Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /Nov /2009 23:46

Les étoiles tomberont du ciel

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 13, 24-32

 

Incompréhensible

 

            Il faut reconnaître que cette parole de Jésus est à peu près incompréhensible pour nous. D'abord, parce qu'elle est formulée dans ce qu'on appelle le «style apocalyptique», qui était en vogue à l'époque de Jésus, mais également parce qu'elle nous dit des choses auxquelles on n'aime pas tellement penser. On sait scientifiquement, bien sûr, qu'il y aura une fin du monde. On sait par exemple que le soleil perd tous les ans un peu de sa chaleur, on sait que rien n'est éternel dans l'univers. On sait aussi qu'avec quelques dizaines de bombes atomiques bien placées, on peut détruire totalement la vie sur notre planète. Mais quant à envisager une fin du monde, et surtout à l'envisager avec les images que Jésus utilise, c'est une autre affaire.

            Pour essayer de comprendre ce que le Christ veut nous dire aujourd'hui (parce que tout évangile est une bonne nouvelle pour nous), il faut nous mettre à la place des gens qui, les premiers, ont entendu, ou lu, la Bonne Nouvelle de Jésus selon Marc.

 

Le contexte historique

 

            Marc s'adressait à la jeune communauté chrétienne de Rome, aux environs des années 65-70 de notre ère. C'est un enseignement qui a été donné, d'abord oralement, puis mis par écrit. Les premiers auditeurs de Marc viennent de connaître la persécution. Certains de leurs camarades ont été torturés et sont  morts martyrs sous Néron. Un peu partout, l'hostilité contre les chrétiens se fait jour. Par ailleurs, il y avait, comme à toutes les époques de l'histoire, des conflits, des guerres, des cataclysmes. Il y avait, en particulier, la grande guerre juive, une guerre de libération contre les Romains, guerre qui, après une période de succès, s'est terminée par la prise de Jérusalem en 70 et, en 71, par la chute de la citadelle de Massada, où les derniers combattants se sont suicidés, plutôt que de tomber entre les mains des Romains...

            Il y avait autre chose, pour les chrétiens de cette époque : une espèce de doute qui s'insinuait dans les esprits. Ne s'étaient-ils pas trompés de Messie ? En effet, la venue du Seigneur, quelque quarante ans plus tôt, n'avait pas changé grand chose, alors qu'on avait espéré qu'il bouleverserait tout. Tout s'était passé si discrètement ! Or, à la même époque, dans tous les milieux juifs, une idée se répandait : tous ces cataclysmes, tous ces malheurs qui fondent sur nous, ce sont les signes avant-coureurs de la venue du Messie. Et on en trouvait, des Messies, qui avaient la prétention de mener le peuple à sa libération (comme on l'avait vainement espéré du Christ). Alors, certains chrétiens se demandaient s'ils n'avaient pas fait fausse route, s'ils ne s'étaient pas trompé de Messie.

 

La fin d'un monde

 

            C'est alors que Marc leur rappelle les paroles de Jésus. Pour bien les comprendre, il faut les remettre dans leur contexte, et relire en entier le chapitre 13 de Marc. Dans ce chapitre 13, voici comment cela se présente : Jésus et ses disciples arrivent à Jérusalem par le Mont des Oliviers, juste en face de l'esplanade du Temple. Encore aujourd'hui, c'est une des vues les plus saisissantes qu'on puisse imaginer. Mais au temps de Jésus, ce devait être encore infiniment mieux, puisque le Temple reconstruit par Hérode le Grand venait d'être achevé. Les disciples disent à Jésus : «Regarde, si c'est beau ! » Et Jésus répond : «De tout cela, il ne restera pas pierre sur pierre». Et il va annoncer la ruine de Jérusalem et la destruction totale du Temple, avec un luxe de détails tel que les historiens militaires disent: «On croirait qu'il a assisté au siège d'une ville par les Romains». Jésus dit : «Tout va être détruit». Or, à d'autres moments de son existence, il a parlé de la fin des temps. mais voilà ! Marc et les premières générations chrétiennes ont mélangé tous les plans : pour eux, la ruine de Jérusalem, c'était la fin du monde. Pour prendre une comparaison : vous avez déjà vu des projections de diapositives en «fondu-enchaîné». Une image se présente sur l'écran, puis une deuxième vient progressivement recouvrir la première, pendant que celle-ci disparaît, et ainsi de suite. Il y a dans le récit des évangélistes un phénomène de «fondu-enchaîné». Les trois plans sont mélangés : le plan de la vie quotidienne où il y a famines, guerres, crise ; le plan de la ruine de Jérusalem qui surviendra en 70, et le plan final : le retour du Christ.

 

Et nous ?

 

            Après avoir entendu ces explications, vous êtes en droit de vous demander : «Mais en quoi cela nous concerne-t-il ?» Je voudrais vous l'expliquer. Beaucoup d'entre vous pensent : certes, il y aura une fin du monde, mais c'est tellement loin qu'on n'en tient pas compte pour notre vie quotidienne. D'autres, qui ont connu misères, malheurs, souffrances dans leur vie quotidienne, ou qui sont plus sensibles aux catastrophes de notre temps, risquent plus facilement de prêter l'oreille à tous ces gens - vous en avez eu certainement à votre porte - qui viennent vous annoncer la fin du monde pour bientôt, qui vous précisent même la date prochaine du cataclysme final.

            A ces personnes plus inquiètes et plus fragiles, Jésus rappelle: «Personne ne sait ni le jour ni l'heure». Il serait donc bien malin, celui qui pourrait prévoir le jour du retour du Seigneur. 

            Mais à ceux qui risquent de s'endormir, Jésus dit : «Soyez vigilants. Préparez-vous. Cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive». Car pour moi, la fin du monde, c'est le jour de ma mort. Ce jour-là, pour moi, le temps s'arrête. Et je vais être projeté, d'un seul coup, à la fin des temps, quand le Seigneur rassemblera tous ses élus. Donc, c'est tout proche. Donc, «soyez vigilants».

            Qu'est-ce que ça signifie ? Ne pas rêver au futur. Vivre le temps présent, en étant attentifs aux signes que le Seigneur nous fait. Jésus nous le rappelle : vous savez que lorsque le figuier commence à faire ses pousses, l'été est proche. Eh bien, ce sera la même chose. Veillez.

            Et enfin Jésus nous dit : «N'ayez pas peur. Soyez confiants. Vivez dans l'espérance». Il ne nous parle pas du figuier quand il perd ses feuilles, c'est-à-dire à l'approche de l'hiver. Il parle d'un printemps et d'un été.

            Soyons prêts pour le jour de la moisson.

 

Père Théo. BAYE !

Par Théophile Baye
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Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 21:20

Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 1-12

 

Un catalogue
 

L’Eglise catholique, depuis le début de son histoire, a publié un « catalogue » des saints. Dans ce catalogue, sont inscrits toutes celles et tous ceux dont la vie a été tellement exceptionnelle, tellement exemplaire que les autorités de l’Eglise les ont déclarés solennellement bienheureux ou saints. Ils sont ainsi quelques centaines dans vos calendriers, ceux qui ont été particulièrement remarqués, ceux et celles qui, également, ont marqué leur époque ou leur région. Ils ont été particulièrement « témoins » du Christ. Et d’ailleurs, au début du catalogue, il n’y avait d’inscrits que ces « témoins », en grec « martyrs ». Mais on peut être martyrs et donner sa vie, il faut le redire, non seulement en mourant pour témoigner sa foi, mais également en vivant dans l’amour et le don de soi. Mais enfin, ceux qui ont été ainsi répertoriés ne sont que quelques centaines. Et vous pensez bien que si la réussite de l’humanité se limitait à ces quelques centaines, on pourrait parler d’échec. En réalité, ils sont des millions, sans doute quelques milliards, celles et ceux qui méritent le titre de « saints ». Ce sont ceux-là que nous fêtons aujourd’hui. Bien plus nombreux que ceux qui ont été remarqués par l’Eglise. Et même si le Pape Jean-Paul a allongé considérablement la liste au cours de ses années de pontificat, c’est peu de chose par rapport à la foule innombrable dont nous fêtons aujourd’hui la réussite. Ils voient Dieu face à face, ils jouissent d’un bonheur littéralement inimaginable et, du moins je le crois, ils intercèdent pour nous.

 

Les justes

Les connaissons-nous ? Sans doute certains d’entre eux, parmi nos ancêtres, membres de nos familles, voisins, amis, anciens camarades de travail, hommes et femmes rencontrés au cours de notre propre vie, avec qui nous avons fait route, plus ou moins longtemps, au cours de notre cheminement terrestre. Sans doute, dans cette foule immense, des gens que nous n’aurions jamais imaginés voir arriver au terme de cette réussite. Nous ne pouvions pas imaginer qu’ils étaient des « saints », des « saintes », parce que nous ne pouvons pas lire dans le cœur des hommes. Seul Dieu connaît le cœur de tout homme. Car dans cette foule immense, il n’y a pas seulement des catholiques, ni seulement des chrétiens. Depuis le début de l’humanité, bien avant le christianisme, des hommes ont été des « justes », selon les lumières qu’ils avaient reçues. Alors ils ont servi leur Dieu loyalement selon leur conscience. Prenons très au sérieux la vision de saint Jean  dans l’Apocalypse : après avoir vu les cent quarante quatre mille élus, des douze tribus d’Israël, il a vu « une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. » Donc, en premier lieu, il y a lieu de nous réjouir : l’histoire de l’humanité n’a pas abouti, jusqu’ici à un échec ou à une catastrophe : ça réussit.

Les chemins du bonheur

Nous avons donc, nous les vivants, nous les chrétiens de ce début de millénaire, à nous situer entre toutes ces races, nations et peuples, comme les héritiers du Message de bonheur. Nous appartenons à la race de ceux qui ont reçu ce message des Béatitudes  et qui sommes chargés de le transmettre à notre monde. Jésus trace pour nous les multiples chemins du bonheur possible, chemins que chacun de nous peut emprunter. Pas tous les chemins, mais l’un ou l’autre. L’un et l’autre. Selon  notre propre personnalité, selon les circonstances, selon notre ascendance, selon les lieux ou les époques où nous avons à vivre. Qui sont ces bienheureux ? Jésus nous dit que ce sont ceux qui ont un cœur de pauvres, les doux, ceux qui ont faim et soif de justice, ceux qui ouvrent leur cœur à la misère des autres, les cœurs purs, ceux qui font la paix ; en cela ils sont heureux, même s’il leur arrive de pleurer, même s’ils sont persécutés. Voilà l’énumération. Avouons qu’il est difficile de ne pas se retrouver dans au moins l’une ou l’autre de ces catégories, un jour ou l’autre. Vraiment, pour n'être pas sauvé, il faut choisir de ne pas l’être. Il faut pour cela refuser le bonheur offert.

 

Enfants de Dieu

L’origine de tout ce bonheur possible, de ce bonheur offert à chacun de nous ? L’apôtre Jean nous le dit dans sa première lettre : « Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés. Il a voulu que nous soyons enfants de Dieu – et nous le sommes ! » Bien sûr, il précise immédiatement que ce statut d’enfant de Dieu, nous ne le possédons qu’en germe – « ce que nous serons ne paraît pas encore clairement » - et pourtant « dès maintenant nous sommes enfants de Dieu. » Allons donc au bout de cette révélation, jusqu’à ses conséquences les plus radicales. Quand Dieu engendre l’humanité, il ne crée pas des Juifs, des Chrétiens, des Musulmans. Il crée des hommes, tout simplement. « Tout ce qui vit est vie en lui, dans le Verbe », dit le prologue de son Evangile. Chrétiens, nous croyons que cette dignité commune à tous les hommes s’est manifestée dans le Christ. Ce qui nous est ainsi révélé, c’est que l’Amour est la vérité la plus intime de Dieu, et donc de tous ses enfants.

« Dieu seul est Saint » : c’est ce que déclare la Bible. Mais chacun de nous est invité à partager cette sainteté de notre Père, comme de vrais enfants imitent leur papa. Bref, quand nous célébrons « tous les saints », nous célébrons des hommes et des femmes de toute appartenance religieuse et même étrangers à toute religion. Quiconque s’ouvre aux autres pour les aider à vivre « fait corps » et entre dans la communion du corps entier. La vision de l’Apocalypse, qui trace une fresque gigantesque rappelant la lutte d’Egypte et le passage de la Mer Rouge, décrit l’entrée dans la Jérusalem céleste de cette foule immense. Cette foule chante pour toute l’éternité les louanges de Dieu. Quels que soient le temps, le lieu, le peuple d’où ils sont originaires, c’est le Sang de Jésus qui les a purifiés, au-delà de toutes les frontières et de toutes les différences. La sainteté est à la portée de tous.

Père Théo. BAYE !

 

Par Théophile Baye
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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /Oct /2009 00:24

Un mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée,

TRENTIEME DIMANCHE ORDINAIRE B

 Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 10, 46-52 

Aveuglements

 

            On dit qu'il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. On peut dire aussi qu'il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. L'épisode de l'évangile d'aujourd'hui illustre bien ce propos. Il met en scène, pour les opposer, une foule qui croit voir clair et qui, en fait s'aveugle, et un mendiant aveugle qui, lui, voit clairement le sens de l'événement. Essayons donc d'entrer dans le propos de l'évangéliste Marc : il nous dit de nous méfier de toutes les forces d'aveuglement qui existent dans notre monde.

            Une foule et des disciples qui s'aveuglent : ils suivent Jésus, certains depuis de longs mois. Depuis quelques semaines, Jésus leur répète qu'il monte à Jérusalem pour y être arrêté, jugé, torturé, condamné à mort... Il a dit plusieurs fois que ceux qui veulent le suivre doivent prendre le même chemin. Et pourtant, tous ceux qui sortent de Jéricho avec lui pour aller à Jérusalem (c'est la dernière étape, et demain, nous dit Marc, Jésus fera son entrée triomphale dans la Ville Sainte), tous les fidèles sont aveuglés par leur idéologie. Pour eux, je l'ai dit souvent, Jésus est l'envoyé de Dieu qui va faire la révolution, un changement de régime. Il y a déjà eu, dans tout le pays, un certain nombre de ces mouvements politico-religieux, qui ont préparé et provoqué des soulèvements armés. Mais pour la foule, comme pour les disciples, celui-ci est le bon. On va voir ce qu'on va voir ! On va profiter de la grande fête de la Pâque, de cette énorme affluence de pèlerins à Jérusalem, pour provoquer le soulèvement définitif : en tout cas, c'est ce qu'on attend de Jésus. Il y a des armes, même dans le petit noyau de ses fidèles (l'Evangile nous le dit). Le nombre de ceux qui marchent vers Jérusalem grossit au fur et à mesure qu'on approche de la ville. L'excitation grandit. Aussi, quand un aveugle, au bord de la route (le «marginalisé» par excellence) se met à crier vers Jésus, tout le monde le rabroue. «Qu'est-ce qu'il nous ennuie, celui-là ! On a bien d'autres choses à faire, bien plus importantes, que de s'occuper d'un pauvre mendiant aveugle. On a, nous, un projet de société. On bâtit l'histoire. On prépare un monde nouveau. On va voir ce qu'on va voir !»

 

Rien à voir !

 

            Ils ne verront rien, aveuglés qu'ils sont ! Ils portent, ils poussent Jésus vers son triomphe... et Jésus s'arrête. Il n'en a rien à faire, des projets de société, des changements de régime, d'un ordre politique, social, économique nouveau. Il s'arrête, parce qu'il y a, sur sa route, un homme qui crie. C'est cela qui est important, urgent. Le reste, ça peut attendre. Un homme qui crie sa peine et son désir, pour Jésus, ça passe avant tout. Peu importe que l'aveugle l'appelle comme les autres «Fils de David» (ce sera le  cri des foules qui l'acclameront, le lendemain, à Jérusalem : «Hosanna au Fils de David»). Jésus s'arrête et, vous l'avez sans doute remarqué, ne dit pas à l'aveugle : «vois», mais «va». Il le remet en route, sur sa route à lui, la route de Pâques. Les disciples, les partisans continuent de s'aveugler sur le sens de sa mission : en voici un, au moins, cet aveugle, qui est sauvé, et qui marchera jusqu'au bout avec lui.

            «Défiez-vous des forces d'aveuglement», nous dit Jésus en faisant ce signe de la guérison de l'aveugle. Saurons-nous comprendre ce signe ?

 

Un devoir spécifique

 

            Nous nous aveuglons sur le sens de la mission de l'Eglise de Jésus-Christ. Pour beaucoup, au cours des âges, la mission de l'Eglise a été de bâtir une société de justice, de paix, de bonheur. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas tellement réussi. Or, personnellement, je pense que ce n'est pas le rôle de l'Eglise institutionnelle que de vouloir intervenir dans le domaine de la société civile pour lui dicter des plans en matière politique, économique, sociale. A ceux, nombreux, qui me disent souvent : «L'Eglise n'a pas fait, comme on pouvait l'espérer, une société plus juste, un ordre nouveau», je réponds que ce n'est pas sa mission. On a parlé de «doctrine sociale de l'Eglise» : l'Eglise n'a pas, à proprement parler, de «doctrine sociale».

            Par contre, ce qui est de la mission de l'Eglise, ce qu'elle a à rappeler sans cesse à tous les fidèles, c'est l'obligation absolue de s'arrêter devant tout homme qui crie sa peine, sa misère, son désir. Que les chrétiens travaillent, avec les non-chrétiens, à l'instauration d'une société plus juste, plus fraternelle ; qu'ils consacrent leur temps et leurs forces à vaincre les grands drames de notre société ; qu'ils fassent des choix personnels en conformité avec leur sensibilité politique, rien de plus normal. Mais ce qui est de leur DEVOIR spécifique, s'ils veulent être «du Christ», c'est de s'arrêter devant tout homme qui crie sa peine ou son désir. Or, il faut le reconnaître, souvent, nous sommes sourds, nous sommes aveugles, nous sommes manchots et cul-de-jatte, quand nous rencontrons une souffrance, une misère, une peine quelconque sur notre route humaine.

            Tu veux être «du Christ» ? Tu veux marcher avec lui ? Commence, dès aujourd'hui. Et arrête-toi chaque fois que tu rencontres, dans ta classe, dans ton milieu de travail, dans ton quartier, dans ta famille, un homme, une femme, un enfant qui crie sa peine. Ecoute et regarde. Tu ne pourras peut-être pas faire grand-chose, sur le moment. Mais si tous les disciples de Jésus prennent ainsi le temps de s'arrêter, s'ils préfèrent la rencontre personnelle des frères à toutes les grandes idéologies, ils changeront le monde.

Père Théo. BAYE !

 

Par Théophile Baye
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 01:12

Seigneur, à qui irions-nous ?

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 6, 60-69


La question de confiance.

Nous voilà mis au pied du mur. Depuis plusieurs semaines, chaque dimanche, nous avons entendu Jésus nous tenir un discours difficile. Non seulement difficile à comprendre, mais aussi difficile à accepter. Passe encore de l'entendre nous dire qu'il vient de Dieu, et que sa Parole, il faut y croire totalement. Mais le voilà qui nous invite à "manger sa chair et boire son sang". On comprend que beaucoup, dans cette foule de cinq mille hommes qui avait bénéficié de la multiplication des pains, aient renoncé à suivre. Mais ce ne sont pas seulement ceux-là qui sont partis. L'évangile nous dit que beaucoup de disciples, donc des gens qui suivaient Jésus depuis des mois, ont renoncé eux aussi, pensant que "ce qu'il dit là est intolérable : on ne peut pas continuer à l'écouter !". Restent les Douze, à qui Jésus pose la question de confiance : "Voulez-vous partir, vous aussi ?"

Il faut choisir, nous aussi. Le Christ, Parole de Dieu, nous oblige à ce choix. "Vivante est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu'aucune épée à double tranchant. Elle pénètre jusqu'à diviser âme et esprit, articulation et moelles." (Hébreux 4, 12) Elle opère un tri, séparant non seulement croyants et incroyants, mais le croyant et l'incroyant qu'il y a en chacun de nous. De quel côté allons-nous nous tourner ?

Jusqu'au bout ?

Pierre, au nom des Douze, répond par les mots de la fidélité : "A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle". Il suivra, les Douze suivront, Judas lui-même continuera à suivre. Mais pas jusqu'au bout. Pierre, comme Judas, comme les dix autres, accepte de faire un bout de chemin. Mais au moment crucial, Judas trahit, Pierre renie son maître, et tous s'enfuient. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je crois que les Douze ont accepté, assez facilement, de croire que Jésus vient de Dieu, mais qu'ils n'étaient pas prêts à admettre la suite : le corps livré, le sang versé, la chair du Fils de l'homme livrée pour le salut du monde. Rappelez-vous l'épisode de Césarée. Jésus est arrivé à l'extrême-Nord du pays. Il procède à un sondage d'opinion et demande aux disciples ce que les gens pensent de lui. Un prophète ? Elie ressuscité ? "Mais pour vous, qui suis-je ?" C'est Pierre qui répond : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant". Là encore, Pierre, au nom des Douze, adhère à la première partie de ce qui est le destin de Jésus : il vient de Dieu. Mais dès que le Christ parle de monter à Jérusalem pour y subir la Passion, Pierre se rebelle : pas question de suivre un Messie qui parle de souffrance, de tortures, de crucifixion et de mort. La fidélité de Pierre et de ses camarades avait des limites, malgré les belles déclarations et les bonnes intentions. "Tu as les paroles de la vie éternelle". Pierre sait que la Parole de Dieu est liée à la vie, que c'est elle qui fait vivre. Mais il ne fait pas allusion au don de la chair et du sang. Peut-être lui est-il impossible d'aller jusque là.

Tellement déconcertant !

Il faut choisir. Et pas seulement pour une partie du choix que le Christ nous invite à faire. Pas seulement quand tout va bien, en nous disant : pour la suite, on verra bien ! Reconnaissons que Jésus, qui se présente à nous, donnant sa chair et son sang, nous déconcerte et nous effraie. Comment faire une confiance totale au Christ ? Lorsque dans nos vies nous avons à traverser des événements crucifiants, nous avons du mal à croire que Dieu est amour. C'est là que nous avons à choisir, non pas en fonction de nos sentiments spontanés, ni des évidences immédiates, mais en fonction de la Parole du Christ que nous transmet l'Eglise. Ces paroles sont paroles de vie éternelle. Elles nous annoncent la vie au sein même de la mort. Nous ne pouvons aller vers personne d'autre, car Dieu est l'Unique et en dehors de lui, il n'y a que le néant.

Mais rassurant !

Encore une fois, c'est un choix difficile, je le reconnais. Regardons de nouveau vers Pierre. Au cours du dernier repas, alors que Jésus annonce une fois de plus son arrestation imminente et déclare que tous ses amis vont l'abandonner, Pierre s'écrie : "Même si tous t'abandonnent, moi, je ne t'abandonnerai pas". On sait la suite : le reniement, les larmes de Pierre, mais aussi les rencontres avec Jésus ressuscité et particulièrement la rencontre au bord du lac. Jésus vient retrouver et rassembler tous ceux qui l'ont abandonné. Cela doit nous rassurer, nous qui avons beaucoup de mal à nous retrouver croyants quand la vie nous fait passer par où le Christ est passé. Il ne faut pas trop s'en inquiéter. Le Christ a renouvelé sa confiance à celui qui l'avait renié et Pierre a fini par suivre le Christ jusqu'au bout.

L'essentiel est de renouveler, jour après jour, le choix de suivre Jésus. Au fond, si nous lisons ces lignes, c'est bien que nous essayons de faire comme Pierre et ses camarades. Ils ont répondu " Oui ", et toute leur démarche d'hommes a été, avec des hauts et des bas, des chutes et des redémarrages, une réponse à l'appel entendu un jour. "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis", nous rappelle Jésus. Et "personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père" .

Bonne route, avec le Christ.

Père Théo. BAYE !

 

Par Théophile Baye
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Samedi 15 août 2009 6 15 /08 /Août /2009 22:27

"Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel"


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6, 51-58

 

            En relisant attentivement les quinze lignes de ce chapitre 6 de saint Jean que la liturgie de ce jour propose à notre méditation, je suis frappé par le nombre de fois où revient le mot « vie », sous diverses formes : « pain vivant... il vivra éternellement... ma chair pour la vie du monde... le Père est la vie... je vis par le Père... celui qui me mangera vivra par moi... » Neuf fois, revient le mot « vie », et au sommet le mot « Résurrection ». De quelle vie s’agit-il ?

 

Fragilité

 

            Quand on parle de la vie, on emploie ce mot en des sens très divers. Il y a certes, d’abord, cette vie humaine, qui par un grand nombre d’aspects, relève du règne végétal et du règne animal. On naît, on vit, on meurt, on grandit, on se nourrit. Un peu comme les plantes, souvent comme les animaux. Cette vie « animale » est conditionnée par tout un environnement, naturel aussi bien qu’économique ou politique. Que survienne la canicule, comme ces dernières semaines, et l’on s’aperçoit de la fragilité de la vie humaine : tant de vieillards y succombent. Tant de catastrophes dites « naturelles » nous font également toucher du doigt cette fragilité de notre condition mortelle ; à plus forte raison quand les attentats, la guerre, la violence sous toutes ses formes en arrivent à décimer des populations entières. Si bien que l’homme s’écrie : « Ce n’est plus une vie ». Avortement, euthanasie : ce sont d’autres questions qui se posent à nos sociétés, concernant également la vie humaine. On prône le droit à la vie, mais est-ce celui de la mère ou celui de l’enfant ? « Laissez-les vivre », qui ? Alternatives souvent dramatiques, débats toujours passionnés. La vie, c’est tout. Vivre, c’est l’essentiel pour tous les hommes de tous les temps, de tous les continents. La vie, oui. Mais pas n’importe quelle vie !

 

Une vie éternelle ?

 

            Que veut donc nous dire Jésus, quand il parle de « vie éternelle » ? Je relis le texte. Curieusement, Jésus présente la résurrection comme la suite normale de la vie éternelle, et non l’inverse : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » Pour Jean, la vie éternelle, c’est le présent de tous ceux qui se nourrissent du corps et du sang du Christ, et la résurrection, l’avenir de ceux qui vivent dès aujourd’hui de la vie éternelle.

            Mais comment avoir cette vie éternelle ? En mangeant la chair et en buvant le sang du Christ. Qu’est-ce que cela veut dire ? N’est-ce pas intolérable ? Je me souviens de ce qui avait été rapporté, il y a de nombreuses années, des victimes d’une catastrophe aérienne dans la Cordillère des Andes : pour survivre, certains avaient mangé les cadavres de leurs compagnons de détresse. Quelle horreur ! Eh bien, c’est la réaction indignée des interlocuteurs de Jésus : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Cet homme-là : un homme comme nous ! Sa chair : de la viande ! Son sang : la Bible interdit de boire le sang des bêtes qu’on abat. Elle interdit de manger de la viande saignante. Alors ?

 

Je te mangerais !

 

            Jésus n’a rien fait pour détromper ses auditeurs. Au contraire, il a continué à enfoncer le clou. Forme positive de son propos : « Si tu manges, tu auras la vie éternelle. » Puis forme négative : « Si tu ne manges pas, tu n’as pas la vie. » Jésus m’invite à adhérer sans discuter, sans discutailler. Ce qui ne veut pas dire que je ne vais pas chercher à comprendre ! Et pour cela, je prends une image. Vous avez tous vu, un jour ou l’autre, une maman qui parle à son petit bébé. Elle lui dit quantité de petits mots d’amour, elle l’embrasse, lui fait des câlins, et va même jusqu’à lui dire : « Je te mangerais ». Le mot dit bien le sentiment très fort qu’éprouve la maman : une volonté de ne plus faire qu’un. Il en est de même de tout amour. J’aime beaucoup le premier mot du premier homme, dans la Bible, lorsque se réveillant de son « extase » (juste traduction du mot « sommeil »), il dit de sa compagne : « Elle est la chair de ma chair. »

 

Responsabilité partagée

 

            Manger la chair et boire le sang du Christ, c’est entrer en communion d’amour et de destin avec lui. C’est partager sa vie, la vie de l’Homme-Dieu qui est venu partager la vie des hommes dont il fait ses frères. Il ne s’agit pas d’un rite magique. Il ne s’agit pas, d’abord, de manger pour nourrir notre vie spirituelle. Il s’agit, selon le beau mot de saint Augustin, de « devenir celui que nous mangeons ». Rien de magique à cela. Jésus, plus loin dans cet évangile de saint Jean, semble même se contredire lorsqu’il explique que « c’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien : les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie » (Jean 6, 63) Je crois vous avoir déjà expliqué l’étymologie du mot « communion ». Il ne s’agit pas, comme on le pense souvent, d’une « union-avec ». L’origine du mot est un terme latin, « cum-munus », qui signifie « prise en charge, responsabilité commune ». Communier, c’est donc, comme l’explique saint Paul « avoir en soi les sentiments du Christ Jésus ». Même amour du monde, même mission, à actualiser. Il s’agit de se laisser remplir par l’Esprit-Saint en communiant avec discernement aux aspirations des hommes, en partageant leur vie. L’Esprit qui est Vie donne sens à la vie. Il nous communique la saveur de l’éternité. Accueillir l’Esprit, partager l’Eucharistie, c’est goûter la Vie !

Père Théo. BAYE !

 

Par Théophile Baye
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