous sommes blessés ou malades, si nous sommes pécheurs, bien loin de nous abandonner, il prend un soin tout particulier de nous, il se lance à notre recherche, et, quand il nous a trouvés, il saute de joie et il prend soin de nous (voir Luc 15).


De notre côté, nous sommes ses brebis. Nous le suivons en écoutant sa voix, c'est-à-dire sa Parole. Nous ne nous laissons pas égarer par des faux prophètes, nous ne nous laissons pas entraîner sur des terrains où des idoles de toutes sortes nous font signe (désir démesuré d'argent, de pouvoir, de plaisir, etc.) qui sont autant de brigands, de bandits et de voleurs qui ne veulent pas véritablement notre bien mais bien plutôt notre malheur.


Nous reconnaissons, dans la foi et dans l'amour, que c'est le Christ qui est véritablement notre berger. Nous savons qu'avec lui nous ne nous trompons pas et que nous pouvons lui faire confiance en tout. Nous savons qu'il ne nous laissera jamais tomber et que, quoi qu'il nous arrive et quoi que nous fassions, il sera toujours là pour nous accompagner, nous soutenir, nous relever au besoin, nous aider à grandir avec Lui.

3- Nous sommes des bergers nous aussi
Nous appuyant sur notre bon Pasteur, nous sommes appelés, nous aussi, à devenir les bergers de notre prochain. C'est sans doute à cela que se réfère l'amour du prochain, qui nous est enseigné et demandé par le Seigneur.


Nous le sommes par notre témoignage de chrétiens et de chrétiennes. Les gens, rien qu'à nous regarder, peuvent trouver par notre façon de vivre des motifs utiles pour orienter leur propre vie. Ils en trouvent également quand nous nous occupons d'eux au moment où ils vivent des situations particulièrement difficiles et encore plus quand ils sont rejetés et même bannis de la société à cause de leurs méfaits ou de leurs péchés. Qui a plus besoin de berger que ces personnes blessées par la vie, que ces êtres qu'on montre du doigt et que personne ne veut aimer et que bien des gens sont portés à juger et même à condamner? L'amour du prochain, s'il veut être authentique, ne va-t-il pas jusque là? Et les véritables bergers que nous cherchons à être ne doivent-il pas se rendre aux frontières mêmes de l'amour que Jésus manifestait et manifeste toujours pour toutes les personnes et plus particulièrement pour les mal pris de ce monde et encore plus pour les pécheurs, pour les mal-aimés et les pas-aimés de nos sociétés et parfois, hélas, de nos communautés chrétiennes?

CONCLUSION

L'image du berger était très parlante au temps de Jésus. Au niveau de notre foi, elle le devient tout autant si nous considérons que le Seigneur ressuscité est toujours notre berger aimant et sécurisant, fidèle et proche de nous. Et, si nous sommes heureux d'être ses brebis, nous sommes également heureux de devenir de bons bergers pour les autres, en particulier pour ceux qui souffrent et pour ceux qui tombent.

Père Théo. BAYE !

 

 

 

par Théophile Baye publié dans : homelies
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